La véritable Histoire d'Adam et Eve enfin dévoilée.
La Cabbale, Mère de toutes les cabbales La langue Hebraïque. Et plus loin encore cette utile précision : Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. « En choisissant la Langue hébraïque, je ne me suis dissimulé aucune des difficultés, aucun des dangers auxquels je m'engageais. Quelque intelligence de la Parole et des langues en général, et le mouvement inusité que j'avais donné à mes études, m'avaient convaincu dès longtemps que la Langue hébraïque était perdue, et que la Bible que nous possédions était loin d'être l'exacte traduction du Sépher de Moyse. Parvenu à ce Sépher original par d'autres voies que celle des Grecs et des Latins, porté de l'orient à l'occident de l'Asie par une impulsion contraire à celle que l'on suit ordinairement dans l'exploration des langues, je m'étais bien aperçu que la plupart des interprétations vulgaires étaient fausses, et que, pour restituer la langue de Moyse dans sa grammaire primitive, il me faudrait heurter violemment des préjugés scientifiques ou religieux, que l'habitude, l'orgueil, l'intérêt, la rouille des âges, le respect qui s'attache aux erreurs antiques, concouraient ensemble à consacrer, à raffermir, à vouloir garder. Mais s'il fallait toujours écouter ces considérations pusillanimes, quelles seraient les choses qui se perfectionneraient ? L'homme dans son adolescence a-t-il besoin des mêmes secours que l'enfant à la lisière ? Ne change-t-il pas de vêtements comme de nourriture ? Et n'est-il pas d'autres leçons pour l'âge viril que pour la jeunesse ? Les nations sauvages ne marchent-elles pas vers la civilisation ? Celles qui sont civilisées, vers l'acquisition des sciences ? Ne voit-on pas la tanière du troglodyte faire place au chariot du chasseur, à la tente du pasteur, à la cabane de l'agriculteur ; et cette cabane se transformer tour à tour, grâce au développement progressif du commerce et des arts, en commode maison, en château, en palais magnifique, en temple somptueux ? Cette cité superbe que vous habitez, et ce Louvre qui étale à vos yeux une si riche architecture, ne reposent-ils pas sur le même sol où s'élevaient naguère quelques misérables baraques de pêcheurs? Il est, n'en doutez pas, des moments marqués par la Providence, où l'impulsion qu'elle donne vers de nouvelles idées, sapant des préjugés utiles dans leur origine, mais devenus superflus, les forces à céder, comme un habile architecte déblayant les grossières charpentes qui lui ont servi à supporter les voûtes de son édifice. Autant, il serait maladroit ou coupable d'attaquer ces préjugés ou d'ébranler ces charpentes, lorsqu'ils servent encore d'étai soit à l'édifice social, soit à l'édifice particulier, et d'aller, sous prétexte de leur rusticité, de leur mauvaise grâce, de leur embarras nécessaire, les renverser hors de propos ; autant il serait ridicule ou timide de les laisser en place les uns et les autres, par l'effet d'un respect frivole ou suranné, d'une faiblesse superstitieuse et condamnable, lorsqu'ils ne servent plus à rien, qu'ils encombrent, qu'ils masquent, qu'ils dénaturent des institutions plus sages, ou des portiques plus nobles et plus élevés. Sans doute, dans le premier cas, et pour suivre ma comparaison, ou le Prince ou l'architecte doivent arrêter l'ignorant audacieux, et l'empêcher de s'ensevelir lui-même sous des ruines inévitables ; mais dans le second, au contraire, ils doivent accueillir l'homme intrépide qui, se présentant, ou le flambeau ou le levier à la main, leur offre, malgré quelques périls, un service toujours difficile. Si j'étais né un siècle ou deux plus tôt, et que des circonstances heureuses, servies par un travail opiniâtre, eussent mis les mêmes vérités à ma portée, je les aurais tues, comme ont dû les taire ou les renfermer hermétiquement plusieurs savants de toutes les nations ; mais les temps sont changés. Je vois, en jetant les yeux autour de moi, que la Providence ouvre les portes d'un nouveau jour. Partout les institutions se mettent en harmonie avec les lumières du siècle. Je n'ai point balancé. Quel que soit le succès de mes efforts, ils ont pour but le bien de l'humanité, et cette conscience intime me suffit. Je vais donc restituer la Langue hébraïque dans ses principes