Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre X à XV : Le Taureau furieux de l’ile de Crète, les chevaux de Diomède, les boeufs de Géryon, Hercule et les Amazones, Hésione et le monstre marin, Anthée étouffé par Hercule. Plusieurs Auteurs ont confondu ce taureau avec le Minotaure ; Apollodore dit qu’il était le même que celui qui enleva Europe. Neptune, irrité envoya ce taureau, qui jetait du feu par les narines, pour ravager l’île de Crète. Eurysthée envoya Hercule pour délivrer cette Ile de ce taureau, et le lui amener. Hercule toujours prêt à obéir, particulièrement quand il s’agissait de quelque action dont le péril devait augmenter sa gloire, partit, à l’instant ; car il était infatigable. Suivant ces paroles qu’Ovide (Métam. 1. 9. Fab. 3.) lui fait dire : Ego sum indefessus agendo . Il arrive dans l’île ; il cherche l’animal, le combat, le saisit, le lie, et le conduit à Eurysthée. A propos de cette conduite, ou de ces monstres menés par Hercule à Eurysthée, il me vient une réflexion qui aurait sans doute fait perdre aux Mythologues l’envie d’expliquer historiquement ou moralement, ou suivant les principes de la Physique vulgaire, tous les travaux d’Hercule ; la voici. Eurysthée, ordonne à Hercule, non de tuer, d’exterminer, ou d’anéantir tous les monstres contre lesquels il l’envoie combattre, mais de les lui amener. Quel est le Prince dans le monde, dont on n’aurait pas envie de se moquer, risum teneatis antici , s’il donnait des ordres pareils ? Pourrait-on applaudir à un Roi qui enverrait purger les autres pays des monstres furieux qui y ravagent tout, pour en peupler le sien ? On le regarderait lui-même comme un monstre pire que ceux qu’il enverrait chercher. Telle est cependant l’idée que la Fable nous donne d’Eurysthée, et néanmoins pas un seul Auteur ne s’est avisé de décrier ce Roi de Mycènes à ce sujet. Sans doute qu’Eurysthée avait le don de les apprivoiser, ou, qu’il en décorait sa ménagerie : mais il eût fallu autant d’Hercules pour en avoir soin, et les mettre à la raison ; ce Prince n’en avait qu’un, qu’il occupait sans cesse ailleurs. Un taureau qui jette le feu par les narines, un lion furieux descendu de l’orbe de la Lune, un sanglier ; envoyé par une Déesse, ne sont pas des animaux fort aisé à conduire. Je ne vois guère qu’Eurysthée eut pu remplacer Hercule, à moins qu’il ne se soit trouvé pour lors dans son Royaume quelqu’un aussi adroit et aussi intrépide que ceux (M. l’Abbé Banier, Myth. T. III. p. 277 et 278.) qui ne voient dans ce taureau flammivome » qu’un taureau d’une grande beauté ; Eurysthée en aurait eu grand besoin : car le bon Eurysthée, selon le même Auteur, n’était pas trop brave, puisqu’à la vue du sanglier d’Erymanthe, il s’enfuit dans sa chambre, et se ferma, sous la clef. Voilà comment ce Mythologue explique l’endroit de la fable, qui dit qu’Eurysthée se cacha dans un tonneau d’airain. Il paraît que cet Auteur connaissait peu le courage d’Eurysthée ; il lui prête une peur qu’il n’avait point ; car sans doute s’il l’avait eue, il se serait bien gardé de donner de nouveaux ordres semblables à Hercule. Un taureau qui vomit du feu, n’est pas moins à craindre qu’un sanglier. Hercule le lui amena, et la Fable, ne dit pas qu’il s’enfuit à sa vue. Il n’avait garde : il était trop ferme et trop intrépide depuis qu’il s’était mis dans le tonneau d’airain ; le Lecteur en sera convaincu, s’il veut se rappeler tout ce que nous avons dit jusqu’ici de la nature de cet airain et de celle d’Eurysthée. Je le renvoie aussi, pour abréger, à ce que nous avons dit d’un semblable taureau dans le chapitre de la Toison d’Or. Il est bon seulement d’observer que ce taureau avait été envoyé par Neptune, et que ce prétendu Dieu, qu’on explique communément par la mer, doit s’entendre de la mer des Philosophes, ou de leur eau mercurielle, comme nous l’avons prouvé plus d’une fois. CHAPITRE XI. Diomède mangé par ses chevaux. Jusqu’ici Hercule n’avait montré que de la force, du courage et de l’adresse ; il faut qu’il s’arme ici d’un peu d’inhumanité. Eurysthée l’envoie en Thrace pour se saisir de Diomède, qui en était Roi, et lui en amener ses chevaux. Ce Roi plus inhumain que ses chevaux n’étaient féroces, les nourrissait de la chair des étrangers qui abordaient dans son pays. Hercule n’eut aucun