Le Livre de la science d’Hermès : LES NOCES CHYMIQUES DE CHRISTIAN ROSENCREUTZ -JEAN-VALENTIN ANDREAE - ANNÉE 1489 Livre traduit pour la première fois de l’allemand par AURIGER Avant propos et commentaires de AURIGER
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Livre des Noces chimiques Deuxième jour. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.1 - A peine étais-je entré dans la forêt qu’il me sembla que le ciel entier et tous les éléments s’étaient déjà parés pour les noces ; je crus entendre les oiseaux chanter plus agréablement et je vis les jeunes cerfs sauter si joyeusement qu’ils réjouirent mon coeur et l’incitèrent à chanter. Je chantai donc à haute voix : Sois joyeux, cher petit oiseau ; Pour louer ton créateur Elève ta voix claire et fine, Ton Dieu est très puissant ; Il t’a préparé ta nourriture Et te la donne juste en temps voulu, Sois satisfait ainsi. Pourquoi donc serais-tu chagrin, Pourquoi t’irriter contre Dieu De t’avoir fait petit oiseau ? Pourquoi raisonner dans ta petite tête Parce qu’il ne t’a pas fait homme ? Oh ! tais-toi, il a profondément médité cela, Sois satisfait ainsi. Que ferais-je, pauvre ver de terre Si je voulais discuter avec Dieu ? Chercherais-je à forcer l’entrée du ciel Pour ravir le grand art par violence. ? Dieu ne se laisse pas bousculer ; Que l’indigne s’abstienne. Homme, sois satisfait. S’il ne t’a pas fait empereur N’en soit pas offensé ; Tu aurais peut-être méprisé son nom Et de cela seul il se soucie. Les yeux de Dieu sont clairvoyants ; Il voit au fond de ton coeur Donc tu ne le tromperas pas. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.2 - Et mon chant, partant du fond de mon coeur se répandit à travers la forêt en résonnant de toutes parts. Les montagnes me répétèrent les dernières paroles au moment où, sortant de la forêt, j’entrais dans une belle prairie. Sur ce pré s’élançaient trois beaux cèdres dont les larges rameaux projetaient une ombre superbe. Je voulus en jouir aussitôt car malgré que je n’eusse pas fait beaucoup de chemin, j’étais accablé par l’ardeur de mon désir ; je courus donc aux arbres pour me reposer un peu. Mais en approchant de plus près j’aperçus un écriteau fixé à un arbre et voici les mots écrits en lettres élégantes que je lus : "Etranger, salut : Peut-être as-tu entendu parler des Noces du Roi, dans ce cas, pèse exactement ces paroles : Par nous, le Fiancé t’offre le choix de quatre routes, par toutes lesquelles tu pourras parvenir au Palais du Roi, à condition de ne pas t’écarter de sa voie. La première est courte, mais dangereuse, elle passe à travers divers écueils que tu ne pourras éviter qu’à grand peine ; l’autre, plus longue, les contourne, elle est plane et facile si à l’aide de l’aimant tu ne te laisse détourner, ni à droite, ni à gauche. La troisième est en vérité la voie royale, divers plaisirs et spectacles de notre Roi te rendent cette voie agréable. Mais à peine un sur mille peut arriver au but par celle-là. Par la quatrième, aucun homme ne peut parvenir au Palais du Roi, elle est rendue impossible car elle consume et ne peut convenir qu’aux corps incorruptibles. Choisis donc parmi ces trois voies celle que-tu veux, et suis la avec constance. Sache aussi que quelle que soit celle que tu as choisie, en vertu d’un Destin immuable, tu ne peux abandonner ta résolution, et revenir en arrière sans le plus grand danger pour ta vie. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.3 - Voilà ce que nous avons voulu que tu saches, mais prends garde aussi d’ignorer que tu déploreras d’avoir suivi cette voie pleine de périls : En effet s’il doit t’arriver de te rendre coupable du moindre délit contre les lois de notre Roi, je te prie pendant qu’il en est encore temps de retourner au plus vite chez toi, par le même chemin que tu as suivi pour venir". [1] Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.4 - Dès que j’eus lu cette inscription, ma joie s’évanouit ; et après avoir chanté si joyeusement je me mis à pleurer amèrement ; car je voyais bien les trois routes devant moi. Je savais qu’il m’était permis d’en choisir une ; mais en entreprenant la route de pierres et de rocs, je m’exposais à me tuer misérablement dans une chute ; en préférant la voie longue je pouvais m’égarer dans les chemins de traverse ou rester en route pour toute autre cause dans ce long voyage. Je n’osais pas espérer non plus, qu’entre mille je serais précisément celui qui pouvait choisir la voie royale. La quatrième route s’ouvrait également devant moi ; mais elle était tellement remplie de feu et de vapeur que je ne pouvais en approcher, même de loin. Dans cette incertitude je réfléchissais s’il ne valait pas mieux renoncer à mon voyage ; d’une part, je considérais mon indignité ; mais d’autre part, le songe me consolait par le souvenir de la délivrance de la tour, sans que je pusse cependant m’y fier d’une manière absolue. J’hésitais encore sur le parti à prendre, lorsque mon corps, accablé de fatigue, réclama sa nourriture. Je pris donc mon pain et le coupai. Alors une colombe, blanche comme la neige, perchée sur un arbre et dont la présence m’avait échappée jusqu’à ce moment, me vit et descendit ; peut être en était-elle coutumière. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.5 - Elle s’approcha tout doucement de moi et je lui offris de partager mon repas avec elle ; elle accepta, et cela me permit d’admirer sa beauté, tout à mon aise. Mais un corbeau noir, son ennemi, nous aperçut ; il s’abattit sur la colombe pour s’emparer de sa part de nourriture, sans prêter la moindre attention à ma présence. La colombe n’eut d’autre ressource que de fuir et ils s’envolèrent tous deux vers le midi. J’en fus tellement irrité et affligé que je poursuivis étourdiment le corbeau insolent et je parcourus ainsi, sans y prendre garde, presque la longueur d’un champ dans cette direction ; je chassai le corbeau et je délivrai la colombe. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.6 A ce moment seulement, je me rendis compte que j’avais agi sans réflexion ; j’étais entré dans une voie qu’il m’était interdit d’abandonner dorénavant sous peine d’une punition sévère. Je m’en serais consolé si je n’avais regretté vivement d’avoir laissé ma besace et mon pain au pied de l’arbre sans pouvoir les reprendre ; car dès que je voulais me retourner, le vent me fouettait avec tant de violence qu’il me jetait aussitôt à terre ; par contre en poursuivant mon chemin je ne sentais plus la tourmente. Je compris alors que m’opposer au vent, c’était perdre la vie. Je me mis donc en route en portant patiemment ma croix, et, comme le sort en était jeté, je pris la résolution de faire tout mon possible pour arriver au but avant la nuit. Maintes fausses routes se présentaient devant moi ; mais je les évitais grâce à ma boussole, en refusant de quitter d’un pas le méridien, malgré que le chemin fût fréquemment si rude et si peu praticable que je croyais m’être égaré. Tout en cheminant, je pensais sans cesse à la colombe et au corbeau, sans parvenir à en comprendre la signification. Enfin je vis au loin un portail splendide, sur une haute montagne ; je m’y hâtais malgré qu’il fût très, très éloigné de ma route, car le soleil venait de se cacher derrière les montagnes sans que j’eusse pu apercevoir une ville au loin. J’attribue cette découverte à Dieu seul qui aurait bien pu me laisser continuer mon chemin sans m’ouvrir les yeux, car j’aurais pu le dépasser facilement sans le voir. Je m’en approchai, dis-je, avec la plus grande hâte et quand j’y parvins les dernières lueurs du crépuscule me permirent encore d’en distinguer l’ensemble. Or c’était un Portail Royal admirable, fouillé de sculptures représentant des mirages et des objets merveilleux dont plusieurs avaient une signification particulière, comme je l’ai su plus tard. Tout en haut le fronton portait ces mots : LOIN D’ICI, ÉLOIGNEZ-VOUS PROFANES. [2] avec d’autres inscriptions dont on m’a défendu sévèrement de parler. Au moment où j’arrivai au portail, un inconnu, vêtu d’un habit bleu du ciel, vint à ma rencontre. Je le saluai amicalement et il me répondit de même en me demandant aussitôt ma lettre d’invitation. Oh ! combien fus-je joyeux alors de l’avoir emportée avec moi car j’aurais pu l’oublier aisément, ce qui, d’après lui, était arrivé à d’autres. Je la lui présentai donc aussitôt ; non seulement il s’en montra satisfait, mais à ma grande surprise, il me dit en s’inclinant : "Venez, cher frère, vous êtes mon hôte bienvenu". Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.7 - Il me pria ensuite de lui dire mon nom, je lui répondis que j’étais le frère de la Rose-Croix Rouge, il en témoigna une agréable surprise. Puis il me demanda : "Mon frère, n’auriez-vous pas apporté de quoi acheter un insigne ?" Je lui répliquai que je n’étais guère fortuné mais que je lui offrirais volontiers ce qui pourrait lui plaire parmi les objets en ma possession. Sur sa demande, je lui fis présent de ma fiole d’eau, et il me donna en échange un insigne en or qui ne portait que ces deux lettres : S. C. [3]. Il m’engagea à me souvenir de lui dans le cas où il pourrait m’être utile. Sur ma question il m’indiqua le nombre des convives entrés avant moi ; enfin, par amitié, il me remit une lettre cachetée pour le gardien suivant. Tandis que je m’attardais à causer avec lui, la nuit vint ; on alluma sous la porte un grand falot afin que ceux qui étaient encore en route pussent se diriger. Or le chemin qui conduisait au château se déroulait entre deux murs ; il était bordé de beaux arbres portant fruits. On avait suspendu une lanterne à un arbre sur trois de chaque côté de la route et une belle vierge vêtue d’une robe bleue venait allumer toutes ces lumières avec une torche merveilleuse ; et je m’attardais plus qu’il n’était sage à admirer ce spectacle d’une beauté parfaite. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.8 - Enfin l’entretien prit fin et après avoir reçu les instructions utiles je pris congé du premier gardien. Tout en cheminant je fus pris du désir de savoir ce que contenait la lettre ; mais comme je ne pouvais croire à une mauvaise intention du gardien je résistai à la tentation. J’arrivai ainsi à la deuxième porte qui était presque semblable à la première ; elle n’en différait que par les sculptures et les symboles secrets. Sur le fronton on lisait : DONNEZ ET L’ON VOUS DONNERA. [4] Un lion féroce, enchaîné sous cette porte, se dressa dès qu’il m’aperçut et tenta de bondir sur moi en rugissant ; il réveilla ainsi le second gardien qui était couché sur une dalle en marbre ; celui-ci me pria d’approcher sans crainte. Il chassa le lion, prit la lettre que je lui tendis en tremblant et me dit en s’inclinant profondément : "Bienvenu en Dieu soit l’homme que je désirais voir depuis longtemps" : Ensuite il me présenta un insigne et me demanda si je pouvais l’échanger. Comme je ne possédais plus rien que mon sel, je lui offris et il accepta en me remerciant. Cet insigne ne portait encore que deux lettres : S. M. [5] Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.9 - Comme je m’apprêtais à converser avec lui également, on sonna dans le château ; alors le gardien me pressa de courir de toute la vitesse de mes jambes, sinon tout mon travail et mes efforts seraient vains car on commençait déjà à éteindre toutes les lumières en haut. Je me mis immédiatement à courir, sans saluer le gardien car je craignais d’arriver trop tard, non sans raison. En effet, quelque rapide que fût ma course, la vierge me rejoignait déjà et derrière elle on éteignait toutes les lumières. Et je n’aurais pu rester dans le bon chemin si elle n’avait fait arriver une lueur de son flambeau jusqu’à moi. Enfin, poussé par l’angoisse, je parvins à entrer juste derrière elle ; à cet instant même, les portes furent refermées si brusquement que le bas de mon vêtement fut pris ; et je dus l’y abandonner car ni moi ni ceux qui appelaient à ce moment au dehors, ne pûmes obtenir du gardien de la porte qu’il l’ouvrît de nouveau ; il prétendit avoir remis les clefs à la vierge, qui les aurait emportées dans la cour. Je me, retournai encore pour examiner la porte ; c’était un chef-d’oeuvre admirable et le monde entier n’en possédait pas une qui l’égalât. A côté de la porte se dressaient deux colonnes ; l’une d’elles portait une statue souriante, avec l’inscription : CONGRATULATEUR [6] ; sur l’autre la statue cachait sa figure tristement et au-dessous on lisait : JE COMPATIS [7]. En un mot, on voyait des sentences et des images tellement obscures et mystérieuses que les plus sages de la terre n’eussent pu les expliquer ; mais, pourvu que Dieu le permette, je les décrirai tous sous peu et je les expliquerai. En passant sous la porte il m’avait fallu dire mon nom, qui fut inscrit le dernier sur le parchemin destiné au futur époux. Alors seulement le véritable insigne de convive me fut donné ; il était un peu plus petit que les autres mais beaucoup plus pesant. Les trois lettres suivantes y étaient gravées : S. P. N. [8] ; ensuite on me chaussa d’une paire de souliers neufs, car le sol entier du château était dallé de marbre clair. Comme il m’était loisible de donner mes vieux souliers à l’un des pauvres qui s’asseyaient fréquemment mais très décemment sous la porte, j’en fis présent à un vieillard. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.10 - Quelques instants après, deux pages tenant des flambeaux, me conduisirent dans une chambrette et me prièrent de me reposer sur un banc ; ce que je fis, tandis qu’ils disposaient les flambeaux dans deux trous pratiqués dans le sol ; puis ils s’en allèrent, me laissant seul. Tout à coup, j’entendis près de moi un bruit sans cause apparente et voici que je me sentis saisi par plusieurs hommes à la fois ; ne les voyant pas, je fus bien obligé de les laisser agir à leur gré. Je ne tardai pas à m’apercevoir qu’ils étaient perruquiers ; je les priai alors de ne plus me secouer ainsi et je déclarai que je me prêterais à tout ce qu’ils voudraient. Ils me rendirent aussitôt la liberté de mes mouvements et l’un d’eux, tout en restant invisible, me coupa adroitement les cheveux sur le sommet de la tête ; il respecta cependant mes longs cheveux blanchis par l’âge sur mon front et sur mes tempes. J’avoue que, de prime abord, je faillis m’évanouir ; car je croyais que Dieu m’avait abandonné à cause de ma témérité au moment où je me sentis soulevé si irrésistiblement. Enfin, les perruquiers invisibles ramassèrent soigneusement les cheveux coupés et les emportèrent ; les deux pages revinrent alors et se mirent à rire de ma frayeur. Mais à peine eurent-ils ouvert la bouche qu’une petite clochette tinta, pour réunir l’assemblée ainsi qu’on me l’apprit. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.11 - Les pages me précédèrent donc avec leurs flambeaux et me conduisirent à la grande salle, à travers une infinité de couloirs, de portes et d’escaliers. Une foule de convives se pressait dans cette salle ; on y voyait des empereurs, des rois, des princes et des seigneurs, des nobles et des roturiers, des riches et des pauvres et toutes sortes de gens ; j’en fus extrêmement surpris en songeant en moi-même : "Ah ! suis-je assez fou ! pourquoi m’être tant tourmenté pour ce voyage ! Voici des compagnons que je connais fort bien et que je n’ai jamais estimés ; les voici donc tous, et moi, avec toutes mes prières et mes supplications, j’y suis entré le dernier, et à grand peine !" Ce fut encore le diable qui m’inspira ces pensées et bien d’autres semblables, malgré tous mes efforts pour le chasser. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.12 - De ci et de là, ceux qui me connaissaient m’appelaient "Frère, Rosencreutz, te voilà donc arrivé aussi !" - "Oui, mes frères", répondis-je, "La grâce de Dieu m’a fait entrer également". Ils rirent de ma réponse et me trouvèrent ridicule d’invoquer Dieu pour une chose aussi simple. Comme je questionnais chacun sur le chemin qu’il avait suivi - plusieurs avaient dû descendre le long des rochers ñ des trompettes invisibles sonnèrent l’heure du repas. Alors chacun se plaça selon le rang auquel il croyait avoir droit ; si bien que moi et d’autres pauvres gens avons trouvé à peine une petite place à la dernière table. Alors les deux pages entrèrent, et l’un d’eux récita de si admirables prières que mon coeur en fut réjoui ; cependant quelques-uns des grands seigneurs n’y prêtaient aucune attention, mais riaient entre eux, se faisaient des signes, mordillaient leurs chapeaux et s’amusaient avec d’autres plaisanteries de ce genre. Puis on servit. Quoique nous ne pussions voir personne, les plats étaient si bien présentés qu’il me semblait que chaque convive avait son valet. Lorsque ces gens-là furent rassasiés et que le vin leur eût ôté la honte du coeur, ils se vantèrent tous et prônèrent leur puissance. L’un paria d’essayer ceci, l’autre cela, et les plus sots crièrent les plus fort ; maintenant encore je ne puis m’empêcher de m’irriter, quand je me rappelle les actes surnaturels et impossibles que j’ai entendu raconter. Pour finir ils changèrent de place ; çà et là un courtisan se glissa entre deux seigneurs, et alors ceux-ci projetaient des actions d’éclat telles que la force de Samson ou d’Hercule n’eût pas suffi pour les accomplir. Tel voulait délivrer Atlas de son fardeau, tel autre parlait de retirer le Cerbère tricéphale des enfers ; bref chacun divaguait à sa manière. La folie des grands seigneurs était telle qu’ils finissaient par croire à leurs propres mensonges et l’audace des méchants ne connut plus de bornes, de sorte qu’ils ne tinrent aucun compte des coups qu’ils reçurent sur les doigts comme avertissement. Enfin, comme l’un d’eux se vanta de s’être emparé d’une chaîne d’or, les autres continuèrent tous dans ce sens. J’en vis un qui prétendait entendre bruisser les cieux ; un autre pouvait voir les Idées Platoniciennes ; un troisième voulait compter les Atomes de Démocrite et bien d’autres connaissaient le mouvement perpétuel. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.13 - A mon avis, plusieurs avaient une bonne intelligence, mais, pour leur malheur, ils avaient trop bonne opinion d’eux-mêmes. Pour finir, il y en avait un qui voulait tout simplement nous persuader qu’il voyait les valets qui nous servaient, et il aurait discuté longtemps encore, si l’un de ces serveurs invisibles ne lui avait appliqué un soufflet sur sa bouche menteuse, de sorte que, non seulement lui, mais encore bon nombre de ses voisins, devinrent muets comme des souris. Mais, à ma grande satisfaction, tous ceux que j’estimais ; gardaient le silence dans ce bruit ; ils n’élevaient point la voix, car ils se considéraient comme gens inintelligents, incapables de saisir le secret de la nature, dont, au surplus, ils se croyaient tout à fait indignes. Dans ce tumulte, j’aurais presque maudit le jour de mon arrivée en ce lieu, car je voyais avec amertume que les gens méchants et légers étaient comblés d’honneurs, tandis que moi, je ne pouvais rester en paix à mon humble place ; en effet, un de ces scélérats me raillait en me traitant de fou achevé. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.14 - Comme j’ignorais qu’il y eût encore une porte par laquelle nous devions passer, je m’imaginais que je resterais ainsi en butte aux railleries et au mépris pendant toute la durée des noces ; je ne pensais cependant pas avoir tellement démérité du fiancé ou de la fiancée et j’estimais qu’ils auraient pu trouver quelqu’un d’autre pour tenir l’emploi de bouffon à leurs noces. Hélas ! c’est à ce manque de résignation que l’inégalité du monde pousse les coeurs simples ; et, c’est précisément cette impatience que mon rêve m’avait montrée, sous le symbole de la claudication. Et les vociférations augmentaient de plus en plus. Déjà, certains voulaient nous donner pour vrai des visions forgées de toutes pièces et des songes d’une fausseté évidente. Par contre mon voisin était un homme calme et de bonnes manières ; après avoir causé de choses très sensées il me dit enfin : "Vois, mon frère ; si en ce moment quelque nouvel arrivant voulait faire entrer tous ces endurcis dans le droit chemin, l’écouterait-on ?" - "Certes non", répondis-je ; - "C’est ainsi", dit-il "que le monde veut à toute force être abusé et ferme ses oreilles à ceux qui ne cherchent que son bien. Regarde donc ce flatteur et observe par quelles comparaisons ridicules et par quelles déductions insensées il capte l’attention de son entourage ; là-bas un autre se moque des gens avec des mots mystérieux inouïs. Mais, crois-m’en, il arrivera un temps où l’on ôtera les masques et les déguisements pour montrer à tous les fourbes qu’ils cachaient ; alors on reviendra peut-être à ceux que l’on avait dédaignés". Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.15 - Et le tumulte devint de plus en plus violent. Soudain une musique délicieuse, admirable, telle que je n’en avais entendue de ma vie, s’éleva dans la salle ; et, pressentant des événements inattendus, toute l’assemblée se tut. La mélodie montait d’un ensemble d’instruments à corde avec une harmonie si parfaite que j’en restai comme figé, tout absorbé en moi-même, au grand étonnement de mon Voisin ; et elle nous tint sous son charme près d’une demi-heure durant laquelle nous gardâmes le silence. Du reste, quelques-uns ayant eu l’intention de parler furent aussitôt corrigés par une main invisible ; en ce qui me concernait, renonçant à voir les musiciens je cherchais à voir leurs instruments. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.16 - Une demi-heure s’était écoulée lorsque la musique cessa subitement sans que nous eussions pu voir d’où elle provenait. Mais voici qu’une fanfare de trompettes et un roulement de tambours éclatèrent à l’entrée de la salle et ils résonnèrent avec une telle maestria que nous nous attendions à voir entrer l’empereur romain en personne. Nous vîmes la porte s’ouvrir d’elle-même, et alors l’éclat de la fanfare devint tel que nous pouvions à peine le supporter. Cependant des lumières entrèrent dans la salle, par milliers, me semblait-il ; elles se mouvaient toutes seules, dans leur rang, ce qui ne laissa de nous effrayer. Puis, vinrent les deux pages portant des flambeaux ; ils précédaient une vierge de grande beauté qui approchait, portée sur un admirable siège d’or. En cette vierge, il me sembla reconnaître celle qui avait précédemment allumé puis éteint les lumières ; de même je crus reconnaître dans ses serviteurs ceux qui étaient de garde sous les arbres bordant la route. Elle ne portait plus sa robe bleue, mais sa tunique était étincelante, blanche comme la neige, ruisselante d’or, et d’un tel éclat que nous ne pouvions la regarder avec persistance. Les vêtements des deux pages étaient semblables ; toutefois leur éclat était moindre. Dès que la vierge fut parvenue au centre de la salle, elle descendit de son siège et toutes les lumières s’abaissèrent comme pour la saluer. Nous nous levâmes tous aussitôt sans quitter notre place. Elle s’inclina devant nous et après avoir reçu nos hommages, elle commença d’une voix adorable le discours suivant : Le roi, mon gracieux seigneur, Qui n’est plus très loin maintenant, Ainsi que sa très chère fiancée, Confiée à son honneur, Ont vu avec une grande joie Votre arrivée tantôt. Ils honorent chacun de vous De leur faveur, à tout instant, Et souhaitent du fond du coeur Que vous réussissiez à toute heure, Afin qu’à la joie de leurs noces futures Ne fût mêlée l’affliction d’aucun. Puis elle s’inclina de nouveau avec courtoisie ; ses lumières l’imitèrent et elle continua comme, suit : Vous savez par l’invitation Que nul homme n’a été appelé ici Qui n’eût reçu tous les dons précieux De Dieu, depuis longtemps, Et qui ne fût paré suffisamment Comme cela convient en cette circonstance. Mes maîtres ne veulent pas croire Que quelqu’un pût être assez audacieux, Vu les conditions si sévères, De se présenter, à moins Qu’il ne se fût préparé par leurs noces Depuis de longues années. Ils conservent donc bon espoir Et vous destinent tous les biens, à tous ; Ils se réjouissent de ce qu’en ces temps difficiles Ils trouvent réunis ici tant de personnes. Cependant les hommes sont si audacieux Que leur grossièreté ne les retient pas. Ils s’introduisent dans des lieux. Où ils ne sont pas appelés. Donc, pour que les fourbes ne puissent donner le change, Pour qu’aucun imposteur ne se glisse parmi les autres, Et afin qu’ils puissent célébrer bientôt, sans rien cacher Des noces pures, On installera pour demain La balance des Artistes ; Alors, chacun s’apercevra facilement De ce qu’il a négligé d’acquérir chez lui. Si quelqu’un dans cette foule, à présent N’est pas sûr de lui entièrement, Qu’il s’en aille vivement ; Car s’il advient qu’il reste ici, Toute grâce sera perdue pour lui. Et demain il sera châtié. Quant à ceux qui veulent sonder leur conscience, Ils resteront aujourd’hui dans cette salle. Ils seront libres, jusqu’à demain, Mais qu’ils ne reviennent jamais ici. Mais que celui qui est certain de son passé Suive son serviteur Qui lui montrera son appartement. Qu’il s’y repose aujourd’hui Dans l’attente de la balance et de la gloire. Aux autres le sommeil apporterait mainte douleur Qu’ils se contentent donc de rester ici Car mieux vaudrait fuir Que d’entreprendre ce qui dépasse les forces. On espère que chacun agira pour le mieux. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.16 - Dès qu’elle eut terminé ce discours, elle s’inclina encore et reprit gaiement son siège ; aussitôt les trompettes sonnèrent de nouveau mais elles ne purent étouffer les soupirs anxieux de beaucoup. Puis les invisibles la reconduisirent ; cependant, çà et là, quelques petites lumières demeurèrent dans la salle ; l’une d’elles vint même se placer derrière l’un de nous. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.17 - Il n’est pas aisé de dépeindre nos pensées et nos gestes, expressions de tant de sentiments contradictoires. Cependant la plupart des convives se décida enfin à tenter l’épreuve de la balance, puis, en cas d’échec de s’en aller de là en paix (ce qu’ils croyaient possible). Ma décision fut bientôt prise ; comme ma conscience me démontrait mon inintelligence et mon indignité, je pris le parti de rester dans la salle avec les autres et de me contenter du repas auquel j’avais pris part, plutôt que de poursuivre et de m’exposer aux tourments et aux dangers à venir. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.18 - Donc, après que quelques-uns eussentétéconduits par leurs lumières dans leurs appartements (chacun dans le sien comme jel’ai su plus tard), nous restâmes au nombre de neuf, dont mon voisin de table, celui qui m’avait adressé la parole. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.19 - Une heure passa sans que notre lumière nous quittât ; alors l’un des, pages déjà nommés arriva, chargé de gros paquets de cordes et nous demanda d’abord si nous étions décidés à rester là. Comme nous répondîmes affirmativement en soupirant, il conduisit chacun de nous à un endroit désigné, nous lia puis se retira avec notre petite lumière, nous laissant, pauvres abandonnés, dans la nuit profonde. C’est à ce moment surtout que l’angoisse étreignit plusieurs d’entre nous ; moi-même je ne pus empêcher mes larmes de couler. Accablés de douleur et d’affliction nous gardâmes un profond silence quoique personne ne nous eût défendu de converser. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.20 - Par surcroît, les cordes étaient tressées avec un tel art que personne ne put les couper et moins encore les dénouer et les retirer de ses pieds. Je me consolais néanmoins en pensant qu’une juste rétribution et une grande honte attendaient beaucoup de ceux qui goûtaient le repos tandis qu’il nous était permis d’expier notre témérité en une seule nuit. Enfin, malgré mes tourments je m’endormis, brisé par la fatigue ; par contre la majeure partie de mes compagnons ne put trouver de repos. Dans ce sommeil, j’eus un songe ; quoiqu’il n’ait pas une signification importante je pense qu’il n’est pas inutile de le rapporter. Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 2.21 - II me semblait que j’étais sur une montagne et que je voyais s’étendre devant moi une large vallée. Une foule innombrable était assemblée dans cette vallée, et chaque individu était suspendu par un fil attaché sur sa tête ; ces fils partaient du ciel. Or, les uns étaient suspendus très haut, d’autres très bas et plusieurs étaient sur la terre même. Dans les airs volait un homme tenant des ciseaux à la main et coupant des fils de-ci et de-là. Alors ceux qui étaient près du sol tombaient sans bruit ; mais la chute des plus élevés fit trembler la terre. Quelques-uns eurent la bonne fortune de voir le fil descendre de sorte qu’ils touchèrent le sol avant qu’il ne fut coupé. Ces chutes me mirent en gaieté ; quand je vis des présomptueux, pleins d’ardeur pour assister aux noces ; s’élancer dans les airs, y planer un long moment, puis tomber honteusement en entraînant du même coup quelques voisins, je me réjouis de tout mon coeur. Je fus heureux également quand l’un des modestes qui s’était contenté de la terre fut détaché sans bruit, de sorte que ses voisins même ne s’en aperçurent point. Je goûtais ce spectacle avec le plus grand contentement, quand un de mes compagnons me poussa si maladroitement que je m’éveillai en sursaut, fort mécontent. Je réfléchis cependant à mon songe et je le racontai à mon frère qui était également couché près de moi. Il m’écouta avec satisfaction et souhaita que cela fût l’heureux présage d’un secours. C’est en nous entretenant de cet espoir que nous passâmes le reste de la nuit en appelant le jour de tous nos désirs. Livre des Noces Chymiques : Commentaire du deuxième jour. Rendant hommage au Créateur en chantant ses louanges, notre héros traverse une forêt, puis une plaine. Fatigué d’une longue marche, il veut se reposer à l’ombre de trois beaux cèdres, mais un écriteau apposé sur l’un d’eux l’avertit que quatre chemins conduisent aux Noces du Roi, à l’expresse condition, toutefois, de ne pas s’écarter de celui que l’on a choisi. La première voie est courte mais périlleuse et pleine d’écueils difficiles à éviter ; l’autre qui les contourne est plane, et facile, à condition de suivre sa boussole et de ne se laisser entraîner ni à droite, ni à gauche. La voie royale est la troisième ; elle est rendue joyeuse par les divers agréments et spectacles qu’offre le Roi sur son cours, mais à peine un sur mille peut atteindre le but. Il ne saurait être question pour un homme de suivre la quatrième pour parvenir au Roi, car elle brûle, et ne convient qu’aux corps incorruptibles. Une fois en route, la voie doit être suivie jusqu’au bout et nul ne peut revenir en arrière... Alors que Christian Rosencreutz hésite sur la route à suivre, celle-ci se trouve déterminée par la rencontre fortuite d’un corbeau avec la colombe à laquelle il jetait les miettes de son pain. Nous retrouverons, plus loin cet antagonisme du blanc et du noir et nous en donnerons alors l’explication. Les deux oiseaux se poursuivant s’envolent vers le midi, direction dans laquelle les suit notre héros. "Que celui qui veut devenir savant voyage vers le Midi, que celui qui veut devenir riche voyage vers le Septentrion". (Babha Bathra, Fol. 5, Col. 2). Le mythe de la blanche colombe se retrouve en maints auteurs et on ne peut s’empêcher de songer à un passage de L’Arcanum Hermeticae Philosophiae Opus où D’Espagnet, employant la même allégorie, dit que l’entrée du