Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Chute des géants Giulio Romano
les dieux de l'Olympe
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre XVI à XXII : Busiris tué. par Hercule, Prométhée délivré, combat avec Archéléoüs, le Centaure Nessus, mort de Cacus, délivrance d’Alceste,Thésée délivré des enfers. Nous avons vu dans le premier Livre, qu’Osiris, avant de partir pour les Indes, donna le Gouvernement de la Phénicie et des côtes maritimes de ses Etats à Busiris, et celui do l’Ethiopie et de la Libye a Anthée. La Fable nous apprend que ce même Anthée fut étouffé par Hercule de la manière que nous venons de le voir ; elle nous dit aussi qu’après cela Busiris expira sous les coups de notre Héros, et que de la Libye, Alcide se transporta en Egypte pour cela. Je ne vois dont pas pourquoi sur un on dit, rapporté par Diodore de Sicile, M. l’Abbé Banier introduit sur la scène un autre Busiris, Roi d’Espagne, tué par Hercule, pour avoir voulu faire enlever par des Corsaires les filles d’Hesperus, frère d’Atlas, Prince de Mauritanie et d’Hespérie. La Fable ne fait aucune mention de cet enlèvement : et d’ailleurs M. l’Abbé Banier a eu bientôt oublié qu’il avait dit, cinq pages auparavant, sur la caution de Bochart, qu’Hercule n’a jamais été en Espagne, et qu’elle n’était pas connue de son temps. Comment peut-il dont se faire qu’Alcide ait tué un Roi qu’il n’a jamais vu, et dont le pays même lui était inconnu ? Comment accorder, outre cela, le règne d’Atlas et celui de Saturne, son frère ? Selon le même Diodore, l’Hercule Egyptien vivait à la vérité du temps d’Osiris, fils de Saturne, mais l’Hercule Grec lui était postérieur de bien des siècles. Si c’est dont à ce dernier qu’il faut attribuer ce qu’on dit d’Hercule par rapport à Atlas, il fallait ou que ce Prince de Mauritanie fût bien vieux, et ses nièces des beautés trop surannées, pour engager Butins d’en envier la possession. En admettant dont pour un moment l’existence réelle de ce Busiris, il me paraîtrait plus vraisemblable de ne pas distinguer Anthée et Busiris tués par Alcide, de ceux que l’on dit l’avoir été par l’Hercule Egyptien; mais il faudrait en même temps ne faire qu’un même homme d’Alcide et d’Hercule Egyptien , et cela n’accommoderait pas le système de M. l’Abbé Banier Ce n’est pas en cela seul qu’il n’est pas conforme à la Fable. Elle dit qu’Hercule se transporta en Egypte, et non en Espagne, pour punir Busiris de son inhumanité. Ce Busiris était, dit-on, fils de Neptune et de Lysianasse. Sa cruauté l’engageait à surprendre tous les étrangers qui abordaient dans son pays, et quand il s’en était saisi, il les immolait à Jupiter. Hercule voulant venger l’inhumanité d’un ennemi si redoutable, se rendit en Egypte. Busiris lui tendit des embûches ; mais Hercule les évita, surprit Busiris lui-même avec Amphidamas son fils, ministre de sa cruauté, et les sacrifia à Jupiter furie même autel où ils avaient coutume de sacrifier les autres. Voila la Fable toute simple ; il n’y est point question d’Atlas, ni des Hespérides, ni des pommes d’or données en récompense à Hercule, pour avoir chassé des Corsaires et tué Busiris. C’est néanmoins de cette dernière manière que M. l’Abbé Banier l’habille. L’histoire du Jardin des Hespérides est tout-à-fait étrangère à celle de Busiris, au moins prise comme histoire, car d’ailleurs ce sont deux allégories de la même chose, l’une à la vérité plus circonstanciée que l’autre. Celle de Busiris ne regarde que le commencement de l’oeuvre, jusqu’à ce que la couleur grise, appelée Jupiter, parole ; au lieu que celle des Hespérides renferme allégoriquement l’oeuvre jusqu’à la fin, comme on peut le voir dans le Livre second, où j’ai expliqué dans un chapitre particulier, tout ce qui regarde l’histoire de l’enlèvement des pommes d’or du jardin gardé par les filles d’Atlas ou d’Hesperus. Busiris était fils de Neptune, par conséquent frère d’Anthée, c’est à-dire, sorti ou né de l’eau. On a dit, par cette raison, qu’Osiris l’avait constitué Gouverneur des côtes maritimes de ses Etats. Quant à sa cruauté, il faut l’expliquer de la même manière et dans le même sens que celle de Diomède, d’Anthée, et la férocité des bêtes dont nous avons parlé. La différence que la Fable y mec, est que Diomède faisait manger a tes chevaux les étrangers qui tombaient entre ses mains, et Busiris les sacrifiait à Jupiter. Le fond est le même, puisque les effets et les suites de cette prétendue cruauté sont toujours la mort de ces étrangers, c’est-à-dire, la putréfaction ou la dissolution de la matière, on dit que Busiris les immolait à Jupiter, parce que la couleur grise, appelé Jupiter pat les Philosophes, suit immédiatement la couleur noire qui se manifeste pendant la putréfaction. Hercule fit subir le même sort à Busiris et à son fils, c’est que l’eau mercurielle ou dissolvant philosophique, signifié par ce fils et ce petit-fils de Neptune, se putréfient aussi avec la matière qu’ils dissolvent, et passent ensemble de la, couleur noire à la couleur grise. Une preuve bien convaincante que mon explication est conforme à l’intention de l’Auteur de cette fable, c’est qu’il dit Busiris fils de Lysianasse, ou de la dissolution, de , et ; car c’est des mêmes mots qu’on a composé celui d’analyse, qui signifie la même chose. Nous avons déjà parlé de Busiris dans le premier Livre ; c’est pourquoi je n’en dirai pas davantage. Isocrate l’a beaucoup loué, et Virgile dit qu’il ne mérite pas de lierre. .... Quis aut Eurysthea durum, Aut illaudati nescit Busiridis aras ? Georg. 1. 3 ; Strabon (Georg. 1. 17.) dit qu’il ne fut ni Roi, ni tyran. CHAPITRE XVII. Prométhée délivré. Hercule était un grand coureur ; de la Grèce il va eu Libye, de Libye en Egypte, d’Egypte aux Monts Caucase ou Hyperborées, et de là dans les autres lieux fort éloignés que nous verrons ci-après. S’il était en effet Général d’armée, suivant l’idée que veut nous en donner M. l’Abbé Banier, il dut faire périr bien des troupes dans des marches aussi longues et aussi difficiles, et quel pays si peuplé eut pu y fournir ? Eurysthée, aux ordres duquel il obéissait, était Roi de Mycènes, mais tous les habitants, même réunis, de ce petit royaume n’auraient pu composer un corps d’armée assez nombreux pour imprimer la terreur aux trois Princes Espagnols aux ordres de Géryon (Je parle ici conformément à la note que M. l’Abbé Banier a mis lui-même dans son tome III. P 396. où il averti le Lecteur, que les Etats de ces Rois de la Grèce se bornaient souvent à une Ville et à quelques Villages des environs.). Supposons même que, conduits par un Général aussi expérimenté que l’était Alcide, ils furent invincibles, à peu près comme la petite armée d’Alexandre le Grand ; il n’était pas possible qu’il n’en périsse beaucoup, soit par la fatigue des marches, soit par les différents combats qu’ils eurent à soutenir. Son armée ainsi affaiblie, et sans recrues (car où les aurait-il prises ? Mycènes était trop éloignée de la Mauritanie, pour en attendre