originels, et montrer la rectitude et la force de ces principes en donnant, par leur moyen, une traduction nouvelle de cette partie du Sépher qui contient la Cosmogonie de Moyse. Je me trouve engagé à remplir cette double tâche par le choix même que j'ai fait, et dont il est inutile d'expliquer davantage les motifs. Mais il est bon, peut-être, avant d'entrer dans les détails de la Grammaire et des notes nombreuses qui précèdent ma traduction, la préparent et la soutiennent, que j'expose ici le véritable état des choses afin de prémunir les esprits droits contre les mauvaises directions qu'on pourrait leur donner, montrer le point exact de la question aux esprits explorateurs, et bien faire entendre à ceux que des intérêts ou des préjugés quelconques guideraient ou égareraient, que je mépriserai toute critique qui sortira des limites de la science, s'appuiera sur des opinions ou des autorités illusoires ; et que je ne connaîtrai de digne athlète que celui qui se présentera sur le champ de bataille de la vérité, et armé par elle. Car, s'agit il de mon style ? Je l'abandonne. Veut-on s'attaquer à ma personne ? Ma conscience est mon refuge. Est-il question du fond de cet ouvrage ? Qu'on entre en lice ; mais qu'on prenne garde aux raisons qu'on y apportera. Je préviens que toutes ne seront pas également bonnes pour moi. Je sais fort bien, par exemple, que les Pères de l'Église ont cru, jusqu'à St.-Jérôme, que la version hellénistique dite des Septante, était un ouvrage divin, écrit par des prophètes plutôt que par de simples traducteurs, ignorant souvent même, au dire de St. Augustin, qu'il existât un autre original ; mais je sais aussi que St.-Jérôme, jugeant cette version corrompue en une infinité d'endroits, et peu exacte , lui substitua une version latine, qui fut jugée seule authentique par le Concile de Trente, et pour la défense de laquelle l'Inquisition n'a pas craint d'allumer la flamme des bûchers. Ainsi les Pères ont d'avance contredit la décision du Concile, et la décision du Concile a condamné à son tour l'opinion des Pères ; en sorte qu'on ne saurait tout à fait trouver tort à Luther d'avoir dit que les interprètes hellénistes n'avaient point une connaissance exacte de l'hébreu, et que leur version était aussi vide de sens que d'harmonie, puisqu'il suivait le sentiment de St.-Jérôme, approuvé en quelque sorte par le Concile ; ni même blâmer Calvin et d'autres savants réformés d'avoir douté de l'authenticité de la Vulgate, malgré la décision infaillible du Concile, puisque St.-Augustin avait bien condamné cet ouvrage d'après l'idée que toute l'Église s'en était formée de son temps. Ce n'est donc ni de l'autorité des Pères, ni de celle des Conciles, qu'il faudra s'armer contre moi ; car l'une détruisant l'autre, elles restent sans effet. Il faudra se montrer avec une connaissance entière et parfaite de l'hébreu, et me prouver, non par des citations grecques et latines que je récuse, mais par des interprétations fondées sur des principes meilleurs que les miens, que j'ai mal entendu cette langue, et que les bases sur lesquelles repose mon édifice grammatical sont fausses. On sent bien qu'à l'époque où nous vivons ce n'est qu'avec de tels arguments qu'on peut espérer de me convaincre. Que si des esprits droits s'étonnent que seul, depuis plus de vingt siècles, j'aie pu pénétrer dans le génie de la langue de Moyse, et comprendre les écrits de cet homme extraordinaire, je répondrai ingénument que je ne crois point que cela soit ; que je pense, au contraire, que beaucoup d'hommes ont en divers temps et chez différents peuples possédé l'intelligence du Sépher de la même manière que je la possède ; mais que les uns ont renfermé avec prudence cette connaissance dont la divulgation eût été dangereuse alors, tandis que d'autres l'ont enveloppée de voiles assez épais pour être difficilement atteinte. Que si l'on refusait obstinément de recevoir cette explication, j'invoquerais le témoignage d'un homme sage et laborieux, qui ayant à répondre à une semblable difficulté, exposait ainsi sa pensée: "Il est très possible qu'un homme retiré aux confins de l'occident, et vivant dans le XIXème siècle après J.