respect pour le fils de Mars. Il se saisi de Diomède, le fit manger à ses propres chevaux, en tua après cela quelques-uns, et mena les autres à Eurysthée. Hercule aurait dû, ce me semble, avoir quelques égards pour le Dieu qu’il représentait. Son courage, sa force, son intrépidité et ses autres qualités guerrières le rendaient un second Mars ; mais Hercule ne tenait pas ces qualités de lui. D’ailleurs, Diomède était petit-fils de Junon, et cette Déesse avait persécuté Hercule. Ce Héros n’avait obligation qu’à Pallas, qui l’aidait de ses conseils ; à Vulcain, qui lui fournissait les armes qu’il employait ; et à Mercure, dont le fils lui avait donné des leçons : Mars ne lui tenait par aucun endroit ; aussi éleva-t-il un Autel a Pallas, qui l’avait commun avec Vulcain, et il consacra sa massue à Mercure. Ainsi par vengeance, ou plutôt pour obéir aux ordres d’Eurysthée, Hercule montra de l’inhumanité. Erasme (In Adagio.), dont M. l’Abbé Banier a suivi l’idée, a fait de cette fable une métamorphose. Les chevaux de Diomède sont devenus entre leurs mains, premièrement, des cavales, mais comme il n’y avait guère moins d’embarras pour expliquer historiquement cette fable, ces cavales ont pris une nature humaine. Diomède se voir tout-à-coup père ; ses cavales sont devenues ses filles, et l’on ne fait pas de difficulté découvrir d’infamie, ce père, fils d’un Dieu, en l’accusant d’avoir prostitué ses filles, qui s’engraissaient, dit notre Auteur, aux dépens des victimes étrangères que leur lubricité attirait à la Cour de Diomède. La férocité feinte des chevaux de Diomède, était sans doute la lubricité démesurée de ses filles. Cette qualité n’était-elle pas bien propre à engager Eurysthée d’en envier la possession ? Des filles prostituées devaient faire un grand ornement de sa Cour. Diomède était fils de Mars ; il appartenait par conséquent à la Généalogie dorée des Dieux. Il avait des chevaux furieux ; Hercule se saisit de lui, et le leur fit manger. Les Philosophes ont donné à leur matière tous les noms imaginables, parce qu’elle est le principe de tout. Ils ont pu conséquemment lui donner le nom de cheval dans cette allégorie, puisque Rhasis (Epistola.) l’a aussi employé. La couverture du cheval, dit cet Auteur, est notre manteau blanc, et notre cheval est un lion fort et furieux, couvert de ce manteau. Ce cheval ou lion est notre matière ; dont le manteau est la couleur blanche qui lui survient. Voilà les chevaux féroces de Diomède et de Mars, c’est-à-dire de la pierre parvenue au rouge de pavot, parce que cette couleur suit immédiatement la couleur de rouille, appelée Mars par les Philosophes. Hercule ou l’Artiste saisit Diomède, et le fait manger à ses propres chevaux ; c’est l’opération de l’élixir, où il faut que la matière repasse par la putréfaction et’ la dissolution ; alors Hercule tue une partie de ces chevaux, et mène l’autre à Eurysthée, parce qu’une partie de la matière volatile reste volatile, et l’autre est conduite à Eurysthée, c’est-à-dire est fixée. La férocité et l’ardeur de ces chevaux indiquent l’activité et la pénétration du mercure ; Diomède mangé par ces animaux, est la dissolution du corps fixe des Philosophes. La Fable dit qu’il fut dévoré par ses propres chevaux, parce que le dissolvant et le corps dissoluble sont de même nature, et naissent de la même racine. Car, comme le dit Philalèthe (Enarratio Methodica, cap. de Spiritu, dissolvente.), « aucune eau ne peut dissoudre les espèces métalliques, à moins qu’elle ne soit de même nature, et qu’elle ne soit susceptible de la même matière, et de la même forme. C’est pourquoi l’eau qui n’est point de même espèce que les corps qu’elle doit dissoudre, ne les dissout point d’une dissolution réelle et naturelle. Il faut donc que l’eau leur soit semblable, pour pouvoir les ouvrir, les dissoudre, les exalter et les multiplier.» CHAPITRE XII. Géryon tué par Hercule, qui emmené ses boeufs. Euryqthée ne se contenta pas d’avoir en sa possession le plus beau taureau de l’île de Grèce, le taureau flammivome ; il était envieux de tout, et il s’adressait à Hercule pour satisfaire son envie. Géryon, homme monstrueux, puisqu’il avait trois têtes ou trois corps (fils de Chrysaor (Hésiode, Theogon.), et celui-ci né du sang de Méduse), avait un troupeau de boeufs de couleur