Jardin des Hespérides est gardée par des bêtes féroces qu’on ne peut adoucir qu’avec les attributs de Diane et les colombes de Vénus. Philalèthe, dans son traité : Introïtus apertus ad occlusum Regis palatium, fait de fréquentes allusions à ces colombes, et ce sont encore ces gracieux oiseaux, que le doux Virgile nous décrit volants vers Enée, puis vers l’arbre double où il cueillera le rameau d’or qui doit lui permettre l’accès des Enfers et qu’il rapporte à l’antre de la Sybille. Rappelons à ce propos que les enfers et tout l’Empire souterrain est soumis à Pluton qui est aussi le Dieu des Richesses. Poursuivant maintenant la voie qu’il ne peut plus abandonner, l’invité aux noces de Sponsus et Sponsa nous dit que la violence du vent l’empêche de retourner sur ses pas chercher sa besace au pied de l’arbre où il s’était assis. Il se fut aisément consolé de sa situation en songeant à celle du premier jour, où le vent souffle avec tant de violence qu’il ébranle la montagne dans laquelle est creusé son abri. N’y a-t-il pas en effet écrit dans Job, XXXVII, Vers, 22 : "L’Or vient du côté de l’Aquilon et la louange que l’on donne à Dieu doit être accompagnée de tremblement". Au crépuscule, enfin, alors que les ténèbres commencent à se manifester, il franchit la première porte et laisse au gardien vêtu d’un habit bleu de ciel sa fiole d’eau. L’insigne d’or qu’il reçoit en échange porte seulement les lettres S. C. Nous pouvons les interpréter par le Solve Coagula qui est à la base de tout enseignement de la Philosophie hermétique. Entre cette première porte et la seconde, une vierge, également vêtue de bleu allume une lanterne, accrochée à un arbre sur trois. Alors que l’inscription que portait la première porte tendait à éloigner le profane, celle de la seconde entrée dit : "Donnez et il vous sera donné". Un lion en garde l’entrée, et nous croyons devoir interpréter par Solve Mercurio, "Dissous par le Mercure", les lettres S. M. que porte l’insigne remis par le gardien à notre héros en échange de son sel. Le sens alchimique de cet ouvrage transparaît d’autant moins que les termes de Mercure, Soufre, Sel, Azote, si en honneur dans la terminologie des Anciens, bien que leur signification change suivant chaque auteur, ne sont pas employés une seule fois dans les "Noces Chymiques". Cette particularité méritait d’être signalée, car elle témoigne que l’Alchimie peut fort bien s’enseigner sans avoir recours aux signes bien connus correspondant aux sept planètes astrologiques. Il ne faut pas en inférer que le sens de ces signes soit négligeable ; bien loin de là, leur graphisme en effet, n’a rien d’arbitraire et n’est pas un simple hasard. Le mot hasard est d’ailleurs vide de sens pour tout occultiste sérieux, car tout s’enchaîne dans notre petit monde ; chaque chose dépend de celles qui l’entourent, non seulement sur le plan matériel mais aussi et surtout sur les plans supérieurs dont la connaissance nous échappe faute de moyens suffisants de perception. Selon la croyance ancienne, les métaux étaient divisés en deux catégories : les métaux colorés ou solaires, les métaux blancs, ou lunaires. Chacune, de ces deux classes comportait des subdivisions en métaux parfaits, semi-parfaits et imparfaits. Le cercle symbolisait la perfection des premiers, le demi-cercle appartenait à la semi-perfection, enfin la croix et le dard étaient les attributs de l’imperfection. L’Or considéré comme le premier des métaux solaires, par ses propriétés tant physiques que chimiques eut pour symbole de sa perfection le cercle seul !soleil (JPEG) mais pour le cuivre et le fer, on ajouta le symbole de l’imperfection.(JPEG) .(JPEG) . L’argent, métal lunaire semi-parfait, fut caractérisé par le demi cercle (JPEG) dont dérivent avec le signe d’imperfection l’étain et le plomb .(JPEG) ,(JPEG) . Enfin le mercure considéré comme participant à la fois des deux natures, solaire et lunaire, et considéré comme métal imparfait, résumait ces marques distinctives en un cercle surmonté d’un demi cercle et additionné d’une croix .(JPEG) . Je recommande particulièrement aux inquisiteurs de Science cette admirable source de méditations ; qu’ils ne tombent pas cependant dans le travers qui nous fait voir partout des symboles alchimiques ! Par exemple : le signe d’Hermès reconstitué en juxtaposant le disque solaire des religions d’Extrême-Orient au croissant de l’Islam et à la croix chrétienne .(JPEG) , ou bien encore le même signe figuré dans les images de la Nativité par l’auréole de l’Enfant Jésus, le croissant des cornes du Boeuf et la croix du dos de l’Ane, qui le réchauffaient de leur souffle .