- C., entende mieux les livres de Moyse, ceux d'Orphée et les fragments qui nous restent des Étrusques, que les interprètes Égyptiens, les Grecs et les Romains des siècles de Périclès et d'Auguste. Le degré d'intelligence requis pour entendre les langues anciennes, est indépendant du mécanisme et du matériel de ces langues : il est tel que l'éloignement des lieux ne saurait lui porter atteinte. Ces livres anciens sont mieux entendus aujourd'hui qu'ils ne l'étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu'ils se sont éloignés d'eux. Il n'est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l'esprit des idées. Souvent les mots offrent dans leurs rapports vulgaires un sens entièrement opposé à l'esprit qui a présidé à leur rapprochement" Voyons maintenant quel est l'état des choses. J'ai dit que je regardais l'idiome hébraïque renfermé dans le Sépher comme une branche transplantée de la langue des Égyptiens. C'est une assertion dont je ne puis en ce moment donner les preuves historiques, parce qu'elles m'engageraient dans des détails trop étrangers à mon sujet ; mais il me semble que le simple bon sens doit suffire ici : car, de quelque manière que les Hébreux soient entrés en Égypte, de quelque manière qu'ils en soient sortis, on ne peut nier qu'ils n'y aient fait un fort long séjour. Quand ce séjour ne serait que de quatre à cinq siècles, comme tout porte à le croire ; je demande de bonne foi, si une peuplade grossière, privée de toute littérature, sans institutions civiles ou religieuses qui la liassent, n'a pas dû prendre la langue du pays où elle vivait ; elle qui, transportée à Babylone, seulement pendant soixante-dix ans, et tandis qu'elle formait un corps de nation, régie par des lois particulières, soumise à un culte exclusif, n'a pu conserver sa langue maternelle, et l'a troquée pour le syriaque araméen, espèce de dialecte chaldaïque ; car l'on sait assez que l'hébreu, perdu dès cette époque, cessa d'être la langue vulgaire des Juifs. Je crois donc qu'on ne peut, sans fermer volontairement les yeux à l'évidence, rejeter une assertion aussi naturelle, et me refuser d'admettre que les Hébreux sortant d'Égypte après un séjour de plus de quatre cents ans, en emportèrent la langue. Je ne prétends pas détruire par là ce qu'ont avancé Bochart, Grotius, Huet, Leclerc, et les autres érudits modernes, touchant l'identité radicale qu'ils ont admise avec raison, entre l'hébreu et le phénicien ; car je sais que ce dernier dialecte, porté en Égypte par les rois pasteurs, s'y était identifié avec l'antique égyptien, longtemps avant l'arrivée des Hébreux sur le bord du Nil. Ainsi donc l'idiome hébraïque devait avoir des rapports très étroits avec le dialecte phénicien, le chaldaïque, l'arabe, et tous ceux sortis, d'une même souche ; mais longtemps cultivé en Égypte, il y avait acquis des développements intellectuels qui, avant la dégénérescence dont j'ai parlé, en faisaient une langue morale tout à fait différente du chananéen vulgaire. Est-il besoin de dire ici à quel point de perfection était arrivée l'Égypte ? Qui de mes Lecteurs ne connaît les éloges pompeux que lui donne Bossuet, quand sortant un moment de sa partialité théologique, il dit que les plus nobles travaux et le plus bel art de cette contrée consistait à former les hommes ; que la Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même, et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu'il se dispense de nommer, y allèrent apprendre la sagesse. Or, Moyse n'avait-il pas été instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ? N'avait-il point, comme l'insinue l'historien des Actes des Apôtres, commencé par là à être puissant en paroles et en oeuvres ? Pensez-vous que la différence serait très grande, si les livres sacrés des Égyptiens, ayant surnagé sur les débris de leur empire, vous permettaient d'en faire la comparaison avec ceux de Moyse ? Simplicius qui, jusqu'à un certain point, avait été à même de la faire, cette comparaison, y trouvait tant de conformité, qu'il en concluait que le prophète des Hébreux avait marché sur les traces de l'antique Taôth. Quelques savants modernes, après avoir examiné le Sépher dans des traductions incorrectes, ou dans un texte qu'ils étaient inhabiles à comprendre, frappés de quelques répétitions, et croyant voir, dans des nombres pris à la lettre, des anachronismes palpables, ont imaginé, tantôt que Moyse n'avait point existé, tantôt qu'il avait travaillé sur des mémoires épars, dont lui-même ou ses secrétaires avaient maladroitement recousu les lambeaux. On a dit aussi qu'Homère était un être fantastique ; comme si l'existence de l'Iliade et de l'Odyssée, ces chefs-d'oeuvre de la poésie, n'attestaient pas l'existence de leur auteur ? Il faut être bien peu poète, et savoir bien mal ce que c'est que l'ordonnance et le plan d'une oeuvre épique, pour penser qu'une troupe de rapsodes se succédant les uns aux autres, puisse jamais arriver à l'unité majestueuse de l'Iliade. Il faut avoir une idée bien fausse de l'homme et de ses conceptions, pour se persuader qu'un livre comme le Sépher, le King, le Veda, puisse se supposer, s'élever par supercherie, au rang d'Écriture divine, et se compiler avec la même distraction que certains auteurs apportent à leurs libelles indigestes. Sans doute quelques notes, quelques commentaires, quelques réflexions écrites d'abord en marge, ont pu se glisser dans le texte du Sépher ; Esdras a pu mal restaurer quelques passages mutilés ; mais la statue d'Apollon Pythien, pour quelques brisures légères, n'en reste pas moins debout, comme le chef-d'œuvre d'un sculpteur unique dont le nom ignoré est ce qui importe le moins. Méconnaître dans le Sépher le cachet d'un grand homme, c'est manquer de science ; vouloir que ce grand homme ne s'appelle pas Moyse, c'est manquer de critique. Il est certain que Moyse s'est servi de livres plus anciens et, peut-être de mémoires sacerdotaux, comme l'ont soupçonné Leclerc, Richard Simon et l'auteur des conjectures sur la Genèse. Mais Moyse ne le cache point ; il cite dans deux ou trois endroits du Sépher le titre des ouvrages qu'il a sous les yeux : c'est le livre des Générations d'Adam ; c'est le livre des Guerres de IÔHAH, c'est le livre des Prophéties. Il est parlé dans Josué du livre des Justes. Il y a fort loin de là à compiler de vieux mémoires, à les faire compiler par des scribes, comme l'ont avancé ces écrivains ; ou bien à les abréger, comme le pensait Origène. Moyse créait en copiant : voilà ce que fait le vrai génie. Est-ce qu'on pense que l'auteur de l'Apollon Pythien n'avait point de modèles ? Est-ce qu'on imagine, par hasard, qu'Homère n'a rien imité ? Le premier vers de l'Iliade est copié de la Démétréide d'Orphée. L'histoire d'Hélène et de la guerre de Troie était conservée dans les archives sacerdotales de Tyr, où ce poète l’a prit. On assure même qu'il la changea tellement, que d'un simulacre de la Lune il fit une femme, et des Éons, ou Esprits célestes qui s'en disputaient la possession, des hommes qu'il appela Grecs et Troyens. Moyse avait pénétré dans les sanctuaires de l'Égypte, et il avait été initié aux mystères ; on le découvre facilement en examinant la forme de sa Cosmogonie. Il possédait sans doute un grand nombre d'hiéroglyphes qu'il expliquait dans ses écrits, ainsi que Phylon l'assure ; son génie et son inspiration particulière faisaient le reste. Il se servait de la langue égyptienne dans toute sa pureté. Cette langue était alors parvenue au plus haut degré de perfection. Elle ne tarda pas à s'abâtardir entre les mains d'une peuplade grossière, abandonnée à elle-même au milieu des déserts de l'Idumée. C'était un géant qui s'était montré tout à coup au sein d'une troupe de pygmées. Le mouvement extraordinaire qu'il avait imprimé à sa nation ne pouvait pas durer, mais ils suffisait que le dépôt sacré qu'il lui laissait dans le Sépher fût gardé avec soin pour que les vues de la Providence fussent remplies. II paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moyse lui-même prévoyant le sort que son livre devait subir, et les fausses interprétations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre, dans le secret du sanctuaire, à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale, que les Juifs modernes se flattent encore de posséder, se nomme Kabbale, d'un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main, etc. Les livres les plus fameux qu'ils possèdent, tels que ceux du Zohar, le Bahir, les Medrashim, les deux Gemares, qui composent le Thalmud, sont presque entièrement kabbalistiques. © Claude le Moal
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