Temple d'Hermès Trismégiste, Salle de l'occultisme. Le Grand Arcane d'Éliphas Lévi.
La raison du lecteur ne pourra jamais prendre en défaut l'intelligence et l'érudition de ce très grand initié
L'Ésotérisme et l'occultisme hermétique. Livre troisième, du Grand Arcane d’Eliphas Lévi, chapitre 13 : LA FASCINATION. L’Eglise condamne et doit condamner la magie parce qu’elle s’en est approprié le monopole. Les forces occultes que les anciens mages employaient pour tromper et asservir les multitudes, elle doit s’en servir pour éclairer progressivement les esprits et travailler à l’affranchissement des âmes par la hiérarchie et la moralité. Elle le doit sous peine de mort, mais nous avons déjà dit qu’elle est immortelle et que la mort apparente ne peut être pour elle qu’un travail régénérateur et une transfiguration. Parmi les forces dont elle dispose et dont on peut faire usage, soit pour le bien soit pour le mal, il faut compter au premier rang la puissance de la fascination. Faire croire l’impossible, faire voir l’invisible, faire toucher l’insensible en exaltant l’imagination et en hallucinant les sens, s’emparer ainsi de la liberté intellectuelle de ceux qu’on lie et qu’on délie à volonté, c’est ce qu’on appelle fasciner. La fascination est toujours le résultat d’un prestige. Le prestige est la mise en scène de la puissance quand ce n’en est pas le mensonge. Voyez Moïse lorsqu’il veut promulguer le Décalogue, il choisit la plus âpre montagne du désert, il l’entoure d’une barrière que nul ne pourra franchir sans être frappé de mort ! Là, il monte au bruit de la trompette pour s’entretenir face à face avec Adonaï et quand vient le soir, toute la montagne fume, tonne et s’illumine d’une formidable pyrotechnie. Le peuple tremble et se prosterne, il croit sentir la terre s’agiter, il lui semble que les rochers bondissent comme des béliers et que les collines sont ondoyantes comme des troupeaux, puis, dès que le volcan s’éteint, dès que les tonnerres ont cessé, comme le thaumaturge tarde à reparaître, la foule s’insurge et veut à toute force qu’on lui donne son Dieu ? Adonaï a manqué son effet, il est sifflé et on lui oppose le veau d’or. Les flûtes et les tambourins font la parodie des trompettes et du tonnerre et le peuple voyant que les montagnes ne dansent plus se met à danser à son tour. Moïse, furieux, brise les tables de la loi et change son spectacle en celui d’un massacre immense. La fête est noyée dans le sang ; la vile multitude, en voyant les éclairs du glaive, recommence à croire à ceux de la foudre, elle n’ose plus relever la tête pour regarder Moïse, le terrible législateur est devenu fulgurant comme Adonaï, il a des cornes comme Bacchus et comme Jupiter Ammon et désormais il n’apparaîtra plus que couvert d’un voile afin que l’épouvante soit durable et que la fascination se perpétue. Personne désormais ne résistera impunément à cet homme dont le courroux frappe comme le simoun et qui a le secret des commotions fulminantes et des flammes inextinguibles. Les prêtres de l’Egypte avaient sans doute des connaissances naturelles auxquelles les nôtres ne devaient arriver que beaucoup plus tard. Nous avons dit que les mages assyriens connaissaient l’électricité et savaient imiter le tonnerre. Avec la différence qu’il y a entre Jupiter et Thersite, Moïse avait les mêmes opinions que Marat. Il pensait que pour le salut d’un peuple destiné à devenir la lumière du monde, quelques flots de sang ne devaient pas faire reculer un pontife de l’avenir. Qu’a-t-il manqué à Marat pour être le Moïse de la France ? Deux grandes choses : le génie et le succès. D’ailleurs, Marat était un nain grotesque et Moïse était un géant, s’il faut en croire la divine intuition de Michel Ange. Oserat-on dire que le législateur des Hébreux était un imposteur ? On n’est jamais imposteur quand on se dévoue. Ce maître qui osait jouer de tels airs de toute puissance sur l’instrument terrible de la mort s’était voué le premier à l’anathème pour expier le sang versé ; il conduisait son peuple vers une terre promise où lui-même, il savait bien que seul il n’entrerait pas. Il disparut un jour au milieu des cavernes et des précipices comme oedipe dans la tempête et jamais les admirateurs de son génie ne purent retrouver ses os. Les sages de l’ancien monde, convaincus de la nécessité de l’occultisme, cachaient avec soin les sciences qui les rendaient jusqu’à un certain point