Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Chute des géants Giulio Romano
les dieux de l'Olympe
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre V : III. FATALITÉ III. Il fallait enlever le Palladium. On ne sait proprement à quoi s’en tenir au sujet de ce Palladium ; on dit communément, d’après Apollodore (Liv. 3.), que c’était une statue de Minerve, haute de trois coudées, tenant une pique de la main droite, une quenouille et un fuseau de la gauche ; que c’était une espèce d’automate, qui se mouvait de lui-même ; que lorsque Ilus eut bâti Ilion dans l’endroit où s’était arrêté un boeuf de différentes couleurs, qu’il avait suivi, il peu let Dieux de lui donner quelque signe, qui fît connaître que cette ville leur était agréable ; qu’alors cette statue tomba du ciel auprès d’Ilus ; et qu’ayant consulté l’Oracle là-dessus, il lui fut répondu que la ville de Troye ne serait jamais détruite, tant qu’elle conserverait cette statue. Le Sentiment le plus commun est qu’elle fut enlevée par Ulysse, étant entré la nuit dans la citadelle, par artifice, ou par le moyen de quelque intelligence qui, selon Corion (Nar.), fut concertée avec Hélénus, fils de Priam. Mais cet Auteur prétend que ce fut Diomède seul qui l’enleva ; ce qui n’est pas conforme à ce qu’Ovide fait dire à Ulysse lui-même dans sa harangue aux Grecs, donc nous avons fait mention ci-devant. Ovide dit aussi (De Fastis, l. 6.) que ce Palladium tomba du ciel sur le fort d’Ilium, et qu’Apollon consulté, répondit que le royaume ce Troye durerait autant de temps que ce Palladium y serait conservé. Les Troyens avaient donc une attention particulière pour conserver ce gage précieux, et les Grecs faisaient tout leur possible pour le leur enlever. Voilà l’idée que nous en donnent les anciens Auteurs Païens, et même Chrétiens, puisque Arnobe (Adv. Gent, l. 4.), S. Clément d’Alexandrie, (Strom. liv. 6.), et Julius Firmicus (De error. pros. relig.) parlent de ce Palladium comme ayant été fait des os de Pélops. Il est surprenant qu’on ait adopté des choses aussi absurdes, et qu’on ne se soit pas mis en peine, non seulement si une telle figure a pu tomber dit ciel, mais si elle a seulement existée. Comment les Mythologues de nos jours, qui semblent devenus Pyrrhoniens à l’égard de beaucoup de choses, au moins vraisemblables, et qui veulent qu’on les regarde comme des gens incapables de rien admettre, qui n’aie été examiné au tribunal de la critique la plus sévère ; comment ne s’avisent-ils pas de douter de tant d’autres, qui portent visiblement le caractère de fable pure ? Suffit-il donc qu’une chose soit rapportée par des Auteurs anciens, pour qu’il ne soit pas permis d’en douter, ou qu’il ne vienne pas dans l’esprit d’examiner le fait ? Quoiqu’il en soit de ce Palladium, il y a grande apparence que le ciel d’où il est tombé n’est autre que le cerveau d’Homère ; c’est de lui suivant Elien (Liv. 13. chap. 22.), que tous les Poètes ont emprunté presque tout ce qu’ils ont dit ; et c’est avec raison qu’un Peintre nommé Galaton, représenta autrefois Homère vomissant au milieu d’un grand nombre de Poètes, qui tiraient parti de ce fonds d’Homère. Il est proprement la source qui a formé tous ces ruisseaux de fables et de superstitions qui ont inondé dans la suite la Grèce et les autres Nations. On doit donc penser de ce Palladium comme de bien d’autres choses, dont la non existence est la cause de toutes les opinions différente, que les Auteurs ont eues et leur sujet. Une chose qui n’a jamais existé ne peut pas manquer de donner occasion à bien des sentiments différents, quand il s’agira d’en contester l’exigence, la manière d’être, le lieu où elle fut, et ce qu’elle sera devenue. Aussi voit-on des Auteurs (Denys d’Halicarn. Antiq. Rom. 1. 2.) qui assurent que ce Palladium ne fut point enlevé par les Grecs ; qu’Enée s’en étant saisi, le porta en Italie avec ses Dieux Pénates, et que les Grecs n’en avaient enlevé qu’une copie, faite à la ressemblance de l’original. Ovide (De Fastis, lib. 6.) ne veuf point décider ce fait; mais il dit que ce Palladium était de son temps conservé à Rome dans le Temple de Vesta. Tite-Live (De sec. Bello Punico.) dit la même chose. On pensait à Rome, à l’égard de ce Palladium, ce que les Troyens en pensaient par rapport à leur ville. On en a compté même jusqu’à trois, le premier fut celui d’Ilium ; Le seconde celui de Lavinium, et le troisième celui, dAlbe, donc Ascanius passait pour fondateur. Tullus Hostilius ruina cette dernière ville, qu’on appelait la mère de Rome. Virgile n’est pas du sentiment de Denys d’Halicarnasse, puisqu’il dit en propres termes, que les Grecs enlevèrent le Palladium. Coesis summae custodibus arceis Compilere sacram effigient, manibusque cruentis Virgineas aussi diva contingere vittas. Aeneid. Lib .II. Solinus (Liv. 3. c. 2.) semble avoir voulu accorder ces différences opinions, eu disant que Diomède porta ce Palladium en Italie, où il en fit présent a Enée. Que penser donc de cette statue prétendue, et que décidée au milieu de tant de sentiments qui se contredisent ? Que chacun a ajusté le fait de la manière la plus conforme à ses idées, et au but qu’il avait en vue ; qu’Homère ayant donné lieu à toutes ces opinions, c’est chez lui que nous devons en prendre la véritable idée. Mais qu’en pensait-il ? On peut en juger par les explications que nous avons données du reste. Le Palladium était une représentation de Pallas, et l’on sait que cette Déesse marquait le génie, le Jugement, et les connaissances dans les sciences et les arts. On peut donc, sans crainte de se tromper, dit qu’Homère a voulu dire par là, sans la science, le génie et les connaissances de la nature, un Artiste ne peut parvenir à la fin de l’oeuvre ; c’est pour cela qu’on feint qu’Ulysse l’enleva, parce que Ulysse est le symbole de l’Artiste. Il est représenté dans toute l’allégorie de la prise de Troye, comme un esprit fin, un génie étendu, prudent, et capable de venir à bout de tout ce qu’il entreprend. Il faut selon Geber (Summa perfect part. I. c, 5. et 7.), que l’Artiste ait toutes les qualités d’Ulysse, qu’il connaisse la nature, qu’il sache dévoiler ses procédés et les matières qu’elle emploie, et qu’il ne pense pas pouvoir réussir s’il ne se rend Minerve favorable. En vain ferait-on donc des dissertations sur l’existence de cette image de Pallas, et l’on ne chercherait pas moins inutilement si elle est descendue du ciel, ou si elle était l’ouvrage des hommes. Il est certain que la sagesse et la connaissance des sciences et des arts est un don du Père des lumières, de qui procède tout-bien ; c’est par conséquent avec raison qu’Homère et les autres disait et que le Palladium était descendu du ciel. IV. FATALITE. Un des os de Pélops était nécessaire pour la prise de Troye. Les trois choses dont nous avons parlé, que l’on regardait comme requises pour le siège de la ville de Troye, pouvaient raisonnablement avoir quelque rapport avec une telle entreprise. Un guerrier brave, courageux tel qu’Achille, n’est pas d’une petite importance. Des flèches étaient les armes du temps, il en fallait ; il n’était pas absolument nécessaire qu’elles eussent appartenu à Hercule ; mais après tout, c’était des flèches. On peut supposer que l’idée des Grecs et des Troyens, sur la protection accordée par une Divinité, avait au moins un fondement dans leur imagination. Mais que l’os d’un homme mort depuis longtemps, d’un homme qui n’était regardé ni comme un Dieu, ni même absolument comme un grand Héros, se trouve au nombre de ces fatalités, je demande à nos Mythologues s’ils y voient quelque rapport ? Pour moi, j’avoue qu’en adoptant leurs systèmes, je serais obligé d’avouer que je n’y vois rien de conforme à la raison. Que pouvaient faire les os d’un homme mort contre une ville ou tant de milliers d’hommes vivants perdaient leurs peines et leurs travaux ? En un mot, quel rapport avait Pélops avec la ville de Troye ? Fils de ce Tantale, que la Fable nous représente tourmenté sans cesse dans les Enfers, par la crainte de se voir écrasé à chaque instant par un rocher suspendu sur sa tête, et par l’impossibilité de jouir du boire et du manger dont il est environné. Pélops n’avait point concouru avec Eaque à l’édification d*Ilium. On ne peut donc pas apporter cette raison pour prouver la nécessité de sa présence, comme des Anciens ont déduit celle d’Achille. Tantale était, dit-on, fils de Jupiter et de la Nymphe Plore. Ayant reçu les Dieux chez lui, il crut ne pouvoir mieux les régaler qu’en leur servant Pélops son propre fils. Les Dieux s’en étant aperçus, loin de lui en savoir gré, ils en furent indignés ; Cérès fut la seule qui sans reconnaître l’espèce de mets qu’on lui présentait, parce qu’elle avait l’esprit occupé de l’enlèvement de sa fille Proserpine, en détacha une épaule, et la mangea. Les Dieux eurent pitié de ce fils malheureux, et ayant remis les morceaux épart divisé de son corps dans un chaudron, ils lui rendirent la vie, en le faisant cuire de nouveau. Mais comme l’épaule que Cérès avait mangée ne s’y trouvait pas, ils y suppléèrent par une d’ivoire ; ce qui a fait dire à Lycophron que Pélops avait rajeuni deux fois. Voilà le crime de Tantale, qu’Homère (Odyss. liv. II. v. 581.) dit avoir été puni par une soif et une faim perpétuelles, qu’il ne peut éteindre, quoique plongé dans l’eau jusqu’au menton ; parce que quand il veut se baisser pour en boire, cette eau s’enfuie, et se baisse aussi ; et que lorsqu’il veut prendre les différentes sortes de fruits qui paraissent à la portée de sa main, l’air s’agite, et les éloigne de lui. Ovide dit de même du supplice de Tantale, mais il l’attribue à l’indiscrétion avec laquelle il divulgua parmi les hommes les secrets que les Dieux lui avaient confiés. Quaerit aquas in aquis, et poma fugacia captat Tantalus ; hoc illi garrula lingua dedit. Pélops épousa Hyppodamie, fille d’oenomaüs, Roi d’Elide, après qu’il eut vaincu ce Roi à la course du char. Ce Prince effrayé par la réponse d’un Oracle, qui lui avait dit qu’il serait tué par son gendre, ne voulait pas marier sa fille ; et pour éloigner ceux qui auraient voulu entrer dans cette alliance, il leur proposait une condition périlleuse pour eux : il promit la Princesse à celui qui le surpasserait à la course, et ajoutait qu’il tuerait tous ceux sur qui il aurait l’avantage. L’Amant devait courir le premier ; oenomaüs le suivait l’épée à la main, et s’il l’atteignait, il lui passait son épée au travers du corps. Treize avaient déjà péri sous son bras, et les autres avaient mieux aimé abandonner leur prétention, que de courir les mêmes risques ; oenomaüs avait même promis de bâtir en l’honneur de Mars un Temple, avec les crânes de ceux qui y périraient. Pélops n’en fut pas intimidé ; mais pour être plus assuré de son coup, il gagna Myrtile, cocher d’oenomaüs, et fils de Mercure, et l’engagea, sous espoir de récompense, de couper en deux le chariot du Roi, et d’en rejoindre les deux pièces de manière qu’on ne s’en aperçût pas. Myrtile le fit ; et le char s’étant rompu pendant la course, oenomaüs tomba, et ce Roi se rompit le col. Pélops ayant ainsi obtenu la victoire, épousa Hyppodamie, et punit Myrtile de sa lâcheté, en le jetant dans la mer. Vulcain fit ensuite à Pélops l’expiation de ce crime. Si l’on veut se donner la peine de comparer cette prétendue histoire avec les autres anciennes qui y ont du rapport, on verra qu’elle est une pure fiction. Pélops est, dit-on, rajeuni par les Dieux après avoir été tué et cuit dans un chaudron ; Bacchus l’avait été de la même façon par les Nymphes, Eson par Médée. Le repas de Tantale n’est pas moins fabuleux, et je ne pense pas qu’aucun Mythologue veuille en défendre la réalité. On accuse Tantale d’avoir divulgué le secret des Dieux. Quel pouvoir être ce Secret ? Le repas prétendu et le mets qui y sur t servi l’indiqueraient assez, quand on n’aurait pas ajouté que Cérès en mangea. Qu’on se rappelle ce que nous avons dit des mystères Eleusiens, si célèbres chez les Egyptiens, et les Grecs ; et l’on saura en quoi consistait ce secret. Il y a donc grande apparence que toute cette histoire est une allégorie, relie que celle d’Osiris et d’Isis, la même que Cérès ; telle que celle de Bacchus ou Dionysius, et celle d’Eson et de Médée. Il faut donc expliquer celle de Pélops dans le même sens. Aussi n’est-ce pas sans raison qu’il fut aimé, dit-on, de Neptune ; que ce Dieu lui donna le char et les chevaux avec lesquels il vainquit oenomaiis, puisque l’eau mercurielle volatile des Philosophes est souvent appelée Neptune. D’ailleurs Vulcain que l’on mêle dans cette histoire, comme l’expiateur du crime de Pélops, prouve encore plus clairement que c’est une allégorie du grand oeuvre. Cette idée n’est pas de moi ; Jean Pic de la Mirandole (Lib, 2. c. 2. de Aure.) en a parlé dans le même sens ; il dit même (Liv. 3. c. I.) que plusieurs pensent que les richesses de Tantale venaient de la Chymie, qu’il avait la façon de faire l’or, d’écrire sur du parchemin, et que Pélops et ses fils étendirent par-là leur empire ; qu’il n’est donc pas surprenant que Thyeste ait cherché tous les moyens d’obtenir ou de s’emparer de force de ce prétendu agneau, qui contenait ce secret, et qui avait été confié à Atrée son aîné ; ce qui occasionna dans la suite toutes les scènes tragiques donc parlent les Auteurs. Les Poètes, Cicéron, Sénèque, et plusieurs autres, en ont fait mention, dit notre Auteur ; mais ils ne nous l’ont transmis que sous le voile obscur de l’allégorie. Il faut penser la même chose de l’os de Pélops, que l’on dit avoir été d’une grandeur énorme. On a formé cette allégorie sur ce que les os sont la partie la plus fixe du corps humain, et qu’il faut nécessairement une matière fixe dans l’oeuvre, puisqu’elle doit l’être, ou le devenir assez par les opérations, pour fixer le mercure même, qui surpasse tout en volatilité. On sait aussi que les Grecs adorèrent la terre sous le nom d’Ops ; qu’ils la regardaient en même temps comme la Déesse des richesses. Il est aisé de voir que l’on a composé le nom de Pélops de ce même mot Ops et de Pélos, que nous avons expliqué en plus d’un endroit. Or, qu’il faille pour l’oeuvre une terre fixe, tous les Philosophes le disent ; l’Auteur anonyme du Conseil sur le mariage du Soleil et de la Lune, cite même de Gratien les paroles suivantes, qui ont un rapport immédiat avec l’allégorie de l’os de Pélops. « La lumière, dit-il, se fait du feu répandu dans l’air du vase ; de l’os du mort on fait de la chaux fixe ; en desséchant son humidité, il devient cendre. C’est d’elle que parle Aziratus, dans la Tourbe, lorsqu’il dit, que cette cendre est précieuse. » Morien en parle aussi (Entretien du Roi Calid.), et recommande de ne point, mépriser cette cendre, parce que le diadème du Roi y est caché. C’est cette cendre qui a donné lieu à la cinquième fatalité de Troye, que nous allons expliquer. V. FATALITÉ. Il fallait, avant que de prendre la, Fille, enlever les cendres de Laomédon, qui étaient à la porte de Scée. LAOMEDON avait bâti les murs de Troye, ou plutôt Neptune et Apollon sous ses ordres. Vulcain y avoir aussi travaillé. Ce Roi ayant refusé à ces Dieux la récompense qu’il leur avait promise ; Neptune, piqué de ce refus, envoya un monstre marin qui, ravageait le pays ; et ce Dieu ne put être apaisé que par le sacrifice d’Hésione, que Laomédon fut contrainte d’exposer, pour être dévorée par ce monstre. Hercule le délivra de ce péril, et tua Laomédon. Les Troyens conservaient les cendres de ce Roi à la porte de Scée. Nous avons expliqué cette fable dans le Livre précédent ; mais comme nous n’avons rien dit des cendres de Laomédon, il faut expliquer ici ce qu’on doit en penser. Il est assez difficile de concevoir qu’il faille profaner le tombeau d’un Roi, et en enlever les cendres, comme une condition absolument requise, sans laquelle