d’Eurysthée ), serait venue à rien. En attendant que M. l’Abbé Banier, ou ceux qui adoptent ses idées, aient trouvé des expédients pour nous dire comment Hercule se tirait de cet embarras et de tant d’autres qui naissaient sous ses pas, qu’il ferait trop long d’examiner ici, et qui d’ailleurs ne font rien à mon système. Je trouve Hercule au Mont Caucase, et je vais voir ce qu’il y fait, sans m’embarrasser comment il y est venu. Hercule était ami de Prométhée depuis bien des siècles, puisqu’ils vivaient ensemble du temps d’Osiris. Hercule avait la Surintendance générale de toute l’Egypte, et Prométhée en gouvernait seulement une partie. Le Nil vint a déborder, et désola cette partie. Prométhée en fut si pénétré de douleur, qu’il se serait tué par désespoir, si Hercule ne lui avoir prêté la main, et n’avoir trouvé le moyen d’arrêter ce débordement par des digues qu’il éleva. Mais si Prométhée survécut a cette douleur, ce ne fut que pour traîner la vie la plus douloureuse et la plus affreuse qui fût jamais. Prométhée vola le feu du Ciel, et le porta sur la terre, pour en faire-part aux hommes. Jupiter résolut de s’en venger, et envoya Mercure se saisir de Prométhée, avec ordre de l’attacher sur le Mont Caucase, où un Aigle, fille de Typhon et d’Echidna, devait lui dévorer éternellement le foie ; car il en renaissait autant chaque nuit, selon Hésiode, que l’Aigle lui en avait dévoré pendant le Jour. Ce même Auteur ne fixe point la durée du supplice de Prométhée ; mais d’autres Anciens le bornent à trente mille ans. Pourquoi M. l’Abbé Banier n’adopte-t-il pas ce dernier sentiment ? Il aurait pu lui servir à déterminer quelques époques historiques, et peut-être le temps de la délivrance de Prométhée serait tombé précisément à celui où il suppose que vivait Alcide. Mais non ; il fait observer (Mythol. Tom. II. pag. 121.) que cette aventure ne doit pas être mise sur le compte d’Hercule de Thèbes, mais du Phénicien ; puisque, dit le même Auteur, Prométhée vivait plusieurs siècles avant Amphitryon. Le même Hésiode ne dit point non plus que Jupiter emprunta le ministère de Mercure, mais qu’il attacha lui-même cet infortuné. Hercule, quoique fils de Jupiter, ne put voir sans pitié son ami dans un tourment si affreux, et aux risques mêmes d’encourir la disgrâce de ce Dieu redoutable, il se mit en devoir de délivrer Prométhée. Il se transporta au Mont Caucase, il tua l’aigle, et le déchaîna. L’amitié ne fut pas sans doute le seul motif qui détermina Hercule : Prométhée lui avait rendu un service signalé, lorsque Hercule fut le consulter avant d’entreprendre l’expédition du Jardin des Hespérides. Hercule suivit ses conseils, et s’en trouva bien. Il y a donc apparence qu’il n’avait pas oublié ce bienfait, et que la reconnaissance eut beaucoup de part dans la démarche qu’il fit pour le délivrer : mais enfin, quelque motif qu’il pût avoir, il y réussit. La parenté de Prométhée indique assez ce qu’il était. Il avait eu pour père Japet, fils du Ciel, et frère de Saturne ; sa mère se nommait Clymene, fille de l’Océan. Je n’entreprendrai point de discuter les différents sentiments des Mythologues au sujet de sa généalogie ; ces discussions n’entrent point dans le plan que je me suis proposé. Je m’en tiens toujours a ce qu’en disent Hésiode, Homère et les plus Anciens, J’ai expliqué plus d’une fois ce que ces anciens Auteurs des Fables ont entendu par Saturne; on fait par conséquent ce qu’il faut entendre par Japet son frère, qui, selon les apparences, vient d’, dissoudre, ramollir, verser, et de , ouvrir, développer ; parce que dans la putréfaction, où la matière est parvenue au noir, appelée Saturne par les Philosophes, la matière s’ouvre, se développe et se dissout ; c’est pour cela que Clymene, fille de l’Océan, est appelée sa femme, parce que les parties volatiles s’élèvent de l’Océan ou mer philosophique, et sont une des principales causes efficientes de la dissolution. Ces parties volatiles ou l’eau mercurielle sont la mère de Prométhée, qui est le soufre philosophique, on la pierre des Philosophes. On dit qu’Osiris lui donna le Gouvernement de l’Egypte, sous la dépendance d’Hercule, parce que l’Artiste, signifié par Hercule, gouverne et conduit les opérations de l’oeuvre. Un débordement désola toute la partie de l’Egypte où commandait Prométhée ; c’est la pierre des Philosophes parfaite, qui se trouve submergée dans le fond du vase. Hercule fut le consulter en allant enlever les pommes d’or du Jardin des Hespérides, parce qu’avant de parvenir à la fin de l’oeuvre, ou à l’élixir parfait, qui sont ces pommes d’or, il faut nécessairement faire et se servir de la pierre du magistère, signifiée par Prométhée. Le feu du Ciel, qu’il enlève, est cette pierre tout ignée, une vraie minière du feu céleste, suivant ces paroles de d’Espagnet Can. 122.) ; « Ce soufre philosophique est une terre très subtile, extrêmement chaude et sèche, dans le ventre de laquelle le feu de nature, abondamment multiplié, se trouve caché.... On l’appelle, à cause de cela, père et semence masculine. ... Que le sage Artiste qui a été assez heureux pour avoir en sa possession cette minière du feu céleste, ait soin de la conserver avec beaucoup de soins. » Il avait dit dans le Canon 121. « Il y a deux opérations dans l’oeuvre, celle par laquelle on fait le soufre ou la pierre, et celle qui fait l’élixir ou la perfection de l’oeuvre. » Ce qui doit s’entendre, quand on ne veut pas le multiplier. Par la première, on obtient Prométhée et le feu céleste qu’il a volé par l’aide de Minerve, et par la seconde, l’Artiste enlève les pommes d’or du Jardin des Hespérides, de la manière que nous l’avons expliqué dans le chapitre que nous en avons fait exprès. Jupiter, pour punir Prométhée de son vol, le condamna à être attaché sur le Mont Caucase, et l’y fit enchaîner par Mercure, ou l’y attacha lui-même ; car l’un et l’autre est fort indifférent, puisque c’est le mercure philosophique qui forme Prométhée, et l’attache à cette montagne de gloire, ou, si l’on veut, Jupiter ; parce que la pierre commence à se fixer et à devenir pierre immédiatement après que la couleur grise, appelée Jupiter, se montre. Le temps du supplice de Prométhée n’était pas déterminé, l’Artiste en effet peut s’en tenir au soufre philosophique, s’il ne veut pas faire l’élixir, ou enlever la Toison d’or et les pommes du Jardin’ des Hespérides ; mais s’il le veut, il faut qu’il entreprenne de délivrer Prométhée ; alors il doit tuer l’aigle qui lui dévore le foie. Cet aigle est l’eau mercurielle volatile ; et comment la tuer ? à coups de flèches. Nous verrons dans le Livre suivant desquelles nature étaient ces flèches d’Hercule. On dit que cet aigle lui dévorait le foie sans cesse, et qu’il en renaissait autant qu’il en dévorait, parce que si l’on ne fait point l’élixir, la pierre une fois fixée resterait éternellement au fond du vase au milieu du mercure, sans en être dissoute, quoique ce mercure soit d’une activité, et l’on peut dire d’une voracité