maîtres de la nature et ne s’en servaient que pour donner à leur enseignement le prestige de la coopération divine. Pourquoi les en blâmerait-on ? Le sage n’est-il pas le plénipotentiaire de Dieu près des hommes ? Et quand Dieu lui permet d’endormir ou de réveiller sa foudre, n’est-ce pas toujours lui qui tonne par le ministère de son ambassadeur ? Il faudrait mettre à Charenton l’homme assez fou pour dire : Je sais de science certaine que Dieu est, mais celui-là serait plus insensé encore qui oserait dire : Je sais que Dieu n’existe pas : Je crois en Dieu, mais je ne sais pas ce qu’il est. Voici venir pourtant des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui vous disent : Je l’ai vu, je l’ai touché, j’ai fait mieux encore, je l’ai mangé et je l’ai senti vivant en moi. Etrange fascination d’une parole absurde s’il en fut jamais et par là même victorieusement convaincante parce qu’elle est belle à faire reculer la raison et à ravir l’enthousiasme : Ceci est ma chair, ceci est mon sang ! Il a dit cela, lui, le Dieu qui allait mourir pour revivre dans tous les hommes. Hommes de foi, vous seuls comprenez comment Dieu lui-même devait mourir pour nous faire accepter le mystère de la mort. Dieu s’est fait homme, afin de faire les hommes Dieu. Dieu incarné, c’est l’humanité devenue divine. Voulez-vous voir Dieu, regardez vos frères. Voulez-vous aimer Dieu, aimez-vous les uns les autres. Foi sublime et triomphante qui va inaugurer le règne de la solidarité universelle, de la charité la plus sublime, de l’adoration du malheur ! Ce que vous faites au moindre, c’est-à-dire peut-être au plus ignorant, au plus coupable d’entre vos frères, vous le faites à moi et à Dieu. Comprenez-vous cela, misérables inquisiteurs, lorsque vous avez torturé J.C. lorsque vous avez brûlé Dieu... Certes, la poésie est plus grande que la science, et la foi est grandiose et magnifique lorsqu’elle domine et subjugue la raison. Le sacrifice du juste pour le coupable est déraisonnable, mais la raison la plus égoïste est contrainte de l’admirer. Ici est la grande fascination de l’Evangile, et j’avoue que, dût-on me taxer d’un peu de folie, moi l’ennemi des rêves, moi l’adversaire des imaginations qui veulent s’imposer au savoir, je reste fasciné et je veux l’être, j’adore en fermant les yeux pour ne pas voir d’étincelles ennemies parce que je ne puis m’empêcher de croire à une lumière immense mais encore voilée sur la foi de l’amour infini que je sens s’allumer dans mon coeur. Tous les grands sentiments sont des fascinations et tous les vrais grands hommes sont des fascinateurs de la multitude, Magister dixit. C’est le maître qui l’a dit. Voilà la grande raison de ceux qui sont nés pour être éternellement disciples : Amicus Plato sed magis amica veritas, J’aime Platon mais je préfère la vérité, est la parole d’un homme qui se sent l’égal de Platon et qui par conséquent doit être un maître s’il possède comme Platon ou comme Aristote le don de fasciner et de passionner une école. Jésus, en parlant des hommes de la foule, dit : Je veux qu’en regardant, ils ne voient pas et qu’en écoutant, ils n’entendent pas car je redoute leur conversion et j’aurais peur de les guérir. En lisant ces terribles paroles de celui qui s’est sacrifié à la philanthropie, je pense à ce Crispinus dont Juvénal a dit : At vitiis oeeger solaque libidine fortis. Epuisé par tous les vices, il ne doit un reste de forces qu’à la fièvre de la débauche. Quel médecin compatissant eut voulu guérir la fièvre de Crispinus ? C’eut été lui donner la mort. Malheur aux profanes multitudes qui ne sont plus fascinées par l’idéal des grands pouvoirs ! Malheur au sot qui restant un sot ne croit plus à la mission divine du prêtre ni au prestige providentiel du roi ! Car il lui faut une fascination quelconque, et il subira celle de l’or et des jouissances brutales et sera précipité fatalement hors de toute justice et de toute vérité. La nature elle-même, lorsqu’il s’agit de forcer les êtres à accomplir ses grands mystères, agit en souveraine prêtresse et fascine à la fois les sens, les esprits et les coeurs. Deux fatalités magnétiques qui se rencontrent forment une providence invincible à qui l’on donne le nom d’amour. La femme alors se transforme et devient une sylphide, une péri, une fée, un ange. L’homme devient un héros et presque un Dieu. Sont-ils assez trompés ces pauvres ignorants qui s’adorent et quelle déception ils se préparent pour l’heure de la satiété et du réveil. Retarder cette heure, c’est le grand arcane du mariage. Il faut à tout prix prolonger l’erreur, alimenter la folie, éterniser la déception incomprise ; la vie alors devient une comédie où le mari doit être un sublime artiste, toujours en scène s’il ne veut pas être berné comme le Pantaléon de la farce italienne ; ou la femme doit étudier à fond son rôle de grande coquette et cacher éternellement ses plus légitimes désirs si elle ne veut pas qu’on désapprenne à la désirer elle-même. Un bon ménage, c’est une lutte cachée de tous les jours, moyen fatigant et difficile mais hélas, unique moyen d’éviter une guerre ouverte. Il y a deux grandes puissances dans l’humanité : le génie qui fascine et l’enthousiasme qui vient de la fascination. Voyez ce petit homme pâle qui marche à la tête d’un peuple immense de soldats ; si on lui demandait où les conduisez-vous : A la mort pourrait répondre un passant dépourvu d’illusions ; à la gloire s’écrieraient-ils en hérissant leurs moustaches et en faisant résonner les capucines de leurs fusils. Tous ces vieux grognards sont des croyants comme Polyeucte ; ils subissent la fascination d’une redingote grise et d’un petit chapeau. Aussi, quand ils passent, les rois les saluent en ôtant leur couronne et lorsqu’on les écrase à Waterloo, ils jurent contre l’averse de mitraille comme s’il s’agissait d’un simple mauvais temps et tombent tout d’une pièce en jetant par la bouche de Cambronne un défi grivois à la mort. Il existe un magnétisme animal ; mais au-dessus de celui-là, qui est purement physique, il faut compter le magnétisme humain qui est le vrai magnétisme moral. Les âmes sont polarisées comme les corps, et le magnétisme spirituel ou humain est ce que nous appelons la force de fascination. Le rayonnement d’une grande pensée ou d’une puissante imagination chez l’homme détermine un tourbillon attractif qui donne bientôt des planètes au soleil intellectuel, aux planètes, des satellites. Un grand homme dans le ciel de la pensée, c’est le foyer d’un univers. Les êtres incomplets qui n’ont pas le bonheur de subir une fascination intelligente tombent eux-mêmes sous l’empire des fascinations fatales ; ainsi se produisent les passions vertigineuses et les hallucinations de l’amour-propre chez les imbéciles et chez les fous. Il y a des fascinations lumineuses et des fascinations noires. Les Thugs de l’Inde sont amoureux de la mort. Marat et Lacenaire ont eu des séides. Nous avons déjà dit que le diable est la caricature de Dieu. Définissons donc maintenant la fascination. C’est le magnétisme de l’imagination et de la pensée. C’est la domination qu’exerce une volonté forte sur une volonté faible en produisant l’exaltation des conceptions imaginaires et influençant le jugement chez des êtres qui ne sont pas encore parvenus à l’équilibre de la raison. L’homme équilibré est celui qui peut dire : Je sais ce qui est, je crois à ce qui doit être et je ne nie rien de ce qui peut être. Le fasciné dira : Je crois ce que les personnes en qui je crois m’ont dit de croire ; en d’autres termes je crois parce qu’il me plaît de croire. Je crois parce que j’aime certaines personnes et certaines choses (ici peuvent se placer certaines phrases toujours touchantes et qui ne prouvent jamais rien. La foi des aïeux ! La croix de ma mère !) En d’autres termes, le premier pourra dire : Je crois par raison, et le second : Je crois par fascination. Croire sur la foi des autres, cela peut être permis et cela doit être même recommandé à des enfants. Si vous me dites que Bossuet, Pascal, Fénelon étaient de grands hommes et qu’ils ont cru à d’évidentes absurdités, je vous répondrai que j’ai de la peine à l’admettre, mais enfin cela fût-il vrai, cela prouverait seulement qu’en cette circonstance, ces grands hommes ont agi comme des enfants. Pascal, diton, croyait voir toujours un gouffre ouvert auprès de lui. Il me semble que, sans manquer de respect au génie de Pascal, on peut ne pas croire à son gouffre ; l’homme fasciné perd son libre arbitre et tombe entièrement sous la domination du fascinateur. Sa raison, qu’il peut garder entière pour certaines choses indifférentes, se change absolument en folie dès que vous tentez de l’éclairer sur les choses qu’on lui suggère ; il ne voit plus, il n’entend plus que par les yeux et les oreilles de ceux qui le dominent ; faites lui