Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Chute des géants Giulio Romano
les dieux de l'Olympe
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre I et II : Histoire de la guerre de Troye, et de la prise de cette Ville. On a regardé depuis beaucoup de siècles cette fiction comme l’événement le plus célèbre de l’antiquité. Les deux plus fameux Poètes, Homère et Virgile, l’ont chanté avec tout l’art dont ils étaient capables, et ce n’est pas peu dire : le premier en a fait le sujet de son Iliade et de ton Odyssée, le second en a imaginé les suites, pour fournir à son admirable ouvrage de l’Enéide. Le grand nombre de villes qu’on dit avoir été bâties par les Troyens, qui s’échappèrent et survécurent à la ruine de la leur, l’existence réelle de ces villes, et une infinité de faits rapportés par ces Poètes, semblant prouver si solidement la réalité de cet événement, qu’on n’oserait presque se mettre en devoir de le révoquer en doute, à plus forte raison oserait-on encore moins entreprendre de le réfuter. Virgile, comme le dit fort bien M. l’Abbé Banier, a décrit dans le second Livre de son Enéide, la prise de cette ville, de manière qu’en le lisant l’on se trouve dans Troye, qu’on en connaît jusqu’aux rues et aux principaux Palais, et qu’on ne s’y égarerait pas. Bien d’autres Auteurs, Quintus Calaber, Coluthus, Triphiodore, Darès Phrygien, Tile-Live, Denis d’Halicarnasse, en ont traité ; Dictys de Grèce va même jusqu’a assurer qu’il y était présent. Comment n’en pas croire à de tels témoignages ? Malgré toutes ces preuves, cette histoire a un air si fabuleux, et ressemble si fort a une histoire inventée à plaisir, qu’on ne peut s’empêcher d’en douter, quand on en examine de près toutes les circonstances. Homère est le premier qui en ait parlé ; tous ceux qui en traitent, Historiens ou Poètes, semblent l’avoir copié, au moins pour le fond, et pour l’accessoire, chacun l’a orné à sa fantaisie. Dictys de Crète s et Darès le Phrygien, ont beau dire qu’ils y assistèrent, personne ne veut les en croire sur leur parole. M. l’Abbé Banier, aussi incrédule que les autres à cet égard, et qui en conséquence les aurait dû tenir pour suspects dans le reste, ne fait cependant pas difficulté d’employer leur autorité quand elle vient à propos pour son système. Mais enfin, chacun en croira ce qu’il voudra. On peut sans conséquence croire ce fait, ou ne le croire pas, je laisse au Lecteur la liberté là-dessus, et il se délibérera pour ou contre, comme bon lui semblera, après les preuves que j’aurai données pour prouver que c’est une pure allégorie. CHAPITRE PREMIER. Première preuve contre la réalité de cette histoire. De l’origine de Troye. Dardanus est regardé comme le fondateur du royaume de Troye à et l’on n’a aucune preuve de son existence. On donne ensuite la généalogie, et l’on dit qu’il épousa la fille du roi Scamandre, dont il eut Ericthonius qui succéda à Dardanus. Tros vint ensuite, et succéda Ericthonius, Tros eut pour fils Ilus, et celui-ci Laomédon. C’est sous ce dernier qu’Apollon et Neptune furent exilés du ciel par Jupiter, pour avoir voulu lier ce Dieu, de concert avec les autres et les Déesses. Ils se retirèrent vers Laomédon, et s’engagèrent à lui, sous promesse de récompense, de bâtir les murs de Troye. Les uns disent que les pierres se rassemblaient, et s’arrangeaient d’elles-mêmes au son de la lyre d’Apollon. D’autres avancent, avec Homère s que Neptune les éleva, pendant qu’Apollon gardait les troupeaux de Laomédon. Ovide est du premier sentiment (Epist. Paridis.). Virgile dit (AEneid. L. 9.) qu’ils furent édifiés par Vulcain. La Fable ajoute que Laomédon ne voulut point donner à Neptune la récompense dont ils étaient convenus, qu’ayant respecté néanmoins Apollon comme un Dieu, et méprisé Neptune » celui-ci irrité s’en vengea, en envoyant un monstre marin qui ravageait tout le pays. Nous en avons parlé lorsque nous avons fait mention de la délivrance d’Hésione par Alcide. Voilà dont trois fondateurs de Troye, et trois fondateurs fabuleux, c’est-à-dire, trois Dieux, Apollon, Neptune et Vulcain, qui n’ont jamais existés ni Dieux ni hommes. On peut néanmoins attribuer l’établissement de la ville de Troye à chacun d’eux en particulier, et dire en même temps que ces trois Dieux y ont travaillé, puisqu’ils sont requis tous trois pour la perfection de l’oeuvre hermétique, suivant ce que nous avons va jusqu’à présent : Vulcain est le feu philosophique, Neptune est l’eau mercurielle volatile, et Apollon est la partie fixe, ou l’or des Sages. Il n’est pas surprenant qu’on ait dit que les pierres s’arrangeaient d’elles-mêmes au son de la lyre d’Apollon. On avait dit qu’Orphée faisait mouvoir les pierres et les arbres au son du même instrument, et qu’il avait conduit le navire Argo de la même manière. On a dû voir ci-devant que les parties qui composent le magistère des Sages, le rassemblent d’elles-mêmes pour s’arranger et se réunir en une masse fixe, appelée Apollon ? ou Soleil philosophique, parce que la partie fixe est comme un aimant, qui attire les parties volatiles pour les fixer avec elle, et en faire un tout fixe, appelé pierre ; c’est ce qui forme la prétendue ville de Troye, qui en est le symbole. On dit pour la même raison qu’elle fut édifiée sous le règne de Laomédon, et que ces Dieux travaillaient pour lui, parce que l’objet des opérations philosophiques est Laomédon même, qui signifie pierre qui commande, et qui a une grande puissance, de , pierre, et de , je commande. Ce prétendu commandement et cette puissance ont fait donner à Laomédon le titre de Roi. Si l’on veut s’en tenir à la généalogie des prétendus Rois de Troye qui ont précédé Laomédon, on trouvera précisément dans leurs noms une nouvelle preuve qu’elle n’est qu’une pure allégorie du magistère philosophique, puisque Dardanus qu’on dit avoir été le premier Roi et le fondateur de Dardanie, qui prit ensuite le nom de Troye, signifie être en repos, dormir, de , dormir, se reposer ; parce que la matière, après avoir été mise dans le vase au commencement de l’oeuvre, reste longtemps comme assoupie et sans mouvement, ce qui a engagé les Philosophes à donner au temps quelle demeure en cet état, le nom d’hiver, parce que la nature semble engourdit et assoupie pendant cette saison là. Dans cette première opération, dit Philalèthe (Enarrat. Meth. p. 117.), que nous appelons l’hiver, la matière est comme morte, le mercure se mortifie, la noirceur se manifeste. Mais sitôt qu’elle commence à fermenter et à se dissoudre, Ericthonius naît de Dardanus ; car Ericthonius veut dire, dissous, brisé en pièces, d’, je romps, je brise. La matière brisée et en voit de dissolution, est signifiée par Tros, fils et successeur d’Ericthonius ; car, selon Eustathius, vient de abattre, broyer, et , de titrosco. Cette matière étant dissoute, devient comme de la boue et de la fange ; et alors Ilus succède à son père Tros, parce qu’, veut dire un bourbier, de l’ordure, ce qui a donné occasion aux Philosophes de nommer boue, fumier, leur matière dans cet état de putréfaction. Ilus fut père de Laomédon, et c’est sous son règne qu’Apollon édifia les murs de Troye, parce que la matière commence à se fixer et à devenir pierre des Philosophes, lorsqu’elle sort de la putréfaction. Voilà la véritable origine de Troye, voila quels ont été tes Rois et ses fondateurs, et je ne vois pas sur quoi M. l’Abbé Banier fixe la durée du règne de Dardanus à soixante-deux ans, celle d’Ericthonius A quarante-six, celle d’Ilus à quarante, et celle de Laomédon à vingt-neuf. Ce qu’on peut dire de vrai en adoptant même son système, c’est qu’une ville telle qu’on nous représente celle de Troye au temps de sa ruine, n’aurait pu manquer d’être très célèbre auparavant ; il n’en est cependant fait aucune mention avant le voyage qu’y fit Hercule, pour délivrer Hésione, fille de Laomédon. Comment aurait-il pu se faire qu’une ville fût devenue si peuplée, si célèbre en si peu de temps, et que sa ruine eut succédé immédiatement à sa naissance ? Aurait-on pu y ramasser assez de monde pour résister à toutes les forces réunies de la Grèce ? Quand on y aurait assemblé tous les habitants de la Phrygie, ils n’auraient pu tenir six mois, à plus forte raison dix ans, contre une armée aussi formidable et aussi nombreuse. Pour prouver Ile faux de ce qu’avance M. l’Abbé Banier, (sans doute sur la foi d’anciens historiens, qui n’avaient pas fait toute l’attention nécessaire à ce qu’ils rapportent) il suffirait de rapprocher les faits qu’il cite. Cet Auteur dit (Myth. T. 3. p. 429.) que Tros eut trois fils, dont l’un appelé Ganymède, fut enlevé par Tantale (Ibid. p. 394 et 395.) ; que ce Tantale fit la guerre à Tros, et qu’après sa mort, Ilus la continua contre Pélops, fils de Tantale, que trente-cinq ans seulement avant la guerre de Troye sous Priam, Hercule avait saccagé cette ville ; tué Laomédon, et enlevé Hésione, (Tome II. page 515 ), que Tantale vivait cette trente ans avant la prise de Troye, (Tom. III. p. 435) ; que Pélops eut pour fils Atrée, qui se relira chez Eurysthée, dont il épousa la fille Aerope, et lui succéda peu avant la guerre de Troye. Le même Auteur avait dit (Ibid. p. 266.) que Mestor, fils de Persée, épousa Lysidice, fille de Pélops, que Sthénélus, frère de Mestor, épousa Micippe, aussi fille de Pélops, et en eut Eurysthée. Je demande au Lecteur s’il comprend quelque chose dans un tel galimatias. Conçoit-on qu’Atrée, fils de Pélops, ait pu se retirer chez Eurysthée, épouser sa fille, et lui succéder, après qu’il eut été tué par Hillus, fils d’Hercule ? Est-il possible que Pélops ait pu faire la guerre à Ilus, si, suivant Plutarque (Vie de Thésée.) Pélops était bisaïeul d’Hercule, qui tua Laomédon fils d’Ilus ? Quand même on donnerait Anaxo, fille d’Alcée, frère de Sthénélus, pour aïeule à Hercule, la même difficulté s’y trouverait également. Ce n’est pas là seule. Hercule, dit notre Mythologue, ravagea la ville de Troye, et tua Laomédon trente-cinq ans avant la ruine de cette ville par les Grecs. Les fils d’Hercule étaient encore jeunes quand leur père mourut. Ils devinrent grands, et avec le secours de Thésée, parent et ami d’Hercule, ils firent la guerre à Eurysthée, et Hillus le tua de sa propre main. Atrée qui avait épousé sa fille AEtope, lui succéda, en eut Ménélas et Agamemnon, qui furent eux-mêmes mariés, l’un a Hélène, l’autre à Clytemnestre, avant la guerre de Troye, et commandèrent les troupes qui en firent le siège. Il faut avouer que M. l’Abbé Banier est un homme qui fait faire bien de la besogne en peu de temps. Il ne lui faut que trente-cinq ans pour former au moins deux générations de héros ; et suivant son calcul, la conquête de la Toison d’or n’aura précédé la guerre de Troye que de trente-cinq ans, puisque Hercule quitta les Argonautes pour aller délivrer Hésione. Hercule, après cette expédition contre Troye, en fit encore bien d’aunes, avant que de mourir. Il délivra Thésée des Enfers : « (Mythol. Tom. III. pag. 295.) après avoir pris un grand nombre de villes, et exécuté les travaux qu’Eurysthée lui avait ordonnés, il devint amoureux d’Iolé, fille d’Eurythe, et ce Prince la lui ayant refusée, il subjugua l’Oéchalie, enleva cette Princesse, et tua le Roi. » Ce n’est qu’après cette expédition que Déjanire lui envoya la robe de Nessus, et qu’il mourut après l’avoir mise sur lui. Hillus son fils était jeune alors, il eut le temps de devenir grand, et en état de faire la guerre à Eurysthée. Celui-ci est tué dans un combat. Atrée lui succède ; a deux enfants, Ménélas et Agamemnon, ces deux enfants deviennent grands à leur tour. Agamemnon succède à Atrée, se marie, a un enfant nommé Oreste, et va se mettre à la tête des troupes de toute la Grèce, réunies contre la ville de Troye, et tout cela se passe en trente-cinq ans. Tant il est vrai que toute l’adresse et toutes les combinaisons des Mythologues échouent, quand ils veulent accorder la Fable avec un système historique, qui n’entra jamais dans l’idée des Auteurs de ces fables. Il ne faudrait que remonter à la touche d’où toutes ces branches de héros sont sorties, pour en reconnaître clairement le fabuleux. Mais nous allons examiner quels furent ceux qui entreprirent la guerre de Troye, et ceux qui défendirent cette ville. CHAPITRE II Tous ceux qui firent le siège de Troye, et qui la défendirent, sont fabuleux. il faudrait ici passer en revue tous ces héros dont les noms et les actions surprenantes sont rapportés par Homère, Virgile et les autres Auteurs, il faudrait mettre devant les yeux leurs généalogies, mais il suffirait, pour en montrer le fabuleux, de rapporter la racine de leur arbre généalogique. Il n’en est pas un seul qui ne tire son origine de Jupiter, de Neptune, ou de quelque autre Dieu. Achille, le plus fameux d’entre eux, était fils de Pelée et de la Déesse Thétis. Pelée eut pour père Eaque, et pour mère la Nymphe Endeis. Eaque était fils de Jupiter et d’Egine, Thétis, selon Hésiode (Théogon.), était fille du Ciel et de la Terre ; Homère (Hymn. in Apollinem.) la dit fille de Nérée, qui était lui-même fils de l’Océan. Jupiter en devint amoureux ; mais ayant appris de Prométhée que, suivant un oracle de Thémis, le fils qui naîtrait de Thétis, serait plus puissant que son père, Jupiter la donna en mariage à Pelée. Thétis, aux pieds d’argent, et fille du vieillard. Marin (Homer. Iliad. Lib. I. v. 538.), trouva fort mauvais, suivant le même Auteur (Iliad. L. l8. v. 128.), que Jupiter l’eût méprisée au point de lui faire épouser un mortel. Elle en fit ses complaintes à Vulcain, qui était extrêmement porté pour elle, en reconnaissance de ce qu’elle l’avait très bien accueilli lorsqu’il se retira chez elle âpres qu’il eut été chassé de l’Olympe. Homère, en un mot, en parle toujours comme d’une Déesse, et tout ce qu il en dit particulièrement dans le vingt quatrième Livre de l’Iliade, convient parfaitement à ce qui se passe dans les opérations du magistère. Il y introduit () Iliad. Liv. 24. v. 40 et suiv.) Apollon, qui porte ses plaintes à Jupiter de ce qu’Achille s’est emparé du corps d’Hector, et ne veut pas le rendre. Junon lui répond : Hector a sucé le lait d’une femme mortelle, et Achille est fils d’une Déçue, ayant nourri et élevé moi-même sa mère, je l’ai mariée à Pelée, homme mortel, mais que les Dieux aimaient beaucoup. Tous pour lui faire honneur, assistèrent à ses noces, et vous-même, perfide, y assistâtes comme les autres. Apollon dit : Achille en est tellement fier et glorieux, qu’il n’est sensible ni a la pitié, ni à la honte. Vous êtes tous portés pour ce fier et superbe Achille, qui a dépouillé toute compassion et toute pudeur. Après avoir ôté la vie au noble et généreux Hector, il l’a attaché à ton char, et le traîne autour du tombeau de son ami Patrocle, au lieu de le remettre à sa chère épouse, à son père Priam, à sa mère, à son fils, à son peuple, qui le pleurent, et qui voudraient avoir la consolation au moins de le voir, quoique mort. Jupiter prit la parole, et dit : « Junon, ne vous mettez pas en colère, de tous les habitants d’Ilion, Hector fut le plus cher aux Dieux. Il ne convenait pas à Achille d’enlever secrètement le corps d’Hector. Thétis, mère d’Achille, n’abandonne pas son fils un instant, elle ne le quitte ni Jour ni nuit, mais, si quelqu’un veut l’appeler, et la faire venir, je lui parlerai, et je lui dirai qu’Achille rendra le corps d’Hector à Priam, qui le rachètera. » « Aussitôt Iris partie, elle descendit sur la noire mer ; tout le marais en tressaillit. Elle trouva Thétis dans une caverne, assise au milieu de plusieurs autres Déesses mannes, où elle pleurait le sort malheureux de son fils, qui devait périr, loin de sa patrie, dans Troye la pierreuse. Levez-vous, Thétis, lui dit-elle, Jupiter vous demande, et veut vous parler : Que me veut ce grand Dieu, répondit-elle ? Je n’ose plus fréquenter les immortels : mon coeur est navré de douleur, et mon esprit est plein de tristesse. J’irai néanmoins, puisqu’il l’ordonne. Ayant ainsi parlé, cette Déesse la » plus auguste de toutes, prit un voile noir, et il n’y avait point d’habillement dans le monde plus noir que le sien. Elle partit, Iris la précédait, et la mer les environnait. A peine eurent-elles atteint le rivage, qu’elles s’envolèrent rapidement au ciel ; elles y trouvèrent Saturne et les autres Dieux assis autour de lui. Thétis fut s’asseoir auprès de Jupiter, et Junon lui présenta une boisson dorée dans un beau vase en lui disant quelques paroles de consolation. Thétis but, et le lui rendit. » « Jupiter, père des Dieux et des hommes, parla ensuite, et dit : Déesse Thétis, vous êtes venue dans l’Olympe, quoique triste, et je sais que vous avez du chagrin. Je suis très sensible a votre tristesse, mais écoutez pourquoi je vous ai mandée. Depuis neuf jours les Dieux immortels sont en contestation à l’occasion du corps d’Hector, et d’Achille, le destructeur des villes. On disait qu’il fallait l’enlever secrètement, mais à cause du respect que l’ai pour vous, et de l’amitié que je vous conserverai toujours, je veux laisser à Achille la gloire de le rendre. Allez dont de ce pas, descendez promptement vers votre fils, et dites-lui que les Dieux immortels, et moi plus que tous les autres, sommes indignés contre lui, de ce qu’il retient le corps d’Hector dans son vaisseau noir, sans vouloir le rendre, quoiqu’on lui ait proposé de le racheter. S’il a quelque respect pour moi, qu’il le rende. Je vais envoyer Iris à Priam, pour lui dire qu’il aille lui-même aux vaisseaux des Grecs le demander, et qu’il porte avec lui des présents qui soient du goût d’Achille. » Thétis aux pieds d’argent obéit, elle descendit de l’Olympe avec précipitation, et parvenue à la tente de son fils, elle l’y trouva renfermé, et répandant beaucoup de larmes, au milieu de ses compagnons, qui préparaient le déjeuné. Ils avaient tué pour cela une grande brebis, dont la toison était belle et bien fournie. Elle s’assît auprès de lui, elle le flatta et le caressa, puis elle lui dit : Jusqu’à quand, mon fils, abandonnerez-vous votre coeur au chagrin qui le ronge, au point de ne vouloir même prendre aucune nourriture ni sommeil ? » Je suis votre mère, et vous ne doutez point que je n’eusse beaucoup de plaisir à vous voir marié ; mais le Destin vous menace d’une mort violente et précipitée. Ecoutez-moi donc, je viens vous parler de la part de Jupiter : il m’a dit de vous déclarer que les Dieux immortels, sont très irrités contre vous, de ce que vous ne voulez point consentir au rachat du corps d’Hector, que vous retenez dans vos vaisseaux noirs. Croyez-moi, rendez ce corps, et recevez-en la rançon. » Achille se laissa gagner aux prières de sa mère, etc dit qu’on n’avait qu’à apporter la rançon, qu’il rendrait Hector. Iris de son coté exécuta sa commission ; elle engagea Priam à se rendre auprès d’Achille avec des présents, et accompagné d’un seul Héraut d’armes. Hécube fit tout ce qu’elle put pour empêcher Priam d’y aller ; mais loin de l’écouter, il lui fit des reproches. Il prit avec lui des présents, qui consistaient en douze robes très belles, douze tapis magnifiques, douze tuniques, et dix talents d’or bien pesés. Il partit ainsi, et Jupiter le voyant en chemin, dit à Mercure son fils : Mercure, vous vous plaisez plus que qui que ce soit à rendre service aux mortels ; allez donc, et conduisez le vieillard Priam aux vaisseaux des Grecs ; mais faites-le de manière que personne ne le voie et ne s’en aperçoive, jusqu’à ce qu’il soit arrivé dans la tente du fils de Pelée. Mercure ajusta pour lors ses talonnières d’ambrosie et d’or, qui le portent sur la mer et sur la terre avec le vent, il n’oublia pas son caducée. Ayant pris la figure d’un jeune homme beau, bien fait, et d’une physionomie royale, il se rendit à Troye, trouva Priam et celui qui l’accompagnait. Ils furent surpris de sa rencontre, la peur les saisit, mais Mercure les rassura, et leur dit : Où allez-vous ainsi pendant le silence de la nuit ? Ne craignez-vous pas de tomber entre les mains des Grecs vos ennemis ? Si quelqu’un d’eux vous apercevait avec les présents que vous portez, comment, vous qui n’êtes point jeune, et qui n’êtes accompagné que d’un vieillard, pourriez-vous vous défendre si l’en vous attaquait ? Quant a moi, soyez tranquille, je viens pour vous défendre, et non pour vous faire insulte, car je vous regarde comme mon père. Je vois bien à votre air et a votre discours, répondit Priam, que quelque Dieu prend soin de moi, puisqu’ils vous ont envoyé pour m’accompagner. Mais faites-moi le plaisir, beau jeune homme, de me dire qui vous êtes, et quels sont vos parents ? Je suis domestique d’Achille, lui répondit Mercure ; je suis arrivé avec lui dans le même vaisseau : je suis un des Myrmidous, et mon père s’appelle Polyctor ; il est très riche, et déjà sur l’âge comme vous ; il a six fils, et je suis le septième (Le septième des métaux.) : nous avons tiré tous sept au sort à qui irait avec Achille, et le sort est tombé sur moi. Priam l’interrogea sur l’état actuel du corps d’Hector, et Mercure lui en donna de si bonnes nouvelles, que Priam lui offrit en présent une belle coupe, et le pria de le conduire. Mercure refusa le présent, mais il lui dit qu’il l’accompagnerait toujours par mer et par terre, même jusqu’à Argos, et aussitôt il sauta sur le char de Priam, se saisi ; des rênes des chevaux, et en prit la conduite. Ils arrivèrent enfin à la Tour des vaisseaux. Les sentinelles étaient occupés à souper ; et Mercure qui endort ceux qui veillent, et réveille ceux qui dorment, les plongea dans un sommeil profond : il ouvrit ensuite les partes, et introduisit Priam avec ses présents. Ils arrivèrent à la tente élevée d’Achille, que les Myrmidons lui avaient faite de bois de sapin, qu’ils avaient couverte de joncs coupés dans la prairie, ils l’avaient environnée de pieux ; la porte était fermée par un gros verrou de sapin, et trois Grecs la gardaient : il y avait aussi trois enceintes. Achille y était seul alors. Mercure, auteur des commodités de la vie, ouvrit la porte au vieillard, et ; l’introduisit avec ses présents. Il lui dit ensuite : Je suis Mercure, Dieu immortel, envoyé par Jupiter pour vous servir de guide et vous accompagner : je n’entrerai pas avec vous, et je m’en retourne ; car il ne conviendrait pas que je parusse devant Achille, et qu’il s’aperçût qu’un Dieu immortel favorise ainsi un homme. Pour vous, entrez, embrassez les genoux d’Achille, et priez-le de vous rendre votre fils. Mercure, après ces paroles, s’envola dans l’Olympe. Priam descendit de son char, et y laissa Idée, qui l’avait accompagné. Entré dans la rente d’Achille, il se jeta à ses genoux, et lui demanda Hector. Après plusieurs discours de part et d’autre, Achille accepta les présents de Priam, et lui rendit son fils. Ils convinrent ensuite d’une trêve de douze jours. Priam enfin emmena le corps d’Hector dans son char, avec le secours de Mercure, et l’ayant porté à Troye, il le remit entre les mains des Troyens, qui lui firent des funérailles de la manière suivante. « (Ibid. v. 785 et suiv.) Ils amassèrent les matériaux pendant neuf jours, le dixième, ils levèrent le corps d’Hector en pleurant, le placèrent sur le sommet du bûcher, et y mirent le feu. Le lendemain le peuple s’assembla autour du bûcher, et éteignit le feu avec du vin noir, les frères et les compagnons d’Hector ramassèrent ses os blancs, en versant des larmes abondantes, et les renfermèrent dans un cercueil d’or, qu’ils enveloppèrent d’un tapis de couleur de pourpre. » Il est aisé de voir par ce que nous venons de rapporter, qu’Homère, Auteur de l’histoire de cette guerre, ne prétendait parler de Thétis que comme d’une Déesse, et non comme d’une femme ordinaire, par conséquent qu’elle était pour lui, comme elle doit être pour nous, une personne purement fabuleuse. Il la dit en conséquence fille de Nérée, Dieu marin, parce que Nérée signifie un lieu creux et humide, de , et que le vase philosophique est un creux dans lequel naît Thétis, ou Thétis que les Poètes Grecs prenaient pour la terre (Iliad. Liv. 14.), et les Latins pour la mer, parce que ce nom veut dire nourrice. Junon se vante de l’avoir nourrie, élevée et mariée à Pelée ; c’est la terre philosophique, signifiée par Thétis, qui après avoir demeuré quelque temps dans le vase, épouse la noirceur, c’est-à-dire devient noire, car Pélée vient de , noir. De ce mariage naquit Pyrisous, ou qui sort du feu sain et faut, parce que le feu de la matière réduite en mercure des Philosophes, résiste aux atteintes du feu le plus violent. Dans la suite il prit le nom d’Achille, ce guerrier fier et superbe, qui bravait tous les Chefs des Grecs et des Troyens, il pouvait le faire, puisqu’il était invulnérable, par la raison que nous venons de dire. Il devint amoureux de Briséis, c’est-à-dire, du repos ; car Briséis vient de , je repose ; parce que le mercure philosophique cherche à être fixé. Ce que nous venons de rapporter du dernier Livre de l’Iliade, prouvera clairement à ceux qui ont lu les livres des Philosophes, qu’Homère n’avait en vue que le grand oeuvre, puisqu’il y pense comme eux, qu’il s’exprime de même, et qu’il y donne précisément la description de ce qui se passe dans les opérations de l’élixir, qui est la fin de l’oeuvre, comme il en fait la fin de son Ouvrage. Rappelons-en quelques trais, ce n’est pas s’écarter de notre sujet. Jupiter envoie Iris à Thétis, et Iris descend sur la noire mer : voilà la mer philosophique, ou la matière en dissolution parvenue au noir. Iris trouve Thétis, ou la terre philosophique, assise dans une caverne, c’est-à-dire, dans le vase des Philosophes. Iris représente les différentes couleurs qui paraissent en même temps lorsque la fermentation et la dissolution se fait. Thétis pleurait, c’est la matière qui se réduit en eau. Après avoir oui le sujet de la députation d’Iris, Thétis prend un voile noire, et des habits plus noirs qu’aucun qui fût dans la monde. Les Philosophes appellent le noir qui survient alors à la matière, noir plus noir que le noir même, nigrum nigrius nigro. J’ai rapporté cent textes des Philosophes à ce sujet, je ne les répéterai pas. Thétis partit pour l’Olympe ; Iris la précédait, et l’une et l’autre étaient environnées de la mer. C’est la sublimation de la matière qui commence : cette mer est l’eau mercurielle, au-dessus de laquelle se trouve la terre comme une île. Telle était celle de Crète, où naquit Jupiter, celle de Délos, où Phoebus et Diane vinrent au monde. Elles arrivent devant Jupiter, et Thétis y trouve Saturne, c’est le Saturne philosophique dont nous avons parlé si souvent. Elle y paraît avec un air triste et un habit de deuil, parce que la noirceur est le symbole du deuil et de la tristesse. Jupiter lui dit d’aller trouver son fils Achille, et de l’engager de rendre à Priam le corps d’Hector. Elle se rend auprès de lui, et pendant ce temps-là Iris va trouver Priam, pour le déterminer à aller seul avec Idée dans la terne d’Achille. La matière, avant de quitter le noir, reprend encore les couleurs variées qui avaient d’abord paru, Thétis détermine son fils. Priam se met en chemin avec Idée, c’est-à-dire, la sueur, d’, sueur ; parce que la matière, en se dissolvant, semble tuer. Priam rencontre Mercure, qui prend la conduite de son char ; c’est que le mercure philosophique est le conducteur de l’oeuvre, c’est de lui et par lui que les opérations s’accomplissent. Il prend ses talonnières, parce qu’il est volatil. Elles le portent dans l’air avec le vent : Hermès l’avait dit (Table d’émeraude.) : le vent le porte avec lui, l’air l’a porté dans son ventre. Mercure réveille ceux qui dorment, et endort ceux qui veillent, parce qu’il volatilise le fixe, et fixe le volatil. Il ouvre les portes, et introduit Priam avec tes présents, c’est qu’il est le dissolvant universel, et que dissoudre, en termes même de Chymie, c’est ouvrir. Il laisse Priam, qui entre, et embrasse les genoux d’Achille : le fixe se réunit avec le fixe, et le dissolvant est encore volatil. Priam donne ses présents, qui consistent en tapis, en étoffes et en or : ce sont les différentes couleurs passagères qui se manifestent, l’or, c’est lui-même, ou l’or philosophique. Achille lui rend le corps d’Hector enveloppé dans deux de ces tapis, et les deux plus beaux : ce sont les deux couleurs principales, le blanc et le rouge. Priam s’en retourne à Troye avec le corps de ton fils, et Mercure qui l’attendait, reprend la conduite de son char, par la raison que nous avons dite ci-devant. Ils entrent dans Troye, on dresse un bûcher, on y brûle le corps d’Hector, et l’on ramasse ses os blancs : voilà la couleur blanche, ou l’or blanc des Philosophes. Les Troyens les mettent dans un cercueil d’or, qu’ils couvrent d’un tapis couleur de pourpre : c’est la fin de l’élixir, ou la matière parvenue à la dernière fixité, et à la couleur d’amaranthe ou de pavots des champs, comme le disent les Philosophes. Cette explication serait plus que suffisante pour persuader un homme que le préjuge n’aveugle pas, il ne faut qu’ouvrir les yeux pour en voir la vérité et la simplicité. Mais j’ai affaire à des gens prévenus, il faut plus d’une preuve pour les convaincre ; ne nous laissons dont pas d’en donner. Il ne suffit pas d’avoir prouvé que Thétis est une personne feinte, il faut aussi montrer que Pelée et les autres le sont aussi. Pelée fut, dit-on, fils d’Eaque et de la Nymphes Endeis (Selon Pausanias et le Scholiaste de Pindare et d’Apollodore.), fille de Chiron. Comment pouvait-il se faire qu’Eaque eût épousé la fille de Chiron, puisque ce dernier fut fils de Saturne et de la Nymphe Phillyre, et naquit sans doute avant que Jupiter eût mutilé Saturne ? Quand même on regarderait les uns et les autres comme des personnes réelles, on ne pourrait pas niée qu’il ne se fût écoulé au moins plusieurs siècles depuis la naissance de Chiron jusqu’à Eaque : la fille de ce Centaure devait donc alors être bien vieille. Mais son père est imaginaire, la fille l’est donc aussi, et d’ailleurs Eaque lui-même ne l’est pas moins, puisqu’on le dit fils de Jupiter et de sa Nymphe Egine, et que Jupiter, pour avoir commerce avec cette Nymphe, fut obligé de se métamorphoser en feu. La Fable dit même que Sisyphe s’étant aperçu de la fréquentation de Jupiter et d’Egine, il en avertit Asope, père de cette Nymphe. Jupiter, pour la soustraire à la colère de son père, la métamorphosa en l’Ile qui porte son nom. Il eut dont fallu qu’Egine après sa métamorphose, eut accouché d’Eaque, ce qui serait ridicule à dire, en voulant prendre la chose historiquement, mais prise allégoriquement, le fait n’est pas plus surprenant que la naissance d’Adonis, après la métamorphose de Myrrha et mère, en l’arbre qui porte son nom. Il est bon de remarquer ici que tous les Héros dont nous avons à parler, et dont nous avons fait mention jusqu’ici, sont non seulement tous descendus de Dieux imaginaires et chimériques, mais qu’ils ont cela de commun, que leurs généalogies sont toujours composées de Nymphes, de Filles de l’Océan, ou de quelques Fleuves. Ces généalogies ne montent pas non plus au-delà de cinq ou six générations, et aboutissent presque toutes à Saturne, fils du Ciel et de la Terre. On peur les confronter dans les colonnes suivantes, où l’on trouvera celles des Héros Grecs, et celles des Chefs des Troyens. Pâtis et Hector. Priam. Laomédon. Ilus. Tros. Ericthonius. Dardanus. Jupiter. Electre fut sa mère, et était fille de l’Océan et de Thétis.|Hélène naquit de Léda, femme de Tynde, mais d’un adultère qu’elle commit avec Jupiter changé en Cygne. Léda accoucha en même temps de deux oeufs : de l’un sortirent Pollux et Hélène, de l’autre Castor et Clitemmestre.|Agammemnon et Ménélas. Atrée ou Thyeste. Pélops. Tantale, fils de la Nymphe Plote. Jupiter. Saturne.| Memnon. Tithon et l’Aurore. Ilus. Tros. Ericthonius. Dardanus. Jupiter et Electre. Saturne.|Patrocle. Ménetius. Actor. Neptune.|Achille. Pélée et Thétis. Jupiter et Egine. Saturne.| Patrocle. Ménetius. Japer. Le Ciel et la Terre. Selon Hésiode.|Ajax, fils d’Oilée, un des Argonautes.| Ajax, fils de Télamon. Eaque. Jupiter et Egine. Saturne.|Diomède. Tydée. Oenée. Prothée, à Thèbes. Iliad. I. 14. v. 115.|Ulysse. Laerte. Acrise.| Palamede. Nauplius. Neptune et Amymone. Saturne.|Eurypile. Télèphe. Hercule. Jupiter et Alcmène. Saturne.|Laocoon. Priam. Laomédon. Ilus. Tros. Ericthonius. Dardanus. Jupiter et Electre. Saturne.| Protésilas. Iphicle. Amphitrion. Alcée. Persée. Jupiter et danaé. Saturne.|Philoctere. Paean ou Appolon. Jupiter. Saturne.| Nestor. Nélée et Chloris. Neptune et Tyrus. Saturne.| Idomenée. Deucalion. Prométhée. Japer et Clymene. Le Ciel et la Terre.| Selon Hésiode.| Idomenée. Deucalion. Minos. Jupiter et Europe. Saturne.| Homère, Iliad. Voilà les principaux d’entre les Grecs et les Troyens ; je passe sous silence Ascalaphus et Jalmenus, tous deux enfants de Mars et d’Astioché ; Démophoon, fils de Thésée, Euryalus, fils de Mestiché, Teucet de Télamon, Schédius et Epistropius, fils d’Iphitus : Agapénor du Pilote Ancée : Thespius, Thoas, Tiepolême, Eumélus, Polypete, et tant d’autres, qui étaient fils des Argonautes, ou qui avaient eux-mêmes assisté à l’expédition de la Toison d’or, car il n’est pas surprenant qu’on les ait supposés présents à ces deux expéditions, l’une et l’autre étant une allégorie de la même chose. Le fabuleux n’est pas moins facile à prouvée par la généalogie des femmes, d’où sont sortis ces Héros. Electre, mère de Dardanus, était fille de l’Océan et de Thétis. Aurore, mère de Mèmnon, eut Théa pour mère et Hypérion pour père. Asope, fils de l’Océan et de Thétis, sur père de la Nymphe Egine. Clymene, grand-mère de Ménétius, était aussi fille de l’Océan. Circé, qu’Ulysse connue dans son voyage, était fille du Soleil. Thétis était une Déesse ; Enée fut fils de Vénus, et ainsi des autres. Il est dont absurde de vouloir réaliser des personnages aussi fabuleux que ceux-là. Mais une preuve pour le moins aussi convaincante, se trouve dans les noms des Troyens, des Ethiopiens, et des autres Nations qu’on suppose être venues au secours de Priam. On conviendra sans doute que la langue des Phrygiens et celle des Ethiopiens étaient bien différentes de celle des Grecs, comment est-il donc arrivé, que tous les noms, tant des Troyens que de leurs alliés, se trouvent Grecs, et d’origine grecque ? Le voici : c’est qu’Homère, Auteur de cette allégorie, était Grec. Il lui eut été fort aisé de tirer ces noms des langues Ethiopienne et Phrygienne. Il avait fait dans ces pays un assez long séjour, pour en savoir au moins quelques-uns. Pourquoi ne l’a-t-il dont pas fait ? c’est sans doute qu’il ns voulait pas ajouter cette vraisemblance à une fiction, qu’il ne prétendait pas donner pour une réalité. Il est étonnant que les Historiens et les Mythologues qui sont venus après lui n’aient pas fait cette réflexion. Homère lui-même nous apprend que l’armée des Troyens était composée de troupes de diverses nations, et de différences langues, et qu’ils ne s’entendaient pas les uns et les autres. Nec enim omnium erat una vociferatio, nec una vox, Sed lingua mista erat, è multis nempe locis convocati fuerant. Iliad. 3. v. 437. Il faut dont nécessairement convenir qu’Homère a substitué des noms grecs aux vrais noms que portaient les Troyens et les Ethiopiens, que Memnon amena à leur secours. Mais quelle raison aurait-il pu avoir d’en agir ainsi ? Si un Poète François s’avisait de faire l’histoire du fameux siège de Prague par les Autrichiens, et défendue avec tant de gloire par les Français, après qu’ils eurent abandonné la Bavière, et qu’il donnât des noms français aux assiégeants et aux assiégés ; cette seule chose suffirait aux Lecteurs pour faire naître des doutes sur la réalité de ce siège, on n’aurait certainement aucune foi a ton récit, si quelque Historien ne le rectifiait. Mais que ferait-ce encore si le Poète qui le premier nous aurait laissé ce fait par écrit, faisait descendre cous les Officiers généraux, et les autres à de Mer-Lusine, de Gargantua, de Roland le furieux, de Robert le Diable, de Fierabras, d’Olivier compagnon de Roland, de Jean de Paris, et de quelques autres personnages, qui n’ont jamais existé que dans les Romans ? Quand même il nommerait les villes voisines, les bourgs, les rivières, la situation du camp, qu’il spécifierait jour par jour les travaux des assiégeants, qu’il nommerait ceux qui ont monté la tranchée, l’en croirait-on davantage ? Et si les Historiens postérieurs ne fondaient leur narration d’un tel fait, que sur le récit de ce Poète, ou sur quelque tradition verbale émanée de la fiction de ce même Poète, seraient-ils plus croyables ? Telles sont cependant les choses à l’égard de la ville de Troye, et du siège qu’en firent les Grecs. Hérodote, que Cicéron (Liv. des Loix.) appelle père de l’histoire ; Hérodote, qui était lui-même de l’Asie Mineure, où l’on dit qu’était situé Ilion, ne parle de cette guerre que, d’après Homère, et la tradition verbale de quelques Prêtres Egyptiens. Il doute même du fait, et dit (In Euterpe. c. 118.) : Qu’on ajoute foi, si l’on veut, à Homère et aux vers Cypriens. Pour moi, j’ai voulu m’informer si les faits extraordinaire, peu vraisemblables, et sentant la chimère, que les Grecs racontent s’être passés à Troye, étaient vrais. Termes qui montrent bien le peu de foi qu’il ajoutait a cette histoire, qu’il rapporte néanmoins sur ce qu’il en avait appris par tradition. Il s’efforce cependant d’en prouver le faux, et dit pour cet effet (Ibid. c. 120.) : « Je conjecture qu’Hélène ne fut point à Troye ; car si elle y avait été, lorsque les Grecs furent la revendiquer, les Troyens l’auraient certainement rendue, soit qu’ils eussent forcé Alexandre de la rendre, soit qu’il l’eût fait de bonne grâce. Car Priam, ou ses parents n’auraient pas été assez insensés pour occasionner à leurs enfants et à leurs citoyens, tous les maux dont on les menaçait, uniquement pour faire plaisir à Alexandre, et lui procurer la jouissance d’Hélène. Et quand même ils auraient eu cette idée dans les commencements de cette prétendue guerre, il est à croire, que lorsque Priam aurait vu deux ou trois de ses enfants péris en combattant contre les Grecs, si toutefois on doit en croire les Poètes là-dessus, Priam eût-il eu lui-même Hélène pour concubine, il l’aurait remise aux Grecs pour se garantir de tant de maux. » Hérodote rapporte encore d’autres raisons que l’on peut voir dans son ouvrage, dans lequel il dit positivement que la langue Phrygienne était absolument différente des autres, et rapporte à ce sujet (Liv. II.), qu’avant le règne de Psammétichus en Egypte, les Egyptiens se flattaient d’avoir existé les premiers dans le monde. Que du temps de ce Roi la dispute à ce sujet se renouvela, et qu’elle fut décidée en faveur des Phrygiens sur la preuve suivante. Psammétichus ne trouvant aucun moyen de décider cette question, s’avisa de prendre deux enfants nouveaux-nés de parents obscurs, pauvres, et les donna à nourrir et à élevée à un berger, avec ordre d’en avoir tous les soins possibles, mais de les tenir séparément dans des cavernes écartées, de les faire allaiter par des chèvres, et défense à lui de jamais prononcer un mot qu’ils pussent entendre ; afin que lorsque leurs organes commenceraient à se former, et qu’ils seraient en âge de pouvoir parler, il pût savoir de quelle langue seraient les premiers mots qu’ils prononceraient. La chose s’exécuta : et quand ces deux enfants eurent atteint l’âge de deux ans, le Berger, en ouvrant la porte de l’endroit où étaient ces enfants, les vit tendre les mains, et prononcer distinctement beccos. Le Berger ne dit mot pour lors ; mais voyant qu’à chaque fois qu’il entrait, ils répétaient le même mot, il en avertit le Roi, qui se les fit apporter ; et leur ayant entendu lui-même prononcer beccos, il s’informa à quelle langue pouvait appartenir ce mot. On trouva qu’en langue Phrygienne beccos signifiait du pain ; alors les Egyptiens consentirent à céder aux Phrygiens la gloire d’être plus anciens qu’eux. Puisque la langue Phrygienne était si différente de la langue Egyptienne et de la Grecque, comment est-il arrivé que tous les Troyens et leurs alliés Ethiopiens, Thraces, etc. aient eu tous des noms Grecs ? La raison en est toute simple, c’est qu’ils étaient nés de parents Grecs, c’est-à-dire, de l’imagination des Poètes et des Ecrivains de la Grèce, qui ont parlé de la prise de Troye. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans les suites de cette prétendue guerre, c’est que tous les Héros de part et d’autre, si l’on en excepte un petit nombre, ont disparu avec la ville de Troye, et ont été comme ensevelis sous ses ruines. Hérodote (In vita Homeri.) dit qu’Homère vivait environ cent soixante ans après la guerre de Troye : et Homère ne nous dit pas avoir vu un seul des successeurs de tant de Rois ligués contre Priam. Quoi dont ! en 160 ans la génération de tant de grands hommes a-t-elle pu s’éteindre de manière qu’Homère, dans le pays même, n’en ait vu aucuns restes ? Il nous parle à la vérité de Pyrrhus, fils d’Achille, de Télémaque, fils d’Ulysse, et de quelques autres ; mais il ne dit mot de leurs descendants : ce que les autres Auteurs nous en disent, est si peu capable d’en prouver la réalité, qu’ils la détruisent manifestement par la variété de leurs sentiments à cet égard. Dans quelle incertitude en effet n’est pas un Lecteur, à la vue de toutes ces variétés qui se trouvent dans les pins anciens mêmes a ce sujet ? et que doit-on en conclure ? qu’ils n’ont ainsi varié, que parce qu’ils n’avaient aucune époque réelle, aucun monument subsistant, et aucuns mémoires certains, sur lesquels ils aient pu appuyer leur récit. Chacun trouvait et dans la narration d’Homère, et dans la tradition (qui sans doute y prie naissance) tant de difficultés, et si peu de vraisemblance, que chaque Auteur s’avisa d’ajuster son récit de la manière qui lui parut la plus propre a donner à cette fiction un air d’histoire réelle. Y a-t-il apparence, disait au milieu de Troye même Dion Chrysostome dans une de ses Harangues, que les Grecs revenant chez eux vainqueurs et triomphants, eussent été si mal reçus, qu’il y en eût qui fussent assassinés, pendant que la plupart des autres, chassés honteusement, furent, dit-on, obligés d’aller chercher des établissements dans des pays éloignés ? Comment serait-il arrivé encore que les Troyens vaincus et subjugués, au lieu de se retirer dans les différentes contrées de l’Asie, où ils avaient des amis et des alliés, eussent traversé les mers et passé près des côtes de la Grèce, pour aller fonder des Villes et des Royaumes en Italie, et dont quelques-uns, comme Hélenus, s’établit au milieu de la Grèce ? Il n’y a, dit cet Auteur, aucune vraisemblance, et il faut abandonner la tradition commune. Il est dont à croire que ces prétendus Héros de part et d’autre étaient de même nature que les compagnons de Cadmus ; et qu’ils ont péri de la même manière qu’ils ont été engendrés, c’est-à-dire, que l’imagination des Poètes où ils avaient pris naissance, leur a servi aussi de tombeau. Il suffirait de rapporter ce que dit Hérodote, pour prouver que le calcul de M. l’Abbé Banier est faux, lorsqu’il détermine l’époque de cette guerre à 035 ans après la mort c’Hercule. Je choisis ce seul exemple, pour ne pas multiplier les discussions inutiles. Hérodote dit (In vita Homeri.) qu’Homère vivait environ quatre cent ans avant lui, et cent soixante ans après la guerre de Troye. Le siège de cette ville ne se serait fait par conséquent que cinq cent soixante ans avant Hérodote, et suivant le calcul de M. l’Abbé Banier, Hercule n’aurait précédé Hérodote que de 595 ans. Ce qui ne s’accorde point du tout avec ce que dit ce dernier Auteur (In Euterpe. c. 145.) : « Depuis Dyonisus, qu’on dit fils de Sémelé, fille de Cadmus, jusqu’à moi, dit-il, il s’est écoulé presque seize cent ans, et depuis Hercule, fils d’Alcmène, presque neuf cent. Hercule, selon Hérodote, vivait donc près de trois cens ans avant la prise d’Ilion. » Je laisse au Lecteur à juger, avec ce calcul d’Hérodote, ce qu’il doit penser de celui de M. l’Abbé Banier, tant sur l’époque de la guerre de Troye, que sur celle de l’expédition des Argonautes, à laquelle on dit qu’Hercule y assista.
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