on ne puisse prendre une ville. Si ce tombeau eût été un fort placé à la seule avenue par où l’on pût entrer dans la ville, je conviens qu’il eût été absolument nécessaire de s’en emparer ; mais il n’en est pas fait mention sur ce ton-là. Et d’ailleurs pourquoi en enlever les cendres ? A quoi pouvaient-elles servir ? On en donne la commission à Ulysse, et il l’exécute. Pourquoi Ulysse plutôt qu’un autre ? On en devine bien la raison dans mon système. On a vu dans la fatalité précédente, qu’il fallait des os, et que de ces os on faisait de la cendre. Les os et la cendre sont deux noms allégoriques de deux choses requises pour l’oeuvre. Les Auteurs Hermétiques en parlent dans une infinité d’endroits. « Le corps duquel on a ôté l’humidité, dit Bonnellus (La Tourbe.), ressemble à celui d’un mon ; il a besoin alors du secours du feu, jusqu’à ce qu’avec son esprit il soit changé en terre, et dans cet état il est semblable à la cendre d’un cadavre dans son tombeau. Brûlez donc cette chose sans crainte, jusqu’à ce qu’elle devienne cendre, et une cendre propre à recevoir son esprit, son âme et sa teinture. Notre laton a de même que l’homme, un esprit et un corps. Lorsque Dieu les aura purifiés et purgés de leurs infirmités, il les glorifiera. Et je vous dis, fils de la sagesse, que si vous gouvernez bien cette cendre, elle deviendra glorifiée, et vous obtiendrez ce que vous désirez. » Tous les autres s’expriment dans le même sens. Basile Valentin a employé deux ou trois fois les os des morts et leurs cendres pour la même allégorie. Il faut donc des cendres pour faire la Médecine dorée, mais les cendres d’un sujet particulier, les cendres de Laomédon, c’est-à-dire, de celui qui a bâti la ville de Troye, et qui a perdu, la vie à cause d’elle On doit savoir ce que c’est que perdre la vie dans le sens des Philosophes Hermétiques. Ainsi il en est de Laomédon comme des descendants d’Eaque ; l’un et l’autre avaient travaillé à élever la ville de Troye, l’un et l’autre doivent contribuer à sa destruction. C’est pourquoi les Auteurs Hermétiques disent souvent que la fin de l’oeuvre rend témoignage à son commencement, et que l’on doit finir avec ce que l’on a employé pour commencer. Voyez et examinez, dit Basile Valentin (Préface de les douze Clefs.), ce que vous vous proposez de faire, et cherchez ce que peut vous y conduire, car la fin doit répondre au commencement. Ne prenez donc pas une matière combustible, puisque vous vous proposez d’en faire une qui ne le soit pas. Ne cherchez pas votre matière dans les végétaux ; car après avoir été brûlés, ils ne vous laisseraient qu’une cendre morte et inutile. Souvenez-vous que l’oeuvre se commence avec une chose, et finit par une autre ; mais cette chose en contient deux, l’une volatile, l’autre fixe. Ces deux doivent enfin se réunir en une toute fixe, et tellement fixe, quelle ne craigne point les atteints du feu. VI. FATALITÉ. Il fallait empêcher les chevaux de Rhésus de boire au fleuve Xanthe, et les enlever avant qu’ils eussent pu le faire (Enéid. 1.I. v. 472.). De quelque manière qu’on envisage cette fatalité, elle présente toujours quel que chose de ridicule, en prenant le fait même historiquement. Il est à croire qu’avant d’entreprendre le siège de Troye, les Grecs étaient parfaitement informés de ces fatalités, c’est-à-dire, des conditions requises pour que cette ville fût prise. Il n’est donc pas si vraisemblable que le pense M. l’Abbé Banier (Tom. III. pag. 409.), qu’Ulysse lui-même eût répandu le bruit de cette fatalité, pour porter efficacement les Grecs à empêcher que Rhésus ne secourût la ville. Il n’y aurait pas en beaucoup d’esprit a cela ; puisque tout le monde sait que pour prendre une ville assiégée, il faut empêcher le secours d’y entrer. D’ailleurs la fatalité ne portait pas qu’il ne fallait pas laisser entrer Rhésus et ses troupes dans la ville ; mais qu’il était nécessaire de tuer Rhésus, et d’enlever ses chevaux avant qu’ils eussent bu de l’eau du Xanthe. Si l’on racontait aujourd’hui des choses semblables, on rirait au nez de celui qui ferait un conte pareil ; et sans doute que les Grecs en auraient fait autant envers Ulysse, s’il s’était avisé d’un si puéril stratagème pour ranimée le courage abattu des Grecs. Il faut donc prendre la chose dans un autre point de vue, et remarquer avec Homère (Iliad. 1. 10. v. 434.) que Rhésus arriva vers la fin du siège, le dernier de tous ceux qui vinrent au secours de Troye : qu’il était fils d’Eionée, et Roi de Thrace : que les chevaux étaient grands, beaux, plus blancs que la neige, et vîtes comme le vent. Enfin Ulysse les emmena avec les dépouillas, après que Diomède eût tué Rhésus et douze autres Thraces auprès de lui. Sans que personne s’en aperçut. Il est bon aussi d’observer que le Xanthe était un fleuve de la Troade, dont les eaux avaient la réputation de rendre d’un jaune-rougeâtre les animaux qui en buvaient. Tout est parfaitement combiné dans ces fatalités, comme dans Homère, et il n’y a rien de ridicule quand on prend les choses clans le sens allégorique qu’elles ont été dites. Rhésus vient sur la fin du siège, et ne devait pas arriver plus tôt. Ses chevaux étaient blancs, cette couleur en est la preuve ; puisque la couleur blanche indique dans la matière le commencement de la fixité, et ne se manifeste que vers la fin de l’oeuvre. Les Philosophes avertissent les Artistes de prendre garde à ne pas y être trompés, et à faire en sorte que les couleurs se succèdent de manière que la noire paraisse la première, ensuite la blanche, puis la citrine, et enfin la rouge ; que si elles ne paraissent pas dans cet ordre-là, c’est une preuve qu’on a forcé le feu, et que tout est gâté. La couleur de pavot champêtre se montre sur la matière, dit le Trévisan (Philosop. des Métaux.), quand on force trop le feu, et alors le rouge parait au lieu du noir. Isaac Hollandais dit que la couleur de brique au commencement de l’oeuvre, le rend inutile ; mais lorsqu’il est sur le point de sa perfection, la matière prend la couleur jaune, qui devient ensuite rouge, et enfin de couleur de pourpre. Quant à la couleur jaune, Cérus dit dans la Tourbe : Cuisez avec attention votre matière jusqu’à ce qu’elle prenne une belle couleur de safran. Et Borates : Cuisez et broyez le laton avec son eau jusqu’à ce qu’elle devienne d’une couleur de safran dorée. Cette couleur jaune indiquant donc un manque de régime, et un défaut dans les opérations, lorsqu’elle se manifeste dans le commencement de l’oeuvre, et avant la couleur blanche, l’Artiste doit donner toute son attention pour que les chevaux de Rhésus ne boivent point l’eau du Xanthe, c’est-à-dire, que le jaune ne paraisse point avant le blanc. C’est ce qu’Homère a voulu nous indiquer, puisqu’il dit que les chevaux étaient blancs, et qu Ulysse les emmena avant qu’ils eussent bu ; parce que veut dire jaune. Et quand il dit qu’ils étaient vîtes comme le vent, c’est pour marquer l’état du mercure qui est encore volatil. Voilà la véritable raison pourquoi Homère fait remarquer que Rhésus avec les Thraces étaient venus les derniers de ceux qui s’étaient rendus au secours de Troye. Memnon, qu’on suppose Roi d’Ethiopie, accourut le premier, parce que la couleur noire indiquée par l’Ethiopie, parait la première. Pandarus, fils de Lycaon, emmena en même temps les Zéléiens, qui boivent l’eau noire d’Esepe, et qui habitent au pied du Mont Ida (Iliad. 1. 2. v. 824 et suiv.). On sait que la dissolution de la matière se fait pendant la noirceur, et que les Philosophes ont donné souvent le nom de loup à leur matière ; nous avons cité plus d’une fois dans cet Ouvrage, les textes des Philosophes a ce sujet. Il n’est donc pas surprenant qu’Homère suppose un Pandarus ou brise tout de race de loup, pour commander à des soi-disant buveurs d’eau noire. C’est peut-être de là qu’est venu le nom de Pendard, que le peuple donne assez communément aux hommes scélérats, brutaux et méchants. Vinrent ensuite Adrastus et Amphius, tous deux fils de Mérops le Percose ou Io tacheté, qui commandaient les Adrastéens et les Apésiens. N’est-ce pas comme si Homère avait dit : Après la couleur noire, parut la couleur variée, que les Philosophes appellent la queue de Paon ? Avec les Apésiens vinrent ceux de Percos, de Sestos et d’Abydos, commandés pat Asius, ou le boueux, le fangeux, plein de limon, d’ limon, boue ; parce qu’après la dissolution la matière des Philosophes ressemble à de la boue. Après les Percosiens, Hippothoüs, ou le cheval qui va extrêmement vîte, conduisit les Pélasges, ou ceux qui touchent à la terre, de près, et de terre ; comme si Homère avait voulu dire que la terre ou la matière fixe des Philosophes se volatilisât. En voilà plus qu’il n’en faut pour prouvée qu’Homère ne disait pas sans raison qua Rhésus était venu le dernier au secours des Troyens. En suivant l’énumération qu’il fait, tant des Grecs que des Troyens, on y trouverait clairement tous les signes démonstratifs, ou les couleurs qui se manifestent sur la matière ; mais il faudrait pour cela faire un commentaire suivi de toute l’Iliade, et ce n’est pas le dessein que je me suis proposé. Par les endroits que j’explique, on peut juger de ceux dont je ne parle pas. Comment les partisans de la réalité du siège de Troye expliqueront-ils l’action d’Ulysse et de Diomède, qui seuls entreprennent de pénétrer dans le camp ces Thraces ; et y ayant pénétré, y tuèrent bien du monde, Rhésus lui-même, et s’en retournèrent à leur camp avec les chevaux de ce Roi, sans que personne s’en aperçu. Tels sont les termes d’Homère (Iliad. l. 10. v. 455 et suiv.) : « Diomède ne se laissa point fléchir aux prières de Dolon : il lui fendit la tête d’un coup de sabre. Après qu’ils lui eurent ôté son casque garni d’une peau de fouine, et la peau de loup qui le couvraient, et son arc resplendissant, et sa longue pique, Ulysse les prie, les éleva en l’air pour les offrir à Minerve, et dit : Réjouissez-vous, Déesse, du coup que nous venons de faire, et que l’offrande que je vous fais soit agréable à vos yeux, car vous êtes la première des habitants immortels de l’Olympe, que nous invoquerons. Conduisez-nous, je vous prie, aux tentes des Thraces, et à l’endroit où sont leurs chevaux. Ayant ainsi parlé, il mit toutes ces dépouilles de Dolon sur un tamaris, et y fit un signal en arrachant les roseaux et les branches des environs, afin de pouvoir les trouver à leur retour, et qu’ils ne les perdissent pas clans l’obscurité de la nuit. Marchant donc l’un et l’autre à travers les armes, et le sang noir des blessés, ils arrivèrent bientôt aux premiers rangs des Thraces, qu’ils trouvèrent endormis de fatigue. Leurs armes couchées sur trois rangs étaient auprès d’eux. Chacun avait aussi deux chevaux. Rhésus dormait au milieu d’eux, et avait aussi ses chevaux auprès de lui. Ulysse l’aperçut le premier, et dit à Diomède : Diomède, voilà l’homme et les chevaux que Dolon nous a si bien désignés. Allons, courage, ranimez-vous ; il ne faut pas que vous restiez ici oisif avec vos armes ; détachez les chevaux, ou tuez les hommes, et je fais mon affaire des chevaux. Minerve alors réveilla le courage de Diomède, et lui ayant inspiré de la force, il tuait à droite et à gauche, en frappant de son sabre ; des ruisseaux de sang rougissaient la terre, et les tristes gémissements des blessés se faisaient entendre. Il ressemblait à un lion qui se jette au milieu d’un troupeau mal gardé. Il en tua douze ; à mesure qu’il les tuait, le prudent Ulysse les traînait par les pieds, pour les mettre à côté : afin qu’en emmenant les chevaux, ils trouvassent le chemin libre, et ne furent point épouvantés en marchant sur les cadavres : car ils n’y étaient pas encore accoutumés. Le fils de Tydée étant donc enfin arrivé auprès du Roi, il lui ôta la vie, et fut le treizième de ceux que Diomède tua. Le fils d’oenée lui procura un mauvais songe cette nuit-là par le conseil, de Minerve. Pendant que Diomède travaillait ainsi, Ulysse détachait les chevaux ; il les conduisit ensuite avec leurs harnois, en les frappant avec son arc (car il avoir oublié de prendre les fouets) ; et les sépara de la troupe. Il siffla ensuite pour avertir Diomède, mais celui-ci ne l’entendait pas ; car il méditait s’il enlèverait le char, ou étaient les armes du Roi, après en avoir ôté le timon, ou s’il tuerait encore quelques Thraces. Mais Minerve s’approchant, lui dit : Fils du courageux Tydée, pensez qu’il est temps de vous en retourner à vos vaisseaux. Craignez qu’un autre Dieu ne réveille quelque Troyen, et ne vous oblige à prendre la fuite. Il reconnut la voix de la Déesse, et ayant monté sur les chevaux qu’Ulysse frappait avec son arc, ils retournèrent aux vaisseaux. » Je demande si un tel fait est croyable ; et s’il est possible qu’un homme en tue douze au milieu d’un millier d’autres, quoique endormis, sans qu’aucun d’eux s’en aperçoive. Leur sommeil pouvait-il être si profond, que les gémissements des blessés ne furent pas capables de l’interrompre, et d’en réveiller au moins un ? Quoi, pas une sentinelle, pas une garde debout ? on traînera des corps morts et blessés à travers les autres : on y fera passer des chevaux sans faire assez de bruit pour réveiller quelqu’un ? un homme fondra sur des gens comme un lion, et frappera d’estoc et de taille à droite et à gauche sans réveiller personne ? Il faudra qu’Apollon même s’avise de crier aux oreilles d’Hippocoon, cousin de Rhésus, et couché auprès de lui, pour le réveiller, et l’engager à sonner l’alarme ? Je laisse au Lecteur à en juger. Pour moi, je dis avec Homère, que Minerve a fait ce coup ; et qu’elle a présidé à cette action, comme à toutes celles d’Ulysse. Homère n’aurait pu si mal concerté un fait, s’il avait voulu nous le donner pour réel. Mais en le donnant comme allégorique, il est naturel. L’Artiste de la Médecine dorée travaille de concert avec le mercure philosophique, et les actions leur sont communes. La matière étant au noir représente la nuit et le sommeil ; le massacre de Rhésus et des Thraces signifie la dissolution, et la mort de Dolon aussi. On lui ôte son casque couvert d’une peau de fouine, et la peau de loup qui le couvrait ; parce que ces peaux sont d’une couleur brune, qui indique un affaiblissement de la couleur noire. Ulysse les expose sur un tamaris ; le choix qu’Homère fait de cet arbre, fait bien voir son attention à désignée les choses exactement. Le tamaris est an arbre de moyenne hauteur, son, écorce est rude, grise en dehors, rougeâtre en dedans, et blanchâtre entre ces deux couleurs. Ses fleurs sont blanches et purpurines. N’est-ce pas comme si ce Poète avait dit : à la couleur noire, ou à la dissolution désignée par la mort de Dolon, succède la couleur brune ; à celle-ci la grise, puis la blanche, enfin la rouge ? A qui Ulysse pouvait-il mieux consacrer les dépouilles de Dolon qu’à Minerve, puisqu’elle est la Déesse de la sagesse et des Sciences ? Enfin Ulyssse et Diomède parviennent au camp des Thraces, et après le massacre qu’ils en font, ils emmènent les chevaux blancs de Rhésus ; voilà la volatilisation de la matière, qui se fait après la putréfaction, à laquelle volatilisation se manifeste la couleur blanche. Diomède est incertain s’il emportera aussi le chariot du Roi et les armes qui étaient dedans, mais Minerve le détermine à partir sans cela. Pourquoi ? c’est que le chariot était d’argent, et les armes qu’il renfermait étaient d’or (Ibid. v. 438.), Diomède ne pouvait donc pas les emporter, non qu’elles fussent trop pesantes ; mais parce que la matière parvenue à la blancheur, appelée lune ou argent par les Philosophes, est alors fixe, et non volatile ; à plus forte raison quand elle a pris la couleur rouge, ou l’or philosophique. Les armes étaient dans la char ; car la rougeur est cachée dans l’intérieur de la blancheur, suivant le dire de tous les Auteurs hermétiques. « A l’arrivée de Jupiter, ou de la couleur grise, dit d’Espagnet (Cant. 78.), l’enfant philosophique est formé. Il se nourrit dans la matrice, et paraît enfin au jour avec un visage, blanc et brillant comme la Lune. Le feu extérieur aidant ensuite au feu de la Nature, il fait l’office des éléments. Ce qui était caché se manifeste ; le safran donne sa couleur au lis, et la rougeur se répand enfin sur les joues de l’enfant devenu plus robuste. » Après avoir enlevé les chevaux, Ulysse et Diomède retournent au camp des Grecs ; c’est pour signifier que la matière étant montée au haut du vase en se volatilisant, retombe au fond, d’où elle était partie. Tels sont les chevaux de Rhésus qu’il fallait enlever avant qu’ils eussent bu de l’eau du Xanthe. Il était, comme on l’a vu, nécessaire de les enlever avant ce temps-là, puisque la matière parvenue au jaune, ou a la couleur de safran, n’aurait pu être volatilisée ; condition cependant requise pour la perfection de l’oeuvre, ou la prise de Troye. A ces fatalités on a ajouté celles de la mort de Troïle et d’Hector. L’un et l’autre perdirent la vie sous les coups du vaillant Achille. On sait ce que signifient les deux noms de Tros et d’Ilus, donc celui de Troïle a été fait ; il est par conséquent inutile d’entrer dans une nouvelle explication à cet égard. Je dirai seulement que la dissolution et la putréfaction de la matière étant désignée par ce nom même ; et l’une et l’autre étant absolument requises pour la réussite de l’oeuvre, c’est avec raison qu’on regardait la mort de Troïle comme une condition requise pour la prise de la ville de Troye. Celle d’Hector ne l’était pas moins, puisqu’il en était le principal défenseur. Il vit Achille venant à lui, semblable à Mars, avec une contenance terrible, menaçâmes, et brillant comme le feu, ou le Soleil levant, dit Homère (Ilad. 1.22. v. 131.). Dès qu’Hector l’aperçut, il en fut épouvanté ; et malgré le coeur, la bravoure qu’il avait montrés jusque-là ; malgré les exhortations qu’il s’étroit faites lui-même pour ranimer son courage, il ne put soutenir la présence d’Achille, et l’attendre de pied ferme. La crainte s’empara de lui, il prit la fuite. Achille aux pieds légers le poursuivit avec la même rapidité qu’un oiseau, de proie fond sur une colombe épouvantée. Hector fuyait avec beaucoup de force et de vitesse, mais Achille le poursuivait encore plus vite. Ils arrivèrent aux deux sources du Scamandre plein de gouffres et de tournants. L’une est chaude et exhale de la fumée, l’autre est toujours congelée même au plus fort de l’été. Ils passèrent outre, et Achille ne l’aurait peut-être pas atteint, si Apollon ne s’était présenté devant Hector. Il lui releva le courage. Minerve s’étant aussi présenté à lui sous la figure de Deïphobus son frère, il s’arrêta, fit face à Achille : celui-ci allongea un coup de lance à Hector, qui l’évita. Hector lui porta un coup de la sienne avec tant de violence, qu’elle tombât pièces au bas du bouclier d’Achille, avec lequel il avait paré le coup. Hector se voyant sans lance, eut recours à son sabre, et se ruait sur Achille, lorsque celui-ci le prévint par un coup de lance, qu’il lui porta à la clavicule, et le jeta par terre. Hector en mourant lui prédit que Paris, aidé d’Apollon lui ferait perdre la vie. Il ne faut pas réfléchir beaucoup pour voir que cette fuite d’Hector et la poursuite d’Achille signifient la volatilisation de la matière. Alphidius, que j’ai déjà cité à ce sujet, dit, que lorsque celui qui poursuit arrête celui qui fuit, il s’en rend le maître. Achille et Hector arrivent aux deux sources du Scamandre, l’une chaude et liquide, l’autre congelée, parce qu’en effet il y a deux matières au fond du vase, l’une liquide, l’autre coagulée, c’est-à-dire, l’eau, et la terre congelée, qui s’est formée de cette eau même. Ils ne s’y arrêtèrent point ; mais ils firent plusieurs tours et retours, parce que la matière, en se volatilisant, monte et descend plus d’une fois avant de se fixer. AssiS Hector ne s’arrêta qu’après qu’Apollon lui eut parlé ; car la matière volatile ne se fixe que lorsqu’elle se réunit avec la fixe. Alors se donne le combat singulier où Hector succombe ; et il prédit à Achille qu’il mourra Tous les coups de Paris et d’Apollon, par la même raison que le même Dieu fut cause de la mort de Patrocle et d’Hector. Télèphe enfin, fils d’Hercule et d’Auge, était absolument nécessaire pour la prise de Troye. Nous avons dit dans le Livre précédent, qu’Hercule était le symbole de l’Artiste. Auge signifie splendeur, éclat, lumière, et l’on sait que les Philosophes donnent ces noms à la matière fixée au blanc, par contraste avec le noir qu’ils nomment nuit et ténèbres. Télèphe signifie qui luit et brille de loin, c’est pour cela qu’on le dit fils de la Lumière. Il devait être nécessairement à la prise de Troye, puisqu’elle ne saurait l’être si la matière n’est fixée. Telles étaient les fatalités delà ville de Troye, et tel est le sens dans lequel on doit les prendre. Ce sont des fables, ou plutôt des allégories, qui prises dans le sens historique, n’auraient rien de ridicule. Les partisans du système historique l’ont bien senti ; aussi ne se sont-ils pas mis en devoir de les expliquer. Elles ont toutes été l’ouvrage d’Ulysse, comme Ovide le lui fait dire dans sa harangue pour disputer les armes d’Achille. Il découvrit Achille sous son déguisement de femme, et rengagea à joindre ses armes à celles des Grecs. Il emmena Philoctète au camp, et y porta les flèches d’Hercule : il enleva le Palladium, il apporta l’os de Pélops, enleva les chevaux de Rhésus, et fut cause, dit-il, de la mort d’Hector et de Troïle, puisque ces deux enfants de Priam succombèrent sous les armes d’Achille. Enfin il engagea Télèphe à se joindre aux Grecs contre les Troyens, quoiqu’il fût allié de ces derniers, et qu’il dût être ennemi des premiers, qui lui avaient livré une bataille dans laquelle il fut blessé. On a raison de dire qu’il était allié des Troyens ; la nature de Télèphe, ou de la pierre au blanc l’indique assez, puisqu’elle est de nature fixe comme la pierre au rouge, ou l’élixir désigné par les Troyens. Homère nous apprend lui-même qu’il faut avoir d’Ulysse la même idée que celle que nous avons d’Hercule. Il le fait parler ainsi (Odyss. l. II. v. 614.) dans sa descente aux Enfers : « Hercule me reconnue dès qu’il m’aperçut, et me dit : Brave et courageux fils de Laerte, Ulysse qui savez tant de choses, hélas ! pauvre misérable que vous êtes, vous me ressemblez : vous avez à surmonter bien des peines et des travaux semblables à ceux que j’ai subis, lorsque je vivais sur la terre. J’étais fils de Jupiter, et malgré cette qualité, j’ai eu bien des maux à souffrir. J’étais obligé d’obéir aux ordres du plus méchant des hommes, qui n’avait rien que de dur à me commander. Il s’imagina que le plus difficile et le plus périlleux travail qu’il pût m’ordonner, était celui de venir ici enlever Cerbère. J’y vins, et je l’arrachai des Enfers, sous la conduite de Minerve et de Mercure. » Ces guides d’Hercule sont bien remarquables. Ce sont aussi les mêmes qui conduisaient Ulysse dans ses opérations. On voit toujours Minerve à côté de lui. Ils en étaient bien reconnaissants l’un et l’autre. Hercule consacra sa massue à Mercure ; Ulysse offrit à Minerve les dépouilles de Dolon ; il eut même soin, en le faisant, d’avertir cette Déesse, qu’il la préférait à tous les habitants de l’Olympe, et qu’elle était la seule de tous à qui il faisait cette offrande. Elle appelle même Ulysse (Ibid. 1. 13. v. 191 et suiv.), le plus fin, le plus rusé et le plus ardent des hommes : « Mais, lui dit-elle, ne disputons pas ensemble de ruses et de finesses ; nous en savons assez l’un et l’autre, puisque vous n’avez pas votre pareil, quant aux conseils et à l’éloquence. Je suis de même par rapport aux Dieux. Vous ne reconnaissiez donc pas Minerve, la fille de Jupiter ; moi qui me suis toujours fait un plaisir de vous accompagner partout, et de vous aider dans tous vos travaux ? » (Iliad, I. 10. v.278. et dans l’Odyss. 1. 13, v. 300.) Ce témoignage n’est point contredit par les actions d’Ulysse. On y voit toujours un homme sage, prudent, qui ne fait rien à la légère, et enfin à qui tout réussit. Tel était Hercule, il n’entreprit rien dont il ne vînt à bout. Tel est ou tel doit être le Philosophe Hermétique qui entreprend les travaux d’Hercule, ou les actions d’Ulysse, c’est-à-dire, le grand oeuvre, ou la médecine dorée. En vain se mettra-t-il en devoir de les exécuter, s’il n’a pas toutes les qualités de ces Héros. En vain travaillera-t-il s’il ne connaît pas la, matière dont fut bâtie la ville de Troye ; sil ignore la racine de l’arbre généalogique d’Achille. Les Philosophes l’ont déguisée sous tant de noms différents, qu’il faut avoir la pénétration, et le génie d’Ulysse pour la reconnaître. C’est cette multitude de noms qui, selon Morien (Entretien du Roi Calid.), induit en erreur presque tous ceux qui s’appliquent à la connaître. Pythagore dans la Tourbe, dit que toute la science de l’Art Hermétique consiste à trouver une matière, à la réduire en eau, et à réunir cette eau avec le corps de l’argent-vif et de la magnésie, Cherchez, dit le Cosmopolite, une matière dont vous puissiez faire une eau qui dissolve l’or naturellement et radicalement. Si vous l’avez trouvée, vous avez la chose que tant de monde cherchent, et que à peu de gens trouvent. Vous avez le plus précieux trésor de la terre. Telles sont, ou à peu près, semblables les indications que les Auteurs Hermétiques donnent de cette matière. Il faudrait être plus qu’un oedipe pour la deviner par leurs discours. Sans doute que c’est une chose fort commune, et peu ignorée, puisqu’ils en font un si grand mystère, et qu’ils font tout leur possible pour la déguiser et la faire méconnaître. Sans doute aussi que les opérations sont bien aisées, puisque le Cosmopolite et bien d’autres assurent qu’on peut le décrire non en peu de pages, mais en peu de lignes, et même en peu de mots. C’est cependant cette chose qui peut s’exprimer et le dire en peu de paroles, qu’Homère a trouvé, dans son génie assez de fécondité pour étendre de manière a en faire toute Son Iliade. Preuve pour le Cosmopolite qui dit, que celui qui est au fait du grand oeuvre, y trouvera assez de matière pour composer une infinité de volumes. Ainsi par le siège de Troye et la réduction de cette ville en cendres, Homère n’a eu en vue, et n’a décrit allégoriquement que la manière de renfermer Paris et Hélène, ou la matière dans le vase, et d’indiquer ce qui s’y passe pendant les opérations. Il suppose un homme et une femme, parce que cette matière est en partie fixe, et en partie volatile, en partie agente, et patiente en partie. Ce vase est le Temple d’Apollon le Thymbrien, où Achille fut tué par Paris. Ce surnom d’Apollon lui vient de ce que la plante ou petit arbrisseau appelé Thymbre, a les tiges couvertes d’une laine assez rude, de couleur purpurine. On a vu que cette couleur est la signe de la parfaite fixation de la matière. Alors la ville de Troye est prise, et la plupart des Héros qui y ont assisté, se retirent dans les pays étrangers, comme firent Enée, Diomède, Anténor et tant d’autres, et vont y fonder des Royaumes. Cette dispersion indique l’effet de la poudré de projection, qui a la propriété de fonder des Royaumes et de faire des Rois, c’est-à-dire, de changer les différents métaux en or, qui est appelé le Roi des métaux. Le Trévisan (Philosoph. des métaux.) à employé cette allégorie dans ce sens là ; Basile Valentin (Azoth des Philosophes.) en a fait de même. Et en effet, si l’on regarde l’or comme le Roi des métaux, n’est-ce pas fonder de nouveaux Royaumes dans les pays lointains, que de changer en et les métaux mêmes qui ont le moins affinité avec l’or ? Paris, Hélène et Achille sont donc les trois principaux Héros de l’Iliade, ensuite Hector et Pyrrhus. Ulysse est proprement le conseil des Grecs, c’est-à-dire, celui qui conduit les opérations. Achille est l’agent intérieur, ou le feu inné de la matière, qui pendant un temps reste endormi, et comme assoupi ; il se réveille enfin, et agît. Il est enfin tué par Paris, cet homme efféminé, à qui l’on reproche toujours sa nonchalance et sa mollesse ; mais qui cependant montre de temps en temps un grand courage. Pyrrhus aux cheveux roux succède à son père Achille, et ruine la ville de Troye. Cette couleur rouge des cheveux de Pyrrhus n’est pas désignée sans raison : car Homère savait bien que la ville de Troye est prise, ou que l’oeuvre est fini, lorsque l’élixir a acquis la couleur rouge. La qualité ignée d’Achille a déterminé le Poète à représenter ce Héros comme brave, courageux, toujours animé, et presque toujours en colère. La légèreté du feu lui a fait donner les épithètes de , , . Son analogie avec le feu a fait dire que Vulcain fabriqua son bouclier. C’est de la qu’il sur t nommé Pyrisoüs, parce que ce feu vit dans le feu même sans en être consumé. Après qu’il eut tué Hector, le plus vaillant des Troyens, le corps de ce Héros fut racheté par un poids égal d’or. Lorsque Achille eut été tué par Paris, les Grecs rachetèrent aussi son cadavre au même prix. Ces Héros étant d’or, et descendus des Dieux aurifiques, pouvaient-ils être rachetés autrement ? On feint aussi en conséquence que leurs os furent déposés dans des cercueils d’or, et couverts d’étoffé de couleur de pourpre. Celui d’Achille avait été donné à Thétis par Bacchus. L’histoire de Bacchus nous en apprend la raison : car c’est ce Dieu d’or qui accorda à Midas la propriété de changer en or tout ce qu’il toucherait Achille après sa mort fut marié à Médée dans les Champs-Élysées ; on sait que Médée avait le secret de rajeunir les vieillards, et de guérir les maladies : on ne pouvait donc feindre un mariage mieux assorti, puisque Achille philosophique a les mêmes propriétés. Pendant sa vie même la rouille de ses armes avait guéri la blessure qu’elles avaient faites à Téléphe. On reconnaît Pyrrhus dans une infinité de textes des Philosophes Hermétiques ; mais je ne citerai que Raymond Lulle a ce sujet. « La nature de cette tête rouge est, dit il (Test. Th or. c.8l.), une substance très subtile et légère ; sa complexion est chaude, sèche et pénétrante. » Cet Auteur n’est pas le seul qui ait eu, ce semble, en vue dans ses allégories, ce qui se passa au siège de Troye. Basile Valentin fait nommément mention de Paris, Hélène, Hector et Achille dans sa description du vitriol. Plusieurs Auteurs ont eu de cette guerre la même idée que moi, et en ont parlé dans le même goût. Je ne prétends pas que l’Iliade d’Homère ne renferme que cela. Il est vrai que ce n’est qu’une allégorie de même que son Odyssée ; mais une allégorie faite en partie pour expliquer les secrets physiques de la Nature, et en partie pour donnée à, la postérité des leçons de politique. C’est sans doute par ce dernier endroit qu’Alexandre en faisait si grand cas, qu’il portait toujours Homère avec lui, et qu’il le mettait sous son chevet pendant la nuit. Et à dire le vrai, y a-t-il apparence qu’on eût regardé les ouvrages d Homère comme la plus belle production de l’esprit humain, si l’on avait pensé qu’il fut regardé comme réel tant de choses puériles qu’il rapporte, et les adultères, les meurtres, les vols et les autres scélératesses qu’il attribue aux Dieux et aux Déesses ? Il en parle d’une manière infiniment plus propre à les faire mépriser, que respecter. Les discours qu’il leur fait tenir, les reproches injurieux qu’il leur met dans la bouche, et tant d’autres choses sont bien voir que son idée était de parler allégoriquement ; car il n’est pas vraisemblable qu’un si grand homme eût parlé sur ce ton-là des Dieux qu’il aurait cru réels. Il pensait bien que les gens d’esprit sauraient séparer le noyau de la noix, et qu’ils verraient les trésors sous le voile qui les cache. Il faut donc envisager dans les ouvrages d’Homère au moins quatre choses : un sens hiéroglyphique ou allégorique, qui voile les plus grands secrets de la Physique et de la Nature. Les seuls Philosophes naturalises, et ceux qui sont au fait de la science Hermétique par théorie bien méditée ou par pratique, sont en état de le comprendre. Ils admirent dans ses ouvrages milles choses qui les frappent et les saisissent d’admiration, pendant que les autres les passent et n’en sont point touchés. Les Politiques y trouvent des règles admirables de conduite pour les Rois, les Princes, les Magistrats, et même pour les personnes de toutes conditions. Les Poètes y remarquent un génie fécond, une invention surprenante pour les fictions, les fables, et tout ce qui concerne les Dieux et les Héros. C’est une source inépuisable pour eux. Les Orateurs enfin admirent la noble simplicité de ses discours, et le naturel de ses expressions. Il peut bien se faire qu’Homère ait mêlé quelque chose d’historique dans son Iliade et son Odyssée ; mais il l’aura fait pour rendre ses allégories plus vraisemblables, comme font encore aujourd’hui la plupart des Auteurs des Romans. Le vrai y est noyé dans tant de fictions, et tellement déguisé, qu’il n’est pas possible de le démêler. Ainsi posé le cas de l’existence d’une ville de Troye quelques siècles avant Homère, on pourra dire que sa ruine lui a fourni le canevas de son allégorie ; mais il ne s’ensuivra pas delà que le récit qu’il en fait est véritable. Denis Zachaire, qui vivait dans le Seizième siècle, a fait de même qu’Homère ; il a supposé le siège d’une ville, à la vérité il ne la nomme pas, mais il en parle comme d’un fait réel : la différence qui se trouve entre les deux Auteurs, c’est que le Français avertit qu’il parle allégoriquement, et le Grec le laisse à deviner. On doit donc conclure de tout ce que nous avons dit jusqu’à prêtent, que l’Iliade d’Homère renter ne peu ou point du tout de vérités historiques, mais beaucoup d’allégoriques. La preuve en est palpable. Supposons pour un moment avec Hérodote (In vita Homeri.), qu’Homère vécût environ cent soixante ans après la prise de Troye. Il ne restait certainement alors aucun de ceux, ni même des premiers et presque des seconds descendants de ceux qui y assistèrent. L’on sait que selon le cours ordinaire de la Nature, quatre générations au moins se succèdent dans l’espace de cette soixante ans. Il n’est donc pas probable qu’Homère ait pu apprendre avec certitude les faits qu’il raconte, et partiellement le détail circonstancié des actions de chaque chef. Je ne parle pas de ces différentes allées et venues des Dieux et des Déesses, des foudres lancés par Jupiter, du tremblement de terre qu’excita Neptune, à la secousse duquel Pluton lui-même fut saisi de frayeur sur son trône infernal. Je laisse là les différents combats que se donnèrent les Immortels à cette occasion. Tout le monde convient que ce sont de pures fictions du Poète ; mais tous ne pensent pas de même des actions d’Ajax, d’Agamemnon, de Ménélas, de Diomède, d’Ulysse, de Memnon, d’Hector, de Paris, d’Achille, de Patrocle, etc. Que signifient ces pierres que ces Héros se Jetaient en combattant ? est-ce donc que des guerriers tels que ceux-là se seraient battus comme feraient aujourd’hui des polissons, au lieu de faire usage de leurs armes ? Hector tua Epigée d’un coup de pierre (Iliad. 1.16. v. 577.). Lorsque Patrocle vit venir Hector à lui, il prit son javelot de la main gauche, et de l’autre une pierre blanche, de laquelle il frappa au front Cébrion, cocher d’Hector, et le renversa par terre (Ibid. 1. 14. v. 410.). Ajax culbuta aussi Hector d’un coup de pierre, qu’il lui donna dans la poitrine, et cette pierre était une de celles qui croient sur le rivage, pour y attacher les vaisseaux (Ibid. v. 734.). Hector d’un coup semblable avoir terrassé Teucer (Ibid. 1. 8. v. 327.) : jusque là un seul des combattants en avait jeté contre l’autre, mais sans doute qu’Ajax et Hector aimaient cette façon de combattre. Après s’être battus à coups de javelots, ils s’accablaient à coups de pierres ; mais de quelles pierres ? ce n’était pas un caillou qu’on puisse lancer aisément, elles faisaient autant d’effet qu’une meule de moulin qui tomberait d’en haut (Ibid. l. 7.v.265.). Diomède, aussi robuste pour le moins qu’Ajax, voulait écraser Énée d’une pierre si grosse etc si pesante que deux hommes n’auraient pu même la lever. Mais le fils de Tydée la remua seul, et la lança même avec tant de facilité, qu’elle tomba sur la hanche d’Enée, et l’aurait accablé si Vénus sa mère n’était accourue à son secours (Ibid. l. 5. v.302.). En croira-t-on Homère sur sa parole ? et ne s’imagine-t-on pas lire dans Rabelais les actions de Pantagruel (Liv. 2. c. 5.), qui, pour s’amuser, éleva lui seul sur quatre piliers un rocher d’environ douze toises en quarré ? Il y a cent autres faits aussi peu vraisemblables : on ne s’avise cependant pas d’en douter. Il faut en croire le Poète sur sa, bonne foi ; car il ne cite aucun garant de ce qu’il avance. Il est plausible qu’il n’en avait point ; car quelque mauvaise et mal écrite qu’eût été l’histoire d’un siège aussi fameux, Homère en aurait pu rapporter quelques fragments pour preuves de ce qu il avançait i ou quelque autre Auteur nous en aurait parlé. Il faut donc convenir qu’Homère a puisé le tout dans son imagination, puisqu’une tradition verbale aurait à la vérité pu conserver la mémoire de quelques actions remarquables des Chefs des deux parti ; mais non un détail aussi circonstancié que celui que nous trouvons dans ce Poète. J’avoue qu’il y a quelques vérités dans Homère. Les lieux dont il parle ont existé au moins en partie ; mais l’impossibilité où l’on est de pouvoir expliquer comment il a pu se faire, par exemple, que Memnon soit venu d’Ethiopie au secours de Priam, a occasionné une infinité de dissertations, qui, au lieu de constater le fait, n’ont servi qu’à le rendre plus douteux. Il n’est pas trop aisé, dit M. l’Abbé Banier (T. III. p. 497.), de déterminer qui il était, et d’où il venait, les Savants étant fort partagés à ce sujet. On peut voir Perizonius et M. Fourmond l’aîné, qui se sont donné beaucoup de peines pour examiner cet article. Ils appuient leurs sentiments l’un et l’autre sur l’autorité des anciens Auteurs. Ils ne s’accordent point entre eux, et par conséquent ne nous laissent que des conjectures. Les incertitudes de Perizonius prouvent la faiblesse de son opinion : M. Fourmond (Réflexions sur r les histoires des anciens Peuples.) croit avoir démontré sous quel Roi d’Egypte Troye fut prise, en préférant Manéthon aux Historiens Grecs ; mais il n’a pu trouver le Tithon des Grecs et son fils Memnon dans celui qui régnait alors à Diospolis. D’ailleurs, dit très-bien M. l’Abbé Banier (Ibid. p. 498.). sur quel fondement peut-on assurer que le Roi d’Egypte de ce temps-là était parent et allié de Priam qui régnait en Phrygie, et qu’il envoya du fond de la Thébaïde, son fils avec vingt mille hommes au secours d’une ville si éloignée, et dont apparemment il n’avait jamais oui parler ? Les Rois d’Egypte, surtout ceux de Diospolis, qui régnaient en ce temps-là, fiers de leur puissance, de leurs forces, et de leurs richesses, méprisaient souverainement les autres Rois, et ne voulaient faire avec eux aucune comparaison. Convenons donc que les fictions et les fables qui inondent cette histoire, et dans lesquelles elle est comme absorbée, doivent la rendre au moins suspecte. Quant à la réalité des villes et des lieux qui sont rapportés dans Homère, outre qu’un grand nombre n’ont jamais pu être découverts par Strabon et les autres Géographes ; leur existence même antérieure à Homère ne signifierait autre chose, sinon que sa fiction a été ajustée à leur situation, et qu’il leur a supposé des fondateurs et des Rois imaginaires, à l’imitation des Egyptiens, qui se vantaient d’avoir eu des Dieux pour Rois jusqu’à Orus, fils d’Isis et d’Osiris. Nous avons déjà dit, d’après Diodore de Sicile, que les anciens Poètes, Mélampe, Homère, Orphée, etc. avaient donné aux endroits des noms conformes à leur doctrine ; sans doute que ceux que l’on n’a pu découvrir dans la suite étaient feints, et que la plupart des autres tiraient leur origine de là. On en a une preuve assez convaincante dans les étymologies que j’ai données. Elles confirment le dire de Diodore, puisqu’elles cadrent parfaitement avec la doctrine que je suppose avait donné lieu à l’Iliade. Il n’y a même que ce seul moyen d’accorder toutes les différentes opinions des Auteurs à ce sujet. Tant de dissertations faites sur les endroits obscurs et difficiles d’Homère, deviennent inutiles, au moins quant à cela. La seule utilité qui nous en reste, sont beaucoup d’autres points de l’histoire, dont ces endroits d’Homère ont occasionné l’éclaircissement. Les Savants qui les ont mises au jour, ont fait connaître par-là leur travail infatigable, ils ont acquis la considération du Public. Leurs ouvrages sont des flambeaux, dont la lumière n’a dissipe que les ténèbres répandues sur les noms de leurs Auteurs. Mais enfin ils ont fait leur possible ; ils se sont épuisés de bonne foi à force de veilles et de fatigues ; ils ont cru se rendre utiles ; il est donc juste qu’on leur en tienne compte. Avouons-le de bonne foi ; les Auteurs de ces dissertations, et les Anciens dont ils tirent leurs preuves, n’ont pas vu dans Homère plus clair les uns que les autres. La preuve en est palpable : ils ont tous puisé dans la même source, et ils ont tous des opinions contraires. Mais que l’on donne Homère à expliquer à un Philosophe Hermétique, qui a étudié la Nature, et qui sait la théorie et la pratique de son Art ; ou à quelqu’un qui, comme moi, ait fait une longue étude de leurs ouvrages, pour tâcher au moins de se mettre au fait de la tournure de leurs allégories, de développer leur style énigmatique, de dévoilée leurs hiéroglyphes, de voir n leurs ouvrages et leur art a un objet réel, si cette science mérite d’être autant méprisée qu’elle l’est, et enfin de donner par la combinaison de leurs raisonnements, et par la concordance de leurs expressions, un éclaircissement sur une science aussi obscure, je suis persuadé qu’ils ne se trouveraient pas contraires les uns aux autres. Ils expliqueraient tous la même chose du même objet, et delà même manière. Ce sont même les applications répétées qu’ils font de différents traits de la Fable à leur matière et leurs opérations, qui m’ont fait naître l’idée de cet ouvrage. J’ai vu leur accord dans ces applications, et j’ai remarqué avec plaisir qu’ils avaient tous les mêmes principes. De tant d’Auteurs qui ont écrit sur la Philosophie Hermétique, je n’en ai pas vu un seul contraire à un autre, j’entends ceux qui ont la réputation d’avoir été au fait de cette science ; car les autres ne doivent pas entrer en ligne de compte. S’ils paraissent se contredire, c’est qu’ils écrivent énigmatiquement, et que le Lecteur explique d’une opération ce que l’Auteur dit d’une autre. L’un parait dire oui où l’autre dit non, mais c’est qu’ils prennent la chose dans différents points de vue. Celui-là appelle eau ce que celui-ci appelle terre, parce que leur matière est composée des deux, et qu’elle devient successivement eau et terre. Enfin pour finir ce que nous avons à dire de l’Iliade, qu’on en examine sérieusement les Héros et les circonstances ; on n’y verra proprement qu’un Ulysse, qui par sa prudence, ses conseils, ses discours ; et souvent ses actions gouverne tout, dirige tout, est chargé de tout. Instruit des fatalités de Troye, ou des conditions sans lesquelles cette ville ne saurait être prise, il les exécute, ou met les Grecs en état de les exécuter. Ce qu’il fait par lui-même, ce sont précisément les soins et les démarches de l’Artiste. Ce que les Grecs et les Troyens font, c’est ce qui se passe dans le vase philosophique, par le secours de l’Art et de la Nature, Ulysse enfin dispose tout, fait une partie des choses, et les Grecs agissent quand il les a mis dans le cas de le faire. Après lui vient Achille, comme l’agent intérieur, sans lequel la Nature n’agirait point dans le vase, parce qu’il en est le principal ministre. C’est par son moyen que la matière se dissout, se putréfie et parvient au noir. Aussi Homère a-t-il soin de dire qu’Achille s’était retiré dans son vaisseau noir. Euryalus, Ménesthéus, Thoas, Idoménée, Podarce, Eurypile, Polypete, Prothous, Créthon, Orsilochus, et la plus grande partie des Grecs avaient amené des vaisseaux noirs.. Protésilas, qu’on suppose avoir été tué dès le commencement, est détenu et enseveli dans la terre noire. Enfin Ulysse est le seul dont Homère dise que la proue de son vaisseau était rouge ; qu’il prit un vaisseau noir pour ramener Chryséis à son père Chrysès, et qu’il y mit des voiles blanches à son retour. Un des autres Héros de la pièce est Pyrrhus ou Néoptolême ; on a vu pourquoi. Enfin Paris est celui contre qui les Grecs combattent pour ravoir Hélène, qui est l’objet de tant des peines et de tant de travaux. Les autres Acteurs n’ont été ajoutés que pour l’ornement, et pour former le corps de sa fiction ; Agamemnon comme le chef principal, Ajax comme un brave guerrier, et Diomède comme compagnon d’Ulysse. Les autres sont pour remplir les incidents qu’il a fallu faire naître, pour former le vraisemblable de sa fiction, à quoi il a ajouté les lieux de la Grèce, de la Phrygie, de la Thrace, etc. Que Troye ait donc existé ou non ; qu’elle ait été détruite ou qu’elle ne l’ait pas été ; il est toujours vrai que l’Iliade d’Homère a l’air d’une pure fiction ; que l’on doit en juger comme des travaux d’Hercule, et comme l’on pense des fables qui regardent les Dieux et les Héros. Il ne faut donc pas juger de la réalité du fait, par ce qu’en disent les Auteurs postérieurs à Homère ; puisqu’ils ne sont venus que bien des siècles après lui, qu’ils ont tous puisé chez lui, et que malgré cela ils ne sont point d’accord entre eux. Quelques-uns ont voulu corriger dans Homère ce qu’ils n’ont pu expliquer, d’autres l’ont contredits, sans faire attention qu’ils rendaient par-là le fait encore plus incertain. Si l’on s’en rapporte au témoignage d’Hérodote, la guerre de Troye ne peut être que fausse ; puisque Hélène, pour laquelle on suppose qu’elle fut faite, était alors détenue chez Prothée, Roi d’Egypte. Cicéron appelait cependant cet Auteur, le père de l’histoire, tant à cause de son antiquité qu’à cause du fond de l’ouvrage, et de la manière de l’écrire. Aurons-nous plus de foi aux autres Auteurs Payen, qui admettaient les fables les plus ridicules pour des vérités ? eux qui ont copié aveuglement Orphée, Lin, Mélampe, Musée, Homère et Hésiode ; et d’où ces derniers ont-ils tiré ce qu’ils ont avancé ? On le lait ; c’est d’Egypte, source de toutes les fables. Les Egyptiens se vantaient de l’avoir appris d’Isis, Isis de Mercure, et Mercure de Vulcain. Mais enfin, si l’on veut soutenir opiniâtrement qu’il y a des vérités historiques cachées sous le voile de ces fables, que l’on m’accorde au moins qu’on a pu prendre occasion de ces histoires, pour former des allégories, et même des allégories des choses les plus cachées et les plus secrètes. Paracelse, Fernel et tant d’autres l’ont fait ; c’est ce qui rend leurs ouvrages inintelligibles presque à tout le monde. Dans les systèmes de ceux qui ont voulu expliquer les fables historiquement, ou moralement, il se trouve des difficultés insurmontables, qu’ils avouent eux-mêmes ne pouvoir débrouiller ni résoudre. Dans le mien y il ne s’en trouve aucune. Tout est plein, tout est simple, tout c’est naturel. C’est du moins une présomption qui marque son avantage sur les autres, et qui fait tenir lieu de preuve aux gens dit bonne foi et exempts de préjugés, qu’il est le seul véritable.
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