(JPEG) , Jésus étant assimilé alors à l’Hermès divin, intermédiaire entre le monde matériel ou l’humanité, et les plans supra-terrestres ou divins. Cependant, cette courte digression ne pouvant documenter suffisamment le lecteur studieux, je renvoie celui-ci à l’Ouvrage de Jean Dée, de Londres, intitulé : La Monade Hiéroglyphique, dont Grillot de Givry donna en 1925 une excellente traduction publiée par les soins de la Bibliothèque Chacornac [9]. Revenons maintenant à notre Pèlerin qui franchit une troisième porte ; il en admire les figures obscures sans toutefois nous les décrire, tout au plus, fait-il mention de deux statues surmontant les colonnes de chaque côté de la porte. Le dualisme de ces colonnes (Jakin et Bohas) est trop connu pour que je m’y arrête. L’insigne qu’il reçoit alors porte les lettres S. P. N. Là encore, de multiples interprétations sont possibles, je n’en retiendrai que Sal Pater Naturae qui s’apparente ainsi aux multiples hypothèses et théories plaçant la Mer salée à l’origine de toutes choses. Dès ce moment notre héros prend contact avec les êtres invisibles des plans supérieurs. Ils ne sont pas encore perceptibles à sa vue, cependant on le chausse de souliers neufs, et on le tonsure. Ce rite rappelle celui de l’Eglise catholique par lequel l’Evêque introduit un laïc dans l’état ecclésiastique et lui donne le premier degré de la cléricature en lui coupant en croix quatre mèches de cheveux sur le sommet de la tête. Il le revêt ensuite du surplis, symbole de l’homme nouveau, créé pur et sain. Ici se place au sens alchimique une première purification de la matière première, qu’il faut bien se garder de confondre avec la première matière ; l’une sert à préparer l’autre par une sorte de putréfaction ainsi qu’opère la Nature. Enfin, parvenu au Palais, notre héros, toujours humble, ne trouve qu’une petite place à la dernière table. Il est cependant assez bien placé pour entendre et apprécier les ridicules et extravagantes divagations de ses compagnons. Cet intermède comique où Roi, prince ou roturier cherche à donner à chacun des autres une haute idée de son degré d’évolution et d’initiation, soit en prétendant entendre bruire les Cieux, ou voir les idées platoniciennes, nous prépare à la déconvenue de certains, lors de l’épreuve des poids, au troisième jour. Ce n’est pas en effet parmi les pierres les plus précieuses ou les plus rares que l’artiste fait son choix non plus que parmi les plus parfaites, puisque la pierre symbolisée par notre héros reconnaît bénévolement son imperfection ; il est encore sujet à l’envie et à la colère puisqu’il voit avec amertume combler d’honneur les gens insolents et légers. Au cours du concert qui suit le dîner, et dont l’Harmonie tient sous le charme Chr. Rosencreutz, apparaît une Vierge que nous avons déjà vue au Premier jour à l’heure du crépuscule allumant puis éteignant les lumières. Cette fois sa tunique est blanche comme la neige et d’un tel éclat que la vue le peut à peine soutenir. Nous retrouvons là un procédé fréquemment employé par les auteurs de textes hermétiques où les qualités et perfections progressives de la matière passent sans cesse d’un héros à l’autre de la fiction pour mieux désemparer le lecteur qui se croit sur le chemin d’un grand arcane. La Vierge annonce en un discours rythmé l’installation pour le lendemain de la balance des Artistes ; cette épreuve ne manque point de fournir à notre héros une nouvelle preuve de son humilité. Il reste en effet au nombre des 9 artistes qui n’osent affronter les poids, et la nuit d’angoisse qu’il passe lui apporte un rêve prémonitoire. J’en recommande la lecture attentive car il peut recevoir plusieurs interprétations ; cependant je ne vois pas la possibilité d’en donner ici en langage clair le sens alchimique, car comme il arrive à certains au cours de ce deuxième jour un de nos serviteurs invisibles me pourrait bailler un soufflet pour punir mon manque de discrétion. Donc, j’arrête ici le commentaire du Deuxième Jour. [1] Hospes salve : si quid tibi forsitan de nuptiis Regis auditum, Verba haec perpende. Quatuor viarum optionem per nos tibi sponsus offert, per quas omnes, modo non in devias delabaris, ad Regiam ejus aulam pervenire possis. Prima brevis est, sed periculosa, et quae te in varios scopulos deducet, ex quibus vix te expedire licebit. Altera longior, quae circumducet te, non abducet, planaea est, et facilis, si te Magnetis auxilio, heque ad dextrum, neque finistrum abduci patieris. Tertia vere Regia est, quae per varias Regisnostri delicias et spectacula viam tibi reddet jucundam. Sed quod vii millesimo hactenus obtigit. Per quartam nemini hominum licebit ad Regiam pervenire, ut pote, quae consumens, et non nisi corporibus incorruptibilibus conveniens est. Elige nunc ex tribus quam velis, et in ea constans permane. Scito autem quamcunque ingressus fueris : ab immutabili Fato tibi ita destinatum, nec nisi cum maximo vitae periculo regredi fas esse. Haec sunt quae te scivisse volvimus : sed heus cave ignores, quanto cum periculo te huic viae commiseris : nam si te vel minimi delicti contra Regis nostri leges nosti obnoxium : quaeso dum adhuc licet per eandem-viam, qua accessisti : domum te confer quant citissime. [2] Procul hinc, procul ite prophani [3] Sanctitate constantia, Sponsus Charus, Spes Charitas : Constance par la sainteté ; Fiancé par amour ; Espoir par la charité. [4] Date et dabitur vobis. [5] Studio merentis ; Sal memor ; Sponso mittendus ;. Sal mineralis ; Sal menstrualis : Désir de mériter ; Sel du souvenir ; Produit par le fiancé ; Sel minéral ; Sel des menstrues. [6] Congratulor [7] Condoleo. [8] Salus per naturam ; Sponsi praesentandus nuptiis : Santé par la nature ; offert aux noces du fiancé. [9] Jean DÉE. La Monade Hiéroglyphique. Traduite du latin pour la première fois par GRILLOT DE GIVRY. Paris, 1925, in-8.
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