de pourpre ; ce troupeau était gardé par un chien à deux têtes, par un dragon qui en avait sept, et par un Vacher nommé Erytion. Eurysthée voulut avoir ces boeufs, et commanda à Hercule d’aller les lui chercher. A la vue de tant de monstres, l’entreprise, eût paru difficile à tout autre qu’à Hercule ; mais il en avait bien vu d’autres, et d’ailleurs il fallait obéir. Il part donc, tue Géryon, les gardiens du troupeau, et conduit les boeufs à Eurysthée. Presque tous les Auteurs qui ont entrepris l’explication de cette fable, varient dans leurs sentiments. Les uns supposant Hercule Général d’armée, disent qu’il défit un Prince qui régnait sur les trois îles, Majorque, Minorque, et Ebuses ; selon d’autres, c’était Tartese, Cadix et Eurithie : ou bien sur trois Princes alliés, regardés comme une même personne, à cause de leur union intime. Un autre trouvant trop de difficulté à supposer réel le voyage d’Hercule en Espagne, a mieux aimé dire que Géryon n’avait jamais régné dans ce Pays-là, mais en Epire, et que c’est là qu’Hercule le défit, et emmena ses boeufs. Que penser de tous ces différées sentiments ? qu’il n’y en a pas un seul de vrai. En vain pour les appuyer cite-on des anciens Auteurs ; leur témoignage prouve seulement qu’ils ont expliqués cette fable de la même façon, et que les Anciens n’en savaient pas plus là-dessus que nos Modernes. M. le Clerc, Bochart, etc. ont voulu l’affiner sur les idées des Anciens. M. l’Abbé Banier adopte tous les sentiments, dès qu’ils favorises son système; et toues les explications de ces Auteurs doivent paraître, et sont réellement fausses, puisque non seulement elles ne donnent point d’éclaircissements probables sur cette fable, mais qu’en en supprimant la plupart des circonstances, ils l’habillent de manière à ne plus la reconnaître. Par exemple, il est dit dans la Fable que Géryon était un homme à trois corps, il n’y est fait aucune mention de troupes ni de combats, et il plaît à ces Auteurs de supposer la défaite de trois corps d’armée. Ce sentiment n’étant pas assez vraisemblable, un autre suppose trois Princes alliés, et soumis à Géryon ; il n’a pas sans doute fait attention qu’il en mettait un de trop, car trois Princes et Géryon font quatre, il eût donc fallu dire, Géryon à quatre corps, et non pas à trois. Géryon étant Roi, avait sans doute des troupes à lui, qui jointes à celles des trois autres, faisaient quatre corps distingués, et alors la chose reviendrait au même. Mais il n’est parlé dans la Fable que d’un troupeau de boeufs appartenant à Géryon ; et quand il serait fait mention de plusieurs, pourrait-on supposer qu’Hercule eut été combattre des troupeaux de boeufs, les prenant, comme un autre Dom Quichotte, pour une armée rangée en bataille ? Ces boeufs d’ailleurs étaient de couleur de pourpre, et gardés par un chien à deux têtes. Dans quel pays en vit-on de pareils ? Parce que les pâturages d’Eurythie ne sont pas propres à nourrir des boeufs, Bochart en conclut que Géryon n’était pas Roi d’Espagne, mais d’Epire. Je demande au Lecteur ce qu’il penserait du raisonnement suivant, fondé sur cette proposition-ci. Louis XV, Roi de France, avait un fort beau lion et une belle lionne ; il en a fait présent au Roi d’Angleterre. Le fait est faux : ou Louis XV, était Roi en Afrique ; car la France ne nourrir point de lions. Mais laissons la de telles absurdités, qui prouvent clairement que l’Auteur de cette fable avait une idée dans laquelle tous ces Mythologues ne voient goutte. La vérité arrache ici un aveu à M. l’Abbé Banier, dont il n’a pas apparemment senti toute la conséquence, à l’égard des explications qu’il donne des autres travaux d’Hercule : Tout ce que les Grecs disent des voyages de leur Hercule en Espagne et à, Cadix, est fabuleux, dit ce Savant Mythologue, tom. 3. page 278. Je prie le Lecteur de ne pas oublier cet aveu. Non, Géryon n’était pas Roi d’Espagne, il ne l’était pas plus d’Epire ; mais il l’était du pays charmant ou régnait Cérès, où fut enlevée Proserpine ; il l’était de Nysa, où fut élevé Bacchus : on peut en voir la description dans les chapitres qui traitent de ces Dieux. C’est là où régnait Géryon ; c’est dans ce beau pays que paissait son troupeau de boeufs, de couleur de pourpre, gardé par le chien Orthrus à deux têtes, et par un Dragon qui