si extrême, que les Philosophes ont pris pour son hiéroglyphe, et lui ont donné le noms de dragon, loup, chien et autres bêtes voraces. Cette idée est aussi venue de l’équivoque des deux mots grecs , qui veut dire aigle, et , insatiable. On a supposé que Prométhée avait été attaché sur un rocher du Mont Caucase, parce que le rocher indique la pierre philosophique, et le nom de Caucase se qualité, et l’estime qu’on doit en faire ; puisque Caucase vient de , se glorifier, se réjouir, comme si l’on disait qu’il fut attaché sur le mont de gloire et de plaisir. Ç’est par la même raison que les Philosophes lui ont donné le nom de pierre honorée, pierre glorifiée, etc. Voyez sur cela Raymond Lulle, Testamentum Attiquissimum, avec son Codicillum. On trouvera sans doute extraordinaire qu’à l’occasion de Prométhée, j’appelle le Mont Caucase un mont de plaisir ; mais on n’en sera pas surpris, si l’on fait attention que le Caucase philosophique est une vraie source de joie et de plaisir pour l’Artiste, qui y est parvenu. Toute cette allégorie de Prométhée n’a rien que de triste, d’effrayant et de révoltant, mais les Philosophes en font souvent de telles. Tous les travaux d’Hercule ne nous représentent que des monstres et des fureurs : lui-même semble ne s’être acquis sa réputation du plus grand des Héros, que par des traits de barbarie et d’inhumanité. Les histoires de Diomède et de Busiris en sont des preuves non équivoques. Mais si on les prend pour des allégories, toute cette férocité s’évanouit ; elles ne présentent alors que des choses fort simples, et qui n’ont été enveloppées dans des nuages si obscurs, que pour les cacher au commun du peuple, et, comme le disent les Philosophes, pour en éloigner ceux qui en font indignes, et qui feraient servir la connaissance qu’ils en auraient, et la chose même, s’ils la possédant, à assouvir toutes leurs passions déréglées. Cette histoire de Prométhée n’a rien qui semble y conduire ; mais si l’on fait attention que l’aigle était fille de Typhon et d’Echidna, on verra bientôt ce qu’elle signifie. C’est d’elle que Basile Valentin dit (12 Clefs.) : « Un oiseau léger méridional arrache le coeur de la poitrine de la bête féroce et ignée de l’Orient. » CHAPITRE XVIII. Combat d’Hercule avec Achéloüs. La Fable nous présente Achéloüs sous plusieurs points de vue différents : premièrement, comme un Roi d’Etolie, selon Alcéus, fils de l’Océan et de la Terre ; et comme un fleuve, qui décharge les eaux dans la mer, près des Iles Echinades. Les uns le disent fils eu Soleil et de la Terre, les autres de Thétis et de la Terre. Quoi qu’il en toit, Achéloüs avait demandé Déjanire en mariage, et Hercule voulait aussi l’avoir. La dispute s’échauffa entre eux ; et Achéloüs crut ne pouvait mieux faire, pour se défendre contre la vigueur et la force d’Hercule, que de prendre la forme de taureau, et fondre sur lui avec impétuosité. Il le fit en effet. Hercule, loin d’en être intimidé, le saisit par les cornes, et les lui arracha. Achéloüs céda, mais comme il voulait ravoir ses cornes, il les redemanda à Hercule, et Achéloüs lui donna la corne Amalthée. Les Anciens comparaient assez communément les fleuves, les rivières, la mer, et même toutes forces d’amas d’eaux, aux taureaux, soit à cause de leur impétuosité, soit à cause do bruit que font les eaux, quand elles s’écoulent avec rapidité, parce que ce bruit a quelques rapports avec les mugissements d’un taureau. C’est de là sans doute que M. l’Abbé Banier a expliqué la fable d’Achéloüs par une digue qu’il suppose avoir été mise par Hercule pour arrêter l’impétuosité d’un fleuve de ce nom. Il explique aussi l’enlèvement des cornes d’Achéloüs changé en taureau, comme si l’on eût détourné un bras du fleuve. Ces explications ne seraient pas mauvaises pour expliquer toute autre fable ; mais elles ne peuvent convenir à celle-ci, où beaucoup d’autres circonstances retient par ce moyen sans être expliquées, et ne peuvent en effet l’être suivant son système. Elle ne dit pas qu’Achéloüs ne se changea qu’en taureau ; il avait pris auparavant celle de dragon, et reprit ensuite celle d’homme, suivant Sophocle (In Trachiniis.) : Ovide en parlant de Prothée dit d’Achéloüs (Métam. 1. 8.). qu’il est tantôt un jeune lion, tantôt un sanglier, puis un serpent, un taureau, une pierre, un arbre, enfin fleuve de feu. Il faut dont juger d’Achéloüs comme dé Prothée ? l’un et l’autre avaient le pouvoir de changer de formes, quand ils le voulaient. Il y a eu à la vérité un fleuve Achéloüs, mais je ne sais pas où M. l’Abbé Banier à pris que quelques Bergères firent naufragé dans une des inondations de ce fleuve, et que cela fit dire qu’elles avaient été changées en ces Iles qu’on nomme Echinades. Il est aisé de se tirer d’embarras, quand on inventé des faits pour servir de fondement à feu explications. Il faut avoir de la bonne foi, et rapporter les choses telles qu’elles sont. Il y aurait plus de gloire à avouer son embarras, qu’a se tirer d’affaire par des faits supposés. Cette fable est des plus simples à expliquer, pour celui qui se ressouviendra de la maniera toute naturelle dont j’ai expliqué les précédentes. Achéloüs était un fleuve, par conséquent de l’eau. Quelques-uns l’ont dit Roi d’Etolie, mais, ce titre ne change point de nature, qui à cause de sa propriété volatile et dissolvante, l’a fait appeler aigle par les Philosophes. Il veut avoir Déjanire, fille d’ oenée, Roi du même pays, elle lui était promise, et même fiancée. Voilà deux Rois d’Etolie en même temps, et de bon accord ensemble, puisque l’un promet sa fille en mariage à l’aune. Comment accorder cela pour l’histoire ? Dans mon système, il n’y a point de difficulté. Achéloüs est l’eau mercurielle simple du commencement de l’oeuvre, oenée est l’eau mercurielle de la seconde opération, c’est ce qui lui fait donner le nom d’oenée, d’, vin. C’est celle-là même que Raymond Lulle appelle vin dans presque tous ses Ouvrages, et Riplée a suivi son exemple dans plus d’un endroit. Achéloüs veut avoir la fille en mariage, et il l’a fiancée, parce que dans l’opération de l’élixir, on unie la fille d’oenée avec l’eau mercurielle. Hercule se présente, et veut la lui enlever, c’est l’Artiste qui veut avoir le résultat de l’oeuvre. On suppose en conséquence un combat entre le mercure et l’Artiste. Achéloüs voyant qu’il ne peut résister à Hercule, se change en serpent ; mais Hercule ayant vaincu l’hydre de Lerne, qui ne différait en rien, pour le fond, d’Achéloüs en serpent, en vint bientôt à bout, et avec les mêmes armes. Achéloüs se changea pour lors en taureau, et en taureau furieux comme celui de Crète ; Hercule le combattit, et lui arracha les cornes, c’est-à-dire, ce qui lui servait de défense. Quelle est la défense du mercure philosophique ? C’est sa volatilité, on la lui arrache en le fixant. C’est aussi ce qu’Ovide a voulu désigner, quand il a dit qu’Hercule ayant arraché les cornes d’Achéloüs, il le terrassa : Admissumque trahens sequitur, depressaque dura Cornua figit humo, meque alta sternit arena. Métam. 1. 9. Fab. I. Achéloüs ne put soutenir la honte d’avoir été vaincu, il se précipita dans l’eau, pour s’y cacher, et les Naïades remplirent sa corne de toutes sortes de fleurs et de fruits, de manière qu’elle devint une corne d’abondance, j’ai déjà dit plus d’une fois que la matière étant fixée, se précipite au fond du vase. On fait ce que signifient les Naïades, et, personne n’ignore que l’élixir parfait ou la pierre philosophale est la vraie corne d’Amalthée, ou la source de -tous les biens. CHAPITRE XIX. Le Centaure Nessus percé d’une flèche par Hercule. Hercule ayant vaincu Achéloüs, n’eut plus de compétiteurs. Il emmenait Déjanire avec lui, lorsqu’il fut arrêté dans son chemin par les eaux débordées et impétueuses, d’un fleuve. Ne sachant comment le traverser, il eut recours au Centaure Nessus, qui savait les gués., et le pria de passer Déjanire de l’autre côté. Nessus y consentit, prit Déjanire sur son dos, et la porta à l’autre rive ; mais en traversant la rivière, la beauté de Déjanire fit impression sur Nessus, au point de l’engager à vouloir lui faire violence, dès qu’il eut abordé le rivage. Déjanire se mit à crier, Hercule l’entendit, et se doutant du dessein de Nessus, il lui décocha une flèche empoisonnée du venin de l’hydre de Lerne, et le tua. Nessus en mourant donna sa robe, teinte de son sang, à Déjanire, qui en fit l’usage que nous verrons dans la suite. Nous avons déjà parlé de ce Centaure, à l’occasion de Junon changée en nuée, il naquit d’Ixion et de cette nuée. Son nom indique ce qu’il était, c’est-à-dire, le mercure au rouge pourpré, puisque , veut dire une robe bordée de pourpre, ce qui marque le temps où la couleur rouge commence à se manifester sur la matière, temps auquel Hercule lui décoche une flèche, après qu’il a passé le fleuve, c’est-à-dire, après que l’eau mercurielle ne peut plus se volatiliser, et l’emporter par l’impétuosité de ces flots. Hercule, dit-on, le tua, parce que la matière est alors fixe. Il donna sa robe, teinte de son sang, à Déjanire ; c’est la matière au blanc, signifiée par Déjanire, qui reçoit la couleur rouge, par l’action du mercure philosophique. Elle la fit porter à Hercule par Lichas, pour ravoir son amour, car elle le soupçonnait de l’avoir abandonnée, pour aimer Iolé, fille d’Euryte. Hercule la vêtit à mais au lieu d’amour, elle lui imprima de la fureur : il tua Lichas, et fit ce que nous dirons, lorsque nous parlerons de sa mort. Lichas domestique, porteur de la robe de Nessus, est le mercure philosophique. Les Philosophes, Trévisan entre autres (Philosoph. des Métaux.), lui donnent le nom de serviteur rouge, et Basile Valentin, avec plusieurs autres, le nomment loup, à cause de sa voracité et de sa propriété résolutive, ce qui convient très bien à Lychas, qui vient de dissoudre, et de fondre, se répandre. On dit que Déjanire devint jalouse d’Iolé, parce que cette Iolé signifie la couleur de rouille qui prend la place de la blanche, d’, rouille des métaux, et de , jouir ; c’est pour cela qu’on a suppose qu’elle avait supplanté Déjanire. On dit Iolé, fille d’Euryte, parce qu’il vient d’, nourriture, corruption, et que la rouille vient de la corruption. Déjanire se tua avec la massue de son amant ; c’est-à-dire, que la matière volatile, représentée par Déjanire, fut alors fixée par la partie fixe : Lychas fut changé en rocher par la même raison. CHAPITRE XX. Mors de Cacus. Il n’y a pas beaucoup de choses à dire sur la mort de Cacus, après les explications que nous avons données jusqu’ici de la mort de ceux qui périrent par les mains d’Hercule. Cacus est dit fils de Vulcain, un brigand, un voleur, un méchant, ce qui même est signifié par son nom, à moins qu’on ne le fasse venir de , brûler, et de , étincelle, qui saute quand on bat le fer rouge ; alors il sera proprement fils de Vulcain, et comme le feu ravage et détruit tout, on l’a personnifié dans Cacus, voleur et brigand, Hercule, selon la Fable, le mit à la raison ; c’est-à-dire, que l’Artiste donne au feu un régime convenable, et l’empêche de gâter la besogne. C’est de lui dont parle d’Espagnet (Can. 21.), lorsqu’il dit : « Le feu est un tyran et an destructeur, prenez bien garde à lui, fuyez ce fratricide qui vous menace d’un péril évident dans tout le progrès de l’oeuvre. » Ovide dit que Cacus avait trois têtes, et qu’il jetait du feu par la bouche et par les narines. On peut voir l’explication de cela dans le chapitre de Géryon, dans celui de Vulcain , et dans ce que nous avons dit du dragon de la Toison d’or, de celui du Jardin des Hespérides, etc. CHAPITRE XXI. Délivrance d’Alceste. Médée ayant persuadé aux filles de Pélias de le couper en morceaux, et de le faire bouillir dans un chaudron pour le rajeunir, Pélias n’en revint pas. Alceste, une des filles de ce malheureux, se retira dans la Cour d’Admete, pour éviter les effets de la fureur d’Acaste, son frère, qui la cherchait pour venger la mort de leur père. Acaste la demanda à Admete, qui en étant devenu amoureux, ne voulait pas la rendre ; mais Acaste ayant pris Admete, après avoir ravagé son pays, Alceste s’offrir au vainqueur pour la rançon de son amant ; elle fut acceptée et immolée. Admete pria Hercule de la lui rendre : ce Héros trouva la mort qui s’en était saisie ; il combattit contre elle, la vainquit, la lia avec des chaînes de diamants, et lui fit promettre de rendre à la belle Alceste la lumière du jour. Je ne conçois pas comment on a pu avoir l’idée d’expliquer historiquement une fable aussi visiblement allégorique que l’est celle-ci. Les circonstances de la mort de Pélias et le combat d’Hercule contre la mort, auraient quelque chose de si ridicule pour l’invention, que cette histoire ne serait bonne qu’à amuser des enfants ; et si M. l’Abbé Banier avait pu pénétrer dans le vrai, il aurait vu que le ministère d’Apollon n’était pas inutile pour le dénouement. Il suffirait, pour donner l’explication de cette fable, de mettre en français la signification des noms des personnes qui y entrent, alors elle serait ainsi : la Mer unique eut pour fille l’Agitation et le Mouvement. Neptune en devint amoureux ; elle consentit à ses désirs, devint grosse, et mit au monde, sur le bord de l’eau agitée et menaçante, deux enfants jumeaux ; savoir, le Noir livide, et le Cruel. Celui-ci chassé par son frère, se retira au milieu, qui nage, et y épousa la Jaunisse, dont il eut douze enfants, tous tués par Hercule, excepté un, lorsqu’ils vinrent au secours du Brillant et lumineux, qui était en guerre avec Hercule, parce qu’il avait refusé a ce Héros la récompense qu’il lui avait promise, lorsqu’il nettoya ses étables. La Jaunisse épousa ensuite le Fort, son oncle, dont elle eut trois fils. Le Fort étant mort, le Noir livide lui succéda. Ce fut lui qui envoya Jason à la conquête de la Toison d’or. Il en emmena Médée, qui persuada aux filles du noir de le couper en morceaux, et de le faire bouillit dans un chaudron : elles le firent ; mais le Noir, leur père, loin de rajeunir, y resta mort. La Force, une de ses filles, se sauva vers celui qui n’avait pas encore été vaincu ; il en devint amoureux, et ne voulut pas la rendre au petit Vaisseau léger, son frère, qui la lui avait demandée. Celui-ci piqué du refus, ravagea le pays de l’amant de la Force, qui ayant été pris, la lui rendit, le frère immola la soeur, et Hercule la délivra. Voici la même fable avec les noms grecs : Salmonée eut une fille nommée Tyro ; Neptune fut épris d’amour pour elle, et ses poursuites ne furent pas vaines. Tyro devint grosse, et mit au monde, sur le bord du neuve Enippée, deux frères jumeaux, Pélias et Nélée. Celui-ci chassé par son frère, se retira a Messene, et y épousa Chloris, dont il eut douze enfants, tous pies par Hercule, excepté un, lorsqu’ils vinrent donner du secours à Augias contre Hercule. Chloris épousa ensuite Crethée, son oncle, et en eut trois enfants. Crethée étant mort, Pélias lui succéda, et envoya Jason a la conquête de la Toison d’or. Il en ramena Médée, qui persuada aux filles de Pélias de le couper en morceaux, et de le faire bouillir dans un chaudron, leur disant que par ce moyen il rajeunirait. Elles le firent, et il resta mort. Alcaste, une de ses filles, se sauva chez Admete, qui en devint amoureux, Acaste, son frère, l’y poursuivit pour venger la mort de ton père. Il la demanda à Admete, qui refusa de la lui rendre, etc. Sur cette généalogie d’Alceste, qu’on se rappelle les explications que nous avons données des différentes fables que nous avons traitées, ce que l’on en faite ensuite la comparaison, on y verra un enfantement sur le bord d’un fleuve, et de quel enfant ? De la couleur noire. On y trouve la mort de ceux qui ont porté du secours à Augias, et l’on fait ce qu’il faut entendre par l’histoire de ce dernier. Jason, neveu du prétendu Pélias, suffit seul pour apprendre à expliquer les deux histoires de son père Eson, et de son oncle Pélias. Pouvait-on mieux exprimer la dissolution de la matière, qu’en la supposant coupée en morceaux ? Dans quel temps, et par qui ? Précisément dans le temps du noir signifié par Pélias et par tes filles, c’est-à-dire, par les parties volatiles qui s’en élèvent. Pélias demeure mort dans le chaudron, parce qu’il n’aurait plus été Pélias dès qu’il n’aurait plus été noir : mais il a un fils qui veut venger sa mort ; ce fils poursuit Alceste, et ravage le pays d’Admete. Le frère des parties volatiles est alors volatilisé avec elles, mais il a un principe fixe, et ce principe, tant qu’il est volatil, ravage le pays qui n’avait pas encore été subjugué, c’est-à-dire, qui n’avait pas encore été volatilisé, il se volatilise alors. Sitôt que le fixe prend la domination, il se met en possession d’Alceste, il l’emmène avec lui, et l’immole, c’est-à-dire, qu’il la ramené au fond du vase, d’où elle s’était sauvée en se volatilisant. Là il l’immole, en la confondant avec la matière en putréfaction, appelée mort. Elle y reste jusqu’a ce qu’Hercule, aidé du secours d’Apollon, combat la Mort, parce que la partie fixe aurifique, qui est l’Apollon des Philosophes, travaille de concert avec l’Artiste, pour faire sortir la matière de la putréfaction, et la tirer des bras de la mort, c’est-à-dire, la faire passer de la couleur noire à la couleur grise. C est alors qu’Hercule la lie avec des chaînes de diamants, et lui fait promettre de rendre à Alceste la lumière de jour : car la surface de la matière est alors parsemée de petites parties brillances, que quelques Philosophes ont appelées yeux de poissons, et d’autres diamants. La lumière du jour, ou la vie à laquelle Alceste est rendue, est la couleur blanche, qui succède à la grise ; car la blanche est appelée lumière, jour, vie, comme nous l’avons vu p’us d’une fois dans les différents textes des Philosophes, que nous avons rapportés à ce sujet dans les fables précédentes. La Mort ne s’en dessaisit que dans ce temps-là ; parce que, suivant Philalèthe (Enarrat. Methodica, pag. 109.) et plusieurs autres, la putréfaction dure jusqu’à la blancheur. Voila le simple et le vrai de cette fable. En vain M. l’Abbé Banier s’efforce-t-il de nous la donner pour une histoire réelle. Toutes les circonstances qu’il rejette comme fabuleuses, étaient très nécessaires pour le fond de l’allégorie ; mais tout est fable pour lui, dès qu’il ne peut l’expliquer suivant ton système. Il fallait que cet Auteur eût bien mauvaise idée des Rois, des Reines et des Princesses qu’il suppose avoir vécu dans ces temps-là. Les Rois étaient tous des tyrans, des meurtriers, des débauchés ; les Reines des femmes prostituées, et les Princesses des filles de joie. Les Auteurs qu’il cite pour ses garants, sont-ils plus croyables que lui à cet égard ? Ils ne furent point témoins oculaires, et ont vécu bien des ficelés après que ces fables ont commencé à cire divulguées. Il avoue lui-même que Pausanias était si crédule, qu’il a farci son histoire de tous les faits qu’il avait appris dans ses voyages, sans en faire aucune critique, et sans s’embarrasser s’ils étaient vrais ou faux. Paléphate, qui est presque toujours le cheval de bataille de notre Mythologue, est, suivant lui, un Auteur très suspect, accoutumé à donner ses idées propres pour le fond des Fables, et a les tournée a sa façon, pour avoir la facilité de les expliquer. Un système appuyé sur un fondement si ruineux, peut-il dont se soutenir ? Je ne voudrais, pour le culbuter, que faire des remarques sur les seules généalogies, on y verrait une infinité d’anachronismes insoutenables : mais comme je ne me suis point proposé dans mon plan de relever tous les faux systèmes inventés pour expliquer les Fables, je les laisse à d’autres, et je continue le mien. CHAPITRE XXII. Thésée délivré des Enfers. Eurysthée n’avait pas donné un moment de relâche à Hercule ; et toujours de plus en plus Jaloux de la gloire que ce héros acquérait par ses travaux immenses, il chercha à lui en procurer un où il pût échouer. Il lui ordonna en conséquence d’aller aux Enfers, et de lui en amener le Cerbère. Hercule ne se le fit pas dire deux fois, et la difficulté de l’entreprise ne fit que ranimer ton courage ; il savait d’ailleurs que son ami Thésée y était détenu, et il était bien aise de l’en retirer. Mais avant de commencer cette expédition, il crut qu’il était à propos de se rendre les Dieux propices, et pour cet effet il éleva un autel à chacun d’eux ; savoir, un à Jupiter, un à Neptune, un à Junon, à Pallas, à Mercure, à Apollon, aux Grâces, à Bacchus, à Diane, à Alphée, à Saturne et à Rhée, il fut ensuite en Etolie, où il but de l’eau d’une fontaine, qu’il nomma Léthé (Demophatus, de rebus Etol.), parce qu’elle avait la vertu de faire oublier tout ce qu’on avait vu et fait auparavant. Ayant donc fait des sacrifices aux Dieux, Hercule se mit en devoir d’exécuter son entreprise, et entra dans l’antre du Ténare ; il passa l’Achétori et les autres fleuves des Enfers, et se rendit enfin à la porte du séjour de Pluton, ou il trouva le Cerbère, ce dragon a trois têtes de chiens, et dont le reste du corps ressemblait à un dragon : il était fils de Typhon et d’Echidna (Hésiod. Théogon.). Comme il était constitué gardien de l’entrée de ce royaume ténébreux, il voulut empêcher Hercule d’y pénétrer. Sa figure monstrueuse n’étonna point Alcide, il combattit le dragon, le lia de chaînes, et continua sa route. Il trouva enfin Thésée et son compagnon Pirithoüs, qui y étaient détenus l’un et l’autre, pour avoir voulu enlever Proserpine. Alcide demanda le retour des deux amis dans le séjour des vivants ; mais Aidonée ne voulut point consentir à celui de Pirithoüs, parce qu’il était descendu aux Enfers de son plein gré. Il laissa dont Pirithoüs assis sur la pierre où il l’avait trouvé, emmena Thésée avec lui, et conduisit en même temps Cerbère à Eurysthée. En traversant l’Achéron, il y trouva un peuplier blanc, en coupa une branche, et s’en fit une couronne. C’est ici où M. l’Abbé Banier déploie son savoir, et fait appeler à son secours Pausanias, Paléphate, et quelques autres Auteurs qu’il ne décrie pas, lorsque leurs idées s’accordent avec les demies, mais il ne fait pas attention que ses explications ne font pas soutenues. Dans le chapitre de Pluton, il le dit Roi d’Espagne, il convient en même temps qu’Aidonée est le même que Pluton, et il dit cependant Aidonée Roi d’Epire (Mythol. T. III. p. 287.). Il l’avait dit ( ibid. p. 277 ) Roi dit Théspotie, et qu’il sur blessé d’un coup de flèche par Hercule, lorsqu’il vint l’interrompre pendant qu’il nettoyait les étables d’Augias. Ainsi voilà Pluton Roi d’Espagne, et Roi d’Epire, car la Thesprotie en faisait partie. Ce sont sans doute ces deux Royaumes qui composaient l’Empire des Enfers. Mais comment accorder cela avec ce que ce savant Mythologue avoir dit des Enfers (Ibid. I. II. L. 4. c. 5. et : suiv.) ? Il les place en Egypte, et prouve que l’idée que nous en donnent les Grecs, est prise de ce qu’en débitaient les Egyptiens, chez qui l’on trouvait l’Achéron ou le lac Achéruse, le Styx, Caron ; les Juges Minos, Eaque et Rhadamanthe, etc. Comment après cela établit l’empire ténébreux de Pluton ou d’Aidonée dans la Grèce et dans l’Espagne ? Pourquoi de tant de voyages faits par Hercule et Thésée dans l’Epire, n’en a-t-on Homme aucun, comme voyage des Enfers, quoique, selon notre Mythologue (ibid. p. 457 ) l’Epire était prise chez les Grecs pour l’Enfer, parce qu’elle était un pays bas par rapport au reste de la Grèce ? M. le Clerc (Biblioth. Univ. T. 6.) avait supposé cela pour se tirer d’embarras. Il paraît que M. l’Abbé Banier a étudié à son école, car ses suppositions sont fréquentes, et le mal est qu’il n’avertit pas que ce sont des suppositions, il les donne comme des faits certains et reconnus. Mais passons là-dessus, et venons a des explications plus simples que les siennes. Il suffirait, pour démontrer que cette histoire du retour de Thésée est une pure fable allégorique, de prouver qu’Hercule et Thésée, prétendu Roi d’Athènes, n’ont pu être contemporains. On dira sans doute qu’il y a eu plusieurs Hercules, mais c’est ce qui reste a prouver. Supposé même qu’il y en ait eu trois, savoir l’Egyptien, l’Idéen et le Grec, auquel attribuera-t-on ce fait ? Ce ne peut être à l’Egyptien, il se serait écoulé trop de siècles entre l’exigence, de Thésée et la sienne. Ce ne pourrait être l’Hercule Idéen, puisqu’il était un de ces Dactyles à qui l’éducation de Jupiter fut confiée. Il faut dont que ce soit le Grec, fils d’Alcmène. Mais le Cerbère, fils de Typhon, aurait-il donc vécu depuis Osiris Jusqu’à l’Hercule de Thèbes ? Comment d’ailleurs Thésée aurait-il pu accompagner Pirithoüs pour enlever Proserpine à Pluton ? Cérès sa mère n’est point distinguée d’Isis, suivant Hérodote ; M. l’Abbé Banier en convient lui-même, comme nous levons vu dans le chapitre de l’enlèvement de Proserpine. Si Cérès est dont la même qu’Isis, Thésée et Alcide n’étaient certainement pas contemporains de Proserpine, il y a eu un intervalle de bien des siècles entre eux ; d’ailleurs l’une était Egyptienne, les autres étaient Grecs. Les généalogies de Thésée et d’Hercule que nous donne M. l’Abbé Banier, ne prouvent rien ; elles sont d’autant plus incertaines, que les Anciens sur lesquels il les établit, ne sont point du tout d’accord entre eux. Plutarque (Vie de Thésée.), et le Scholiaste de Pindare, sur l’Ode 17, disent qu’Alcmène était fille de Lysidice, Apollodore (Bibl. L. 2.) la dit fille d’Anaxo d’autres la font descendre d’ailleurs, et tout ce qu’on peut assurer, c’est que la Fable dit qu’Alcide naquit quelques mois après Eurysthée, fils de Sthénélus, qu’Amphitryon était frère d’Anaxo, nièce de Sthénélus, Amphitryon était oncle d’Alcmene, Sthénélus oncle d’Amphitryon, et qu’il ferait par conséquent contre l’ordre de la nature, et presque impossible, que Sthénélus, grand-oncle de la mère d’Alcide, eut pu engendrer Eurysthée dans le même temps ? qu’Alcmène devint enceinte d’Hercule. Ce n’est pas tout, nous avons prouvé assez clairement dans le chapitre de Persée, qu’il n’était qu’une personne allégorique. L’histoire de Méduse est manifestement fausse, d’e même que la délivrance d’Andromède. Si Persée n’a pas existé, que deviendront Alcée, grand-père prétendu d’Alcmène, bisaïeul d’Hercule, et Sthénélus, frère d’Alcée, également fils de Persée et d’Andromède, par conséquence père du grand-oncle d’Alcide ? De plus, quelle époque certaine nous donnera-t-on, qui puisse prouver que Pélops, fils de Tantale, vivait du temps de Persée, puisqu’il est dit qu’il servit aux Dieux son fils Pélops dans un festin, et que Cérès en mangea l’épaule ? Comment peut-il se faire dans ce cas-là que Mestor, fils de Persée, ait épousé Lysidice, fille de Pélops ? Si M. l’Abbé Banier et les autres Auteurs qu’il prend pour garants de sa généalogie d’Hercule, avaient fait réflexion la-dessus, ils ne l’auraient point donnée avec cette de confiance ; ils y auraient vu un labyrinthe, dont il leur était impossible de se tirer, ils n’auraient osé avancée le voyage de Thésée aux Enfers, et sa délivrance par Hercule, comme une fable, dont le fond était une histoire véritable. C’est vouloir se tromper, et tromper les autres, que de nous donner des fables pures pour des vérités. Le voyage seul de Thésée en Egypte pour combattre le Minotaure, aurait dû faire douter de l’existence de ce Héros, qui s’était, dit-on, proposé Hercule pour modèle, lorsqu’il entendit le bruit que faisaient ses exploits. Le Minotaure n’existait point sans doute du temps d’Hercule, car Eurysthée n’eue pas manqué d’envoyer Alcide pour le lui amener. Il faudrait cependant dire qu’il existait du temps d’Alcide, puisque les Athéniens s’étaient engagés d’envoyer à Minos en Crète sept jeunes garçons et sept jeunes filles, tous les neuf ans, pour être dévorés par le Minotaure, et que Thésée ne fut pas de la première bande, ni de la seconde de ceux qui y allèrent. Mais que doit-on penser de Thésée ? Son nom seul l’indique parfaitement dans mon système ; car il vient de , serviteur, domestique, et c’est le nom que les Philosophes ont souvent donné à leur Mercure. Trévisan (Philos. des Métaux.) l’appelle notre serviteur rouge, Philalèthe et bien d’autres le nomment notre serviteur fugitif, à cause de sa Volatilité. La Fable l’indique assez, en le disant fils de Neptune, puisque c’est une eau mercurielle, elle dit qu’il se proposa Hercule pour modèle, parce que le mercure agit de concert avec l’Artiste. C’est pourquoi la même Fable suppose que Thésée accompagna Hercule quand il fut combattre les Amazones, et qu’Alcide lui donna Hippolyte pour récompense. Que l’on suive Thésée pas à pas dans ses expéditions, et que l’on les compare avec celles d’Hercule, on les trouvera toutes semblables. Il précipita dans l’eau Sciron, qui y précipitât les passants, c’est-à-dire, que la matière devenue fixe comme la pierre, est précipitée an fond de la mer des Philosophes par l’action du mercure, car , signifie du moellon, de la pierre. Hercule précipita aussi la pierre d’Alcyonée, il fit manger Diomède à ses propres chevaux, parce qu’il avait fait subir la même more aux étrangers qui venaient chez lui. Thésée étouffa Cercyon, Hercule étouffa Anthée. Thésée tua Polypemon, surnommé Sinis, qui veut dire mal, perte, dommage, Hercule tua Busiris. Thésée fit mourir un voleur nommé Périphete, fils de Vulcain ; Hercule ôta aussi la vie à un brigand nommé Cacus, fils de Vulcain. Il combattît contre les Centaures, Hercule le fit aussi. Thésée enleva Ariadne, Hercule enleva Déjanire. Ils détruirent l’un et l’autre des brigands ; ils purgèrent l’un et l’autre divers Pays des monstres qui les infestaient. Ils eurent également diverses femmes, qu’ils abandonnèrent pour d’autres. Quelques Auteurs disent que Thésée enleva la belle Hélène, soeur de Castor et de Pollux, et fille de Tyndare. Nous avons déjà parlé de cette Hélène dans le chapitre de Castor et Pollux, et nous en parlerons dans le Livre suivant. L’histoire de Thésée donne beaucoup d’embarras à tous les Mythologues, et M. l’Abbé Banier a raison d’avouer qu’elle fait une des plus considérables difficultés, pour adapter chronologiquement les époques de sa vie sur le rapport des Auteurs. Des faits supposés, et purement allégoriques, ont-ils été inventés pour former une histoire véritable ? On dit que Thésée était du nombre des Argonautes. Il faudrait cependant que Thésée fût très vieux dans le temps de cette expédition, s’il est vrai qu’il enleva Ariadne, qui fut mère de Thoas et grand-mère d’Hypsiphile, dont Jason devint amoureux en allant à la conquête de la Toison d’or. On dit aussi qu’Hercule accompagna Jason. Hercule était plus vieux ; que Thésée, Hercule l’était dont extrêmement dans ce temps-là. On dit d’un autre coté qu’Egée, père de Thésée, épousa Médée ; ce qui ne put se faire qu’après que Jason l’eut emmenée avec lui de la Colchide. De quel âge devait dont être Egée ? Ce n’est pas tout. On avance que Thésée était fort jeune lorsque Egée épousa Médée, et qu’il s’habilla en fille, pour n’être pas découvert par Médée, qui avait dessein de le persécuter : comment aura-t-il dont pu enlever Ariadne ? M. l’Abbé Banier, pour se tirer d’embarras, aime mieux dire que Thésée ne fut pas à Colchos avec Jason, et il ajoute avec beaucoup de confiance, que Thésée vécut jusqu’à la guerre de Troye ; il aurait pu dire même qu’il y assista, et je ne l’aurais pas contredit. Je dis même plus : Thésée était aussi à la conquête de la Toison d’or, quelques temps que l’on puisse supposer s’être écoulés entre l’une et l’autre expédition. Tour cela s’accorde parfaitement avec mon système, puisque la conquête de la Toison d’or et la prise de Troye, ne sont que deux différentes allégories de la Médecine dorée, où Thésée est un des principaux Acteurs, comme on le verra dans le Livre suivant. Il n’est dont pas étonnant que les Mythologues se donnent la torture inutilement pour expliquer ces Fables allégoriques par l’histoire, il leur sera toujours impossible d’en ajuster les époques, de manière qu’elles fassent une histoire suivie, les anachronismes se trouveront à chaque pas, avec quelque soin et quelque adresse qu’on laisse à côté, comme fabuleux, tout ce qu’on ne saurait adapter. M. l’Abbé Banier l’entendait parfaitement. Mais aussi ne nous donne-t-il pas la Fable dans sa pureté, c’est une histoire de sa façon. On doit cependant le louer des recherches savantes qu’il a faites, il ferait à souhaiter qu’elles eussent été faites moins inutilement. Mais revenons au voyage d’Hercule. Quand on sait ce que c’est que le Dragon des Hespérides, celui de la Toison d’or, l’Aigle qui dévorait le foie de Prométhée, le Lion Néméen, etc. tous frères ou soeurs, enfants de Typhon et d’Echidna, on sait ce que c’était que Cerbère, ou le chien à trois têtes, gardien de l’entrée du palais ténébreux de Pluton, ou, si l’on veut, d’Aidonée, qui signifie la même chose, puisqu’il vient d’, qui est un surnom de Pluton, et qui signifie l’enfer, a moins qu’on ne veuille le faire venir d’, brûlant, caustique ; il signifiera pour lors la dissolution qui se fait de la matière philosophique pendant le temps que dure la couleur noire, appelée Enfer par les Adeptes. J’accorderai volontiers a M. l’Abbé Banier que le Cerbère était un dragon renfermé dans un antre, puisque les Philosophes l’appellent communément Dragon ; il est renfermé dans un autre, où il n’y a qu’une ouverture, étant dans le vase philosophique. Il est constitué gardien de la porte des Enfers, car, pour parvenir à la couleur noire, qui est l’entrée de l’oeuvre, ou la clef, il faut nécessairement que la matière se dissolve. Cerbère gardait dont l’entrée des Enfers, comme le Dragon des Hespérides était constitué gardien de la porte du Jardin où croissaient les pommes d’or, et de même qu’un autre dragon gardait aussi la porte de l’endroit où était suspendue la Toison d’or. On voit dans toutes les Fables, que ces monstres sont toujours à la porte. Flamel (Explicat. des Fig. hiérogl.) en a mis deux au lieu d’un, parce qu’il a voulu signifier le combat du, fixe et du volatil. Dans les autres Fables on a supposé qu’Hercule avait tué ces Dragons ; ici on se contente de dire qu’il le lia pour l’emmener à Eurysthée ; mais l’un et l’autre signifient la même chose, puisque lier ou tuer sont des termes métaphoriques synonymes, dont les Philosophes se sont également servis pour marquer la fixité. Northon, dans son ouvrage qui a pour titre, Crede mihi, emploie très souvent le terme lier dans ce sens-là. L’Auteur anonyme du Cato-Chemicus, Arnaud de Villeneuve (Rosarium.) et bien d’autres s’en servent aussi. Il n’aurait pu en effet mener Cerbère à Eurysthée, s’il ne l’avait lié ou tué, dans le sens philosophique. J’en ai dit la raison, lorsque j’ai expliqué ce que c’était qu’Eurysthée et le sanglier d Erymanthe. Après avoir lié le Cerbère, Hercule continua sa route, et rencontra Thésée et Pirithoüs, il emmena le premier avec lui, et laissa l’autre assis sur la pierre où il l’avait trouvé. Pirithoüs est dit avec raison fils d’Ixion, puisque Pirithoüs signifie tentative inutile, et qu’Ixion tenta inutilement d’avoir commerce avec Junon. La même chose arriva à Pirithoüs, lorsqu’il voulût enlever Proserpine. Quand il accompagna Thésée, qu’il enleva Hélène, le sort décida de sa possession en faveur de Thésée, et Pirithoüs n’eut rien. Thésée lui promit seulement de l’aider quand il voudrait enlever une autre femme qui lui plairait. Il le fit à l’égard de Proserpine, et Pirithoüs échoua, quoique accompagné de Thésée, qui serait resté dans l’Enfer avec lui, si Hercule n’était venu l’en délivrer. Voilà le vrai contraste, et la différence qui se trouve entre un chercheur de pierre philosophale et un véritable Philosophe hermétique. Pirithoüs est le portrait du premier, et Hercule l’est du second. Ixion, que la Fable dit ton à propos fils de Phlégyas, de , brûler, n’embrassa qu’une nuée, parce que les Souffleurs n’ont que la fumée, qui semble une nuée pour résultat de leurs, opérations. Le Souffleur, fils d’Ixion, fait aussi des tentatives inutiles, quoiqu’il travaillé quelquefois sur la matière requise, parce qu’il ne suffit, pas d’avoir Thésée pour compagnon, il faut aussi avoir Hercule avec soi. Pontanus (Epistola.) avoue qu’il a été fort long-temps un vrai Pirithoüs, et qu’il a bien erré deux cents fois y quoiqu’il travaillai sur la manière due, mais parce qu’il ignorait la feu philosophique, dont il fut à la fin instruit par la lecture du Traité d’Artéphius. Si l’on brûle la matière, on deviendra un Ixion, fils de Phlégyas, et l’on n’embrassera que la fumée, ou l’on sera un Pirithoüs, on aura pour résultat une masse informe et solide comme une pierre, et l’on restera là, comme il resta sur celle où Hercule le trouva assis. Il n’en est pas de même du véritable Artiste. Quand il travaille sur la véritable matière, il fait ramener Thésée au séjour des vivants, c’est-à-dire, qu’il fait la faire sortir du noir, et la faire passer au blanc, après avoir lié le Cerbère. C’est ce que la Fable a voulu désigner, en disant qu’Hercule se fit une couronne de feuilles de peuplier blanc ; parce que les feuilles de cet arbre sont blanches par dessus, et comme noires par dessous, ce qui est un vrai symbole de la matière philosophique, dont la superficie commence à blanchir, lorsque le dessous est encore noir. Hercule conduisit enfuire le Cerbère à Eurysthée, comme il lui avait mené le lion Néméen son frère, les troupeaux de Géryon, et les autres monstres dont nous avons parlé. C’est à ce sujet qu’on peut appliquer aux Artistes ignorants ces vers de Virgile. .... Facilis descensus Averni : Noctes atque dies patet atri janua ditis, Sed revocare gradum superasque evadere ad auras, Hoc opus, hic labor est ; pauci quas aquus amavit Jupiter aut ardens evexit ad ethera virtus. Aeneid. VI. On peut trouver la vraie matière des Philosophes, qu’ils ont cachée sous des noms si différents, qu’on ne peut guère la découvrir que par les propriétés qu’ils lui donnent. Le studieux Artiste qui aspire à la science hermétique, doit donc bien prendre garde à la différente signification de ces noms équivoques, que les Philosophes emploient dans leurs écrits. Souvent, dit d’Espagnet, ils s’expriment de manière à donner à entendre le contraire de ce qu’ils pensent, non point a dessein de falsifier ou de trahir la vérité, mais seulement pour l’embrouiller et la cacher. Et s’ils se sont appliqués à cacher quelque chose, c’est particulièrement ce rameau d’or dont Enée eut besoin pour entrer dans les Enfers, ce rameau Quem tegit omnis, Lucus, et obscuris claudunt convallibus umbroe ; .................................................................. Ipse volens facilisque sequetur, Si te fata vocant ; aliter non viribus ullis Vincere, nec duro poteris convellere ferro. Virg. AEneid. Lib. VI. Virgile lui-même parle de ces ambages et de ces équivoques en ces termes, un peu au-dessus de ceux que nous avons cités en premier lieu : Talibus ex adito dictis Cumoea Sibylla Horrendas canit ambages, antroque remugit, Obscuris vera involven. Que l’on suive avec attention la relation que fait ce Poète de la descente de son héros aux Enfers, et qu’on la compare ensuite avec ce que ; nous avons dit jusqu’ici, on y trouvera un rapport parfait. Il y met sous les yeux cous les personnages feints des fables que nous avons expliquées, et il les fait trouver sur le chemin d’Enée, suivant la place qu’ils tiennent dans les allégories fabuleuses de la suite des opérations, comme on le verra à la fin du Livre sixième de cet Ouvrage. Ce n’est pas assez de connaître la matière, il faut aussi savoir la travailler ; il faut un Alcide pour cela, et non pas un Pirithoüs ; car Jason n’aurait osé entreprendre la conquête de la Toison d’or, s’il ne l’avait eut avec lui, comme l’a fort bien dit Augurelle: Alter inauratam noto de vertice pellem, Principium velut ostendit, quod sumere possis ; Alter onus quantum subeas. Chrysop. L. 2. Virgile semble avoir voulu indiquer la qualité naturelle de la terre des Philosophes, et la manière de la cultiver, lorsqu’il a dit : Pingue solum primis extemplo à mensibus anni Fortes invertant Tauri. ....... ....... Tunc zephyro putris se gleba resolvit. Georg. I, Je ne fais l’application de ces vers que d’après d’Espagnet, qui était un Philosophe bien en état de les appliquer à propos. Je finis ici ce qui regarde Hercule, et je passe sous silence une infinité d’autres travaux qu’on lui attribue, parce qu’il sera aisé de les expliquée par ceux que j’ai rapportés. On y a vu le portrait de l’Artiste au naturel ; la confiance et la fermeté d’esprit qu’il doit avoir, la patience dans les opérations, et le travail qu’il a à faire. Ce n’est pas un secret de peu de conséquence que l’on cherche ; il mérite bien que l’on se donne des peines et des fatigues pour l’acquérir. Trévisan l’a cherché depuis l’âge de dix-neuf ans jusqu’a soixante-deux. Raymond Lulle ne l’aurait jamais cru vrai, si Arnaud de Villeneuve ne le lui avait prouvé par l’expérience, lorsqu’il se vit hors d’état de répondre aux arguments subtils et aux objections savantes de Raymond Lulle. Avicenne dit lui-même (De anima, Dict. I. cap. 2.) qu’il a usé plus d’huile à étudier la nuit pour apprendre cet art là, que les autres n’ont bu de vin. Il apporte trois arguments pour en prouver la vérité et l’existence, dont le dernier est en ces termes : « Si je ne voyais pas et si je ne touchais pas l’or et l’argent philosophiques, je dirais que le magistère des Philosophes est faux, mais parce que je le vois, je crois, et je sais qu’il est vrai et réel. Comprenez, dit Calid, la vertu, la valeur du magistère, la grâce que Dieu vous fait de vous en donner sa connaissance, et travaillez. Dieu ne vous l’accorde pas pour votre vanité, votre esprit, votre subtilité, il en favorite ceux qu’il lui plaît. Travaillez dont pour sa gloire ; adorez votre Créateur, qui vous accorde une si grande grâce. »
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