toucher la vérité, il vous soutiendra que ce qu’il touche n’existe pas. Il croit au contraire voir et toucher l’impossible qu’on lui affirme. Saint Ignace a composé des exercices spirituels pour cultiver ce genre de fascination chez ses disciples. Il veut que tous les jours, dans le silence et dans l’obscurité, le novice de la Compagnie de Jésus exerce son imagination à créer la figure sensible des mystères qu’il cherche à voir et qu’il voit en effet, dans un rêve volontaire et éveillé, que l’affaiblissement de son cerveau peut rendre d’une réalité épouvantable tous les cauchemars de St Antoine et toutes les horreurs de l’enfer. Dans de semblables exercices, le coeur s’endurcit et s’atrophie de terreur, la raison vacille et s’éteint. Ignace a détruit l’homme, mais il a fait un jésuite et le monde entier va être moins fort que ce redoutable androïde. Rien n’est implacable comme une machine. Une fois montée elle ne s’arrête plus, à moins qu’on ne la brise. Créer des milliers de machines qu’on peut monter par la parole, et qui vont à travers le monde réaliser par tous les moyens possibles la pensée du machiniste, voilà l’oeuvre de Loyola. Il faut avouer que son invention est bien autrement grande que la machine mathématique de Pascal. Mais cette oeuvre est-elle morale ? Oui, certes dans la pensée de son auteur et de tous les hommes assez dévoués à ce qu’ils croient le bien, pour devenir ainsi, des rouages aveugles et automates sans autonomie. Jamais le mal ne passionnera les hommes à ce point, jamais la raison même et le simple bon sens ne prendront chez eux une pareille exaltation. La philosophie n’aura jamais de semblables soldats. La démocratie peut avoir des partisans et des martyrs, elle n’aura jamais de véritables apôtres capables de sacrifier, pour elle, leur amour propre et leur personnalité tout entière. J’ai connu et je connais encore des démocrates honnêtes. Chacun d’eux représente exactement la force d’un individu isolé. Le jésuite se nomme légion. Pourquoi l’homme est-il si froid lorsqu’il s’agit de la raison, et si ardent quand il faut combattre pour quelque chimère ? C’est que l’homme, malgré tout son orgueil, est un être défectueux ; c’est qu’il n’aime pas sincèrement la vérité ; c’est qu’il adore, au contraire, les illusions et les mensonges. Voyant que les hommes sont fous, a dit saint Paul, nous avons voulu les sauver par ta folie même, en imposant le bien à l’aveuglement de leur foi. Voilà le grand arcane du catholicisme de saint Paul, enté sur le Christianisme de Jésus, et complété par le Jésuitisme de saint Ignace de Loyola. Il faut des absurdités à la multitude. La société se compose d’un petit nombre de sages et d’une foule immense d’insensés. Or, il est à désirer que les insensés soient gouvernés par les sages. Comment faire pour arriver là ? Dès que le sage se montre ce qu’il est, on le repousse, on le calomnie, on l’exile, on le crucifie. Les hommes ne veulent pas être convaincus, ils attendent qu’on leur en impose ; il faut donc que l’apôtre se résigne aux apparences de l’imposture pour révéler, c’est-à-dire pour régénérer, la vérité dans le monde en lui donnant un nouveau voile. Qu’est-ce en effet qu’un révélateur ? C’est un imposteur désintéressé, qui, pour l’amener d’une manière détournée au bien, trompe la vile multitude. Qu’est-ce que la vile multitude ? C’est la tourbe immense des sots, des imbéciles et des fous, quels que soient d’ailleurs leurs titres, leur rang dans la société et leurs richesses. Je sais qu’on parle beaucoup de progrès indéfini, que j’appellerai plutôt indéfinissable, car si les connaissances s’augmentent dans l’espèce humaine, la race évidemment ne s’améliore pas. On dit aussi que si l’instruction était légalement répandue, tous les crimes disparaîtraient, comme si nécessairement l’instruction devait rendre les hommes meilleurs, comme si Robespierre et Marat, ces effrayants disciples de Rousseau, n’avaient pas reçu une instruction supérieure à celle de Rousseau lui-même. L’abbé Coeur et Lacenaire ont été élevés dans le même collège. Monsieur de Praslin, les docteurs Castany et Lapommeraye avaient joui de tous les bienfaits de l’éducation moderne. Eliçabide avait fait ses études au séminaire. Les scélérats instruits sont les plus complets et les plus effrayants de tous les scélérats, et jamais leur instruction ne les a empêché de mal faire, tandis qu’on voit des hommes simples et illettrés, pratiquer sans effort, les plus admirables vertus. L’éducation développe les facultés de l’homme et lui donne le moyen de satisfaire ses penchants, mais elle ne le change pas. Enseignez les mathématiques et l’astronomie à un sot, vous en ferez peut-être un Leverrier, mais vous n’en ferez jamais un Galilée. La race humaine actuelle se compose de quelques hommes et d’un très grand nombre d’êtres mixtes qui tiennent un peu de l’homme et beaucoup de l’orang-outan ou du gorille. Il en est pourtant qui pourraient revendiquer la ressemblance des singes moins énormes et plus jolis : ce sont ces aimables cocodés qui servent de mâles et de Jocrisses à nos cocottes. Je me demande si Dieu peut avoir un paradis pour ces animaux-là, et s’il aurait jamais le courage de les condamner à l’enfer. Quand ces bêtes-là sont sur le point de mourir, voilà parfois leur petit côté humain qui se réveille et les tourmente, on appelle un prêtre, le prêtre vient et pourquoi ne viendrait-il pas ? La charité ne veut pas qu’on étouffe les étincelles, mais que leur dire ? Ils ne comprendront rien de raisonnable, il faut les fasciner par des signes, des onctions d’huile, des bénédictions, des absolutions in extremis. Une étole brodée, un beau ciboire de vermeil. Ils disent ce qu’on leur fait dire, se laissent faire tout ce qu’on veut leur faire, et meurent, tranquilles, avec la bénédiction de l’Église. N’estil pas écrit dans l’Evangile que Dieu sauvera les hommes et les animaux ? Homines et jumenta salvabis Domine. Les créations de la Nature sont progressives dans la succession des espèces et des races, mais les races et les espèces croissent et décroissent comme les empires et les individus. Tous les peuples qui ont brillé commencent progressivement à s’éteindre et l’humanité tout entière aura le sort des nations. Quand 108 hommes, à moitié bêtes, auront disparu dans le prochain cataclysme, apparaîtra sans doute une nouvelle race d’êtres sages et forts qui seront à notre espèce ce que nous sommes à celle des singes. Alors, seulement les âmes seront véritablement immortelles, car elles deviendront dignes et capables de conserver le souvenir. En attendant, il est certain que, loin de progresser, l’espèce humaine actuelle dégénère. Un effrayant phénomène s’accomplit dans les âmes ; les hommes n’ont plus le sens divin et les femmes, qui ne sont pas des machines à vanité et à luxure, ne cherchent dans la foi, qu’elles aiment absurde, qu’un refuge contre la raison qui les ennuie. La poésie est morte dans les coeurs. Notre jeunesse lit Victor Hugo, mais elle n’admire dans ce grand poète que les tours de force de la parole et les exemples cités de la pensée; au fond elle préfère Proud’hon, trouve un peu trop de sensibilité dans Renan, et regarde comme des hommes sérieux M. Taine et les docteurs Grenier et Buchner. On blague avec excès au théâtre tous les sentiments généreux d’autrefois, ce n’est plus le vigoureux éclat de rire de Rabelais corrigeant la bêtise humaine, c’est le ricanement d’une platitude bouffonne qui insulte à toutes les vertus. Il en est de l’amour comme de l’honneur, c’est un vieux saint qu’on ne chôme plus. Le nom même du plus grand sentiment et du plus beau sentiment que puisse inspirer la Nature n’est plus guère de mise dans la conversation des gens de bonne compagnie et tombera peut-être bientôt dans le vocabulaire obscène. A quoi songent les jeunes filles les plus honnêtes et les mieux gardées, celles par exemple qu’on élève au couvent des Oiseaux ou au Sacré-Coeur ? Est-ce aux douceurs d’une affection mutuelle ? Fi donc, il faudrait se confesser de cela et on n’oserait l’avouer devant ses compagnes. Elles pensent aux splendeurs d’un riche mariage, elles rêvent une voiture et un château. Il y aura bien avec tout cela un mari dont il faudra s’accommoder, mais pourvu qu’il ait un beau nom, qu’il sache bien se présenter et qu’il mette bien sa cravate on le trouvera très suffisant. Je ne suis point un misanthrope et je me fais pas ici la satire de mon siècle, je constate un affaiblissement moral dans l’espèce humaine pour en venir à conclure que le magisme est plus que jamais de saison et qu’avec de si pauvres êtres, il faut fasciner pour réussir. Il se trouve dans l’Evangile des préceptes dont on pouvait autrefois sentir toute la sublimité et qui de nos jours sembleraient presque ridicules parce que les hommes ne sont plus les mêmes. - Va t’asseoir à la dernière place, dit Jésus et l’on t’invitera à passer à la première. - Si tu t’assois à la dernière place, tu y resteras et ce sera bien fait, répond à cela le monde moderne. - Si l’on veut prendre ta tunique, donne aussi ton manteau dit l’Evangile. - Et quand tu seras tout nu, Robert Macaire te bénira et un sergent de ville t’emmènera au poste pour outrage aux bonnes moeurs, répond le logicien impitoyable. - Ne songez pas au lendemain, dit le Sauveur. - Et le lendemain du jour où la misère vous surprendra, personne ne songera à vous, répond le monde. - Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. - Oui, quand vous aurez trouvé, mais non pendant que vous chercherez et je crains que vous ne cherchiez longtemps. - Malheur à ceux qui rient, ils pleureront : heureux ceux qui pleurent car ils riront. - Sauf votre respect, Notre-Seigneur, ceci est une balançoire ; c’est comme si vous disiez : heureux les malades parce qu’ils attendent la santé et malheureux ceux qui se portent bien parce qu’ils attendent la maladie. Si ceux qui rient sont malheureux et si vous n’avez rien à promettre aux heureux qui pleurent que le malheur de rire à leur tour qui donc sera vraiment heureux. - Ne résistez pas au méchant si quelqu’un vous frappe sur une joue, tendez-lui l’autre. - Maxime positivement immorale. Ne pas résister au méchant, c’est être son complice. Tendre l’autre joue à celui qui vous frappe injustement, c’est approuver son attentat et en provoquer un second ; quand vous aurez tendu l’autre joue et reçu un second soufflet, quel parti aurez-vous à prendre ? Vous battre avec l’agresseur ? A quoi bon alors attendre le second outrage ? Tendre le dos afin de recevoir un coup de pied un peu plus bas ? Ce serait ignoble et grotesque. - Voilà ce que répondrait aux maximes peut-être les plus sublimes de l’Evangile l’esprit de notre siècle s’il était assez loyal, assez courageux, pour parler aussi librement. Il y a et il devrait y avoir de nos jours un malentendu immense entre Jésus-Christ et les hommes. Notre siècle n’a plus le sentiment du sublime et ne comprend plus les héros. Garibaldi n’est pour nos hommes d’état qu’une incarnation peu amusante de Don Quichotte. C’est un polichinelle sérieux, qui, après avoir battu quelques commissaires et s’être débattu entre les griffes cauteleuses du chat, finira un jour par être emporté par le diable à la grande risée des spectateurs. Le monde est sans religion, a dit le comte Joseph de Maistre, et c’est pour cela, ajouterons-nous, qu’il a besoin plus que jamais de prestiges et de jongleurs. Lorsqu’on ne croit plus au prêtre, on croit au sorcier et nous avons écrit nos livres surtout à l’usage des prêtres afin que, devenant de véritables magiciens, ils n’aient plus à craindre de la part du sorcier une illégale concurrence. L’auteur de ce livre appartient à la grande famille sacerdotale et ne l’a jamais oublié. Que les prêtres redeviennent des hommes de science et qu’ils étonnent un monde dégénéré par la grandeur du caractère ; qu’ils se mettent au-dessus des petits intérêts et des petites passions, qu’ils fassent des miracles de philanthropie et le monde sera à leurs pieds, qu’ils fassent même d’autres miracles, qu’ils guérissent les malades en les touchant, le zouave Jacob l’a bien fait ; qu’ils apprennent en un mot à fasciner et ils apprendront à régner. La fascination joue un grand rôle dans la médecine, la grande réputation d’un docteur guérit d’avance ses malades. Une maladresse de M. Nélaton (si l’illustre praticien était capable d’en faire une) réussirait. Peut-être mieux que toute l’habileté d’un chirurgien ordinaire. On raconte qu’un médecin célèbre, ayant écrit la formule d’un emplâtre pour un homme qui souffrait de violentes douleurs, dit à la garde-malade : Vous allez lui appliquer cela immédiatement sur la poitrine, et il lui remettait le papier. La bonne femme, qui était plus que simple, crut que cela signifiait l’ordonnance même et l’appliqua toute chaude à son malade avec un peu de graine de lin ; le malade se sentit immédiatement soulagé et le lendemain était guéri. C’est ainsi que les grands médecins guérissent nos corps, et c’est de la même manière que les prêtres accrédités parviennent à guérir nos âmes. Quand je parle dans ce chapitre d’un commencement de déchéance humaine, je n’entends par là que des phénomènes que je puis observer et je ne conclus pas de l’affaiblissement d’une race à la déchéance de l’espèce entière. Malgré tant de tristes symptômes, j’espère encore un progrès avant la destruction ou plutôt avant la transformation de l’homme. Je crois que le Messianisme viendra d’abord et règnera pendant une longue suite de siècles. J’espère que l’espèce humaine dira son dernier mot autrement qu’elle ne l’a fait dans les civilisations de Ninive, de Tyr, de Babylone, d’Athènes, de Rome et de Paris. Ce qu’on pourrait prendre pour de la décrépitude, j’aime à croire que ce sont les lassitudes de l’enfance. Mais le Messianisme même n’est pas la doctrine de l’Eternité ; il y aura, dit saint Jean, un nouveau ciel et une nouvelle terre. La nouvelle Jérusalem ne viendra que par des peuples nouveaux supérieurs aux hommes d’à présent, puis il y aura des changements encore. Quand notre soleil sera une planète opaque dont nous serons le satellite, qui sait où nous serons alors et sous quelle forme nous vivrons ? Ce qui est certain, c’est que l’être est l’être, c’est qu’il ne sort pas du néant qui n’est pas et d’où par conséquent rien ne peut sortir. C’est qu’il ne retournera pas dans ce néant d’où il n’a pu sortir. Tout ce qui est, a été, est et sera. Ehieh ascher Ehieh. Revenons à la fascination et au moyen de la produire. Ce moyen est tout entier dans la puissance d’une volonté qui s’exalte sans se raidir et qui persévère avec calme. Ne soyez pas fou et parvenez à croire avec raison que vous êtes quelque chose de grand et de fort ; les faibles et les petits vous prendront nécessairement pour ce que vous croyez être. Ce n’est qu’une affaire de patience et de temps. Nous avons dit qu’il existe une fascination purement physique qui appartient au magnétisme ; quelques personnes en sont douées naturellement et on peut se donner la faculté de l’exercer par l’exaltation graduelle de l’appareil nerveux. Le célèbre M. Rome, qui a parfois peut-être exploité en charlatan cette faculté exceptionnelle, la possède sans pouvoir s’en rendre compte, car il est d’une intelligence très bornée pour tout ce qui se rattache à la science. Le zouave Jacob est un fascinateur naïf qui croit à la coopération des esprits. L’habile prestidigitateur Robert Houdin joint la fascination à la prestesse. Un grand seigneur que nous connaissons, lui ayant un jour demandé des leçons de magie blanche, Robert Houdin lui enseigna certaines choses, mais il en réserva d’autres qu’il déclara ne pouvoir enseigner. Ce sont des choses inexplicables pour moi-même, dit-il, et qui tiennent à ma nature personnelle ; si je vous les disais, vous n’en sauriez guère davantage et je ne pourrais jamais vous mettre en état de les exercer. C’est pour me servir de l’expression vulgaire, l’art ou la faculté de jeter de la poudre aux yeux. On voit que toutes les magies ont leurs arcanes indicibles même la magie blanche de Robert Houdin. Nous avons dit que c’est un acte de haute philanthropie de fasciner les imbéciles pour leur faire accepter la vérité comme si c’était un mensonge et la justice comme si c’était la partialité et le privilège de déplacer les égoïsmes et les convoitises en faisant espérer à ceux qui se sacrifient ici-bas un héritage immense et exclusif dans le ciel. Mais nous devons dire aussi que tous ceux qui se croient dignes de porter le nom d’hommes doivent tout en respectant l’erreur des enfants et des faibles employer tous les efforts de leur raison et de leur intelligence pour échapper eux-mêmes à la fascination. Il est cruel d’être désillusionné quand rien ne remplace l’illusion et quand les mirages disparus et les feux follets éteints laissent l’âme dans les ténèbres. Il vaut mieux croire des absurdités que de ne croire à rien ; il vaut mieux encore être une dupe qu’un cadavre. Mais la sagesse consiste précisément en une science assez solide et en une foi assez raisonnable pour exclure le doute. Le doute en effet est le tâtonnement de l’ignorance. Le sage sait certaines choses ; ce qu’il sait le conduit à supposer l’existence de ce qu’il ne sait pas. Cette supposition, c’est la foi qui n’a pas moins de certitude que la science quand elle a pour objet des hypothèses nécessaires et tant qu’elle ne définit pas témérairement ce qui reste indéfinissable. Un homme véritablement homme comprend les prestiges sans les subir ; il croit à la vérité sans tonnerre ni trompettes et n’a pas plus besoin pour songer à Dieu d’une table de pierre ou d’une arche, que d’un veau d’or. Il n’a pas même besoin de sentir qu’il doit être juste, qu’on lui parle d’un grand rémunérateur ou d’un éternel vengeur. Il en est assez averti par sa conscience et par sa raison. Si on lui dit que sous peine d’un éternel tourment, il doit admettre que trois font un, qu’un homme ou un morceau de pain sont un Dieu. Il sait parfaitement à quoi s’en tenir sur la menace et se garde bien de se moquer du mystère avant d’en avoir étudié l’origine et d’en connaître la portée ; l’ignorance qui nie lui paraissant aussi téméraire pour le moins que l’ignorance qui affirme, mais il ne s’étonne jamais de rien et lorsqu’il s’agit de questions obscures, il ne prend jamais son parti avec précipitation. Pour échapper à la fascination des choses, il ne faut en méconnaître ni les avantages ni les charmes. Suivons en cela les enseignements d’Homère. Ulysse ne se prive pas d’entendre le chant des sirènes, il prend seulement les mesures les plus efficaces pour que ce plaisir ne le retarde pas dans son voyage et ne l’entraîne pas à se briser sur les écueils. Il renverse la coupe de Circé et l’intimide avec son glaive, mais il ne se refuse pas à des caresses qu’il lui impose au lieu de les acheter ou de les subir. Détruire la religion parce qu’il existe des superstitions dangereuses, ce serait supprimer le vin pour échapper aux dangers de l’ivresse et se refuser au bonheur de l’amour pour en éviter les égarements et les fureurs. Comme nous l’avons dit, le dogme a deux faces, l’une de lumière et l’autre d’ombre ; suivons la lumière et ne cherchons pas à détruire l’ombre, car l’ombre est nécessaire à la manifestation de la clarté. Jésus a dit que les scandales sont nécessaires et peut-être, si l’on nous pressait beaucoup, devrions-nous dire qu’il faut des superstitions. On ne saurait trop insister sur cette vérité trop méconnue de nos jours, malgré son incontestable évidence, que si tous les hommes doivent être égaux devant la loi, les intelligences et les volontés ne sont certainement pas égales. Le dogme est la grande épopée universelle de la foi, de l’espérance et de l’amour ; c’est la poésie des nations, c’est la fleur immortelle du génie de l’humanité, il faut le cultiver et le conserver tout entier. Il ne faut pas en perdre un mot, il ne faut en détacher ni un symbole, ni une énigme, ni une image. Un enfant à qui l’on aurait fait apprendre les fables de La Fontaine et qui aurait cru naïvement jusqu’à l’âge de sept ans que les fourmis peuvent parler à des cigales, devrait-il déchirer ou jeter au feu le livre charmant que lui a donné sa mère, lorsqu’il est assez intelligent enfin pour comprendre qu’on ne peut, sans imposture et sans folie, prêter des discours raisonnables aux êtres qui ne parlent pas et qui sont dénués de raison. Au respect du dogme, il faut joindre celui de l’autorité, c’est-à-dire de la hiérarchie à laquelle il faut se soumettre extérieurement quand elle est seulement extérieure et intérieurement quand elle est réelle. Si la société ou l’Eglise m’a donné pour maître un homme qui en sait moins que moi, je dois me taire devant lui et agir suivant mes propres lumières ; mais s’il est plus savant et meilleur que moi, je dois l’écouter et profiter de ses conseils. Pour échapper aux fascinations des hommes et des femmes, n’attachons jamais tout notre coeur aux individualités changeantes et périssables. Aimons dans les êtres qui passent les vertus qui sont immortelles et la beauté qui fleurit toujours. Si l’oiseau que nous aimons s’envole, ne prenons pas pour cela en aversion tous les oiseaux et si les roses que nous avons cueillies et dont nous aimons à respirer le parfum se flétrissent entre nos mains, ne croyons pas pour cela que tous les rosiers sont morts et tous les printemps défleuris. Une rose meurt bien vite mais la rose est éternelle. Est-ce qu’un musicien doit renoncer à la musique parce qu’il a brisé son violon ? Il est des oiseaux dont la nature est telle qu’ils ne peuvent supporter l’hiver : il leur faut un printemps éternel et pour eux seuls, le printemps ne cesse jamais sur la terre. Ce sont les hirondelles et vous savez comment elles font pour que ce prodige s’accomplisse naturellement en leur faveur. Quand la belle saison finit, elles s’envolent vers la belle saison qui commence et quand le printemps n’est plus où elles sont, elles s’en vont où est le printemps.
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