en avait sept. Géryon est l’élixir des Philosophes, parvenu à la couleur rouge de pavot, que les Philosophes appellent Roi, parce qu’il est leur or. Il avait trois corps, comme étant composé de trois principes, sel, soufre et mercure. D’ailleurs, ses trois corps qui ne sont qu’un homme, la couleur de ses boeufs, les gardiens de son troupeau, montrent bien que cette histoire prétendue est une pure allégorie. Le chien à deux têtes est de la même race que Cerbère, qui en avait trois ; le Dragon, qui en avait sept, était aussi fils de Typhon et d’Echidna, et l’on sait ce que l’on doit en penser. Mais pour qu’on ne nous accuse pas d’avancer tout cela gratis, voyons si les Philosophes nous fourniront quelques preuves par des allégories approchantes. Hermès dit : « J’ai vu trois têtes, c’est-à-dire trois esprits, nés d’un même père, car elles ne sont qu’un, elles ne composent qu’une même chose, étant de même genre et de même race ; l’une est dans le feu, l’autre dans l’air, la troisième dans l’eau, c’est le soufre, le sel et le mercure. » Hamuel sur Senior dit aussi : notre eau-de-vie est triple, quoiqu’elle ne fasse qu’un, dans lequel sont compris l’air, le feu et l’eau. Cette eau à une âme, que l’on appelle or, et eau divine. Leur père a réuni ces trois têtes, parce qu’elles sont homogènes. On a placé le royaume de Géryon en Espagne, par la même raison qu’on y a mis le Jardin des Hespérides. Un Philosophe anonyme (Cité par Maïer, dans son Arcana arcaniss. p. 233.) a parfaitement bien pris l’idée de l’Auteur de cette fable, lorsqu’il a dit : Par la grâce de Dieu, le père et le fils résident dans un même sujet, et règnent dans un royaume magnifique. Entre leurs deux têtes se montre celle d’un vieillard vénérable, très remarquable par son manteau de couleur rouge de sang. Mais enfin a-t-on jamais vu dans la nature des boeufs de couleur de pourpre, et des boeufs qui, selon la Fable, mangeaient ceux qui logeaient avec eux ? Des boeufs de cette espèce ne sont-ils pas précisément cette matière dissolvante des Philosophes, qui dissout ce qu’on met dans le vase avec elle ? Ne sont-ils pas de la même nature que les chevaux de Diomède ? Les parents de Géryon ne donnent-ils pas bien à entendre ce qu’on en doit penser ? Chrysaor son père, vient de , l’or, et sa mère Callirhoé signifie eau belle et coulante, de , beau, et de , je coule ; parce que la circonstance que l’Auteur de cette Fable a eu en vue, est celle de l’élixir au rouge, où le dissolvant ou eau mercurielle, est une eau coulante qui en est le principe et la mère, qui après avoir dissous l’or philosophique, ou Chrysaor, ils s’unissent ensemble, et de ce mariage naît Géryon. La couleur de soufre ou or des Philosophes, est celle des boeufs, et ces boeufs sont la même chose que le dissolvant qui mange ses hôtes. Pour venir à bout d’enlever ces boeufs, Hercule fût obligé de tuer Géryon, le chien Orthrus, le Dragon, et Erythion qui en avait soin y c’est-à-dire, que pour parvenir à la fixation, signifiée, comme nous l’avons vu, par Eurysthée, il faut tuer ou faire putréfier ensemble les matières qui composent l’élixir. Le chien à deux têtes est le composé du corps dissoluble et du dissolvant ; le dragon à sept têtes sont les sept circulations ou sublimations qui se font avant que le composé devienne fixe. Erythion en est dit le Pasteur, parce qu’il vient , garder, défendre. Mais ce n’était pas assez d’avoir enlevé ces boeufs, il fallait les mener à Eurysthée. Hercule avait bien du chemin à faire, et devait s’attendre à mille obstacles qui s’opposaient à son dessein. Si Bochart avait un peu réfléchi sur le chemin que prit Hercule pour s’en retourner, il n’aurait pas traduit l’Espagne en Epire. Hercule conduisit d’abord ces boeufs d’une île de l’Océan, appelée Gardire, à Tartesse, comme si, l’on disait d’une île flottante à une terre ferme, puisque Gadire vient de , terre, et de , venir et aller. On a vu la même chose de l’Ile de Délos. On dit cette Ile dans l’Océan ou la mer, parce que le mercure philosophique, où flotte l’Ile des Philosophes, se nomme aussi mer par les Adeptes. Libys et Alébion. En chemin faisant, un certain Libys, frère d’Alébion, voulut empêcher Hercule de conduire ses boeufs, Hercule le tua, c’est-à-dire qu’il fixa la partie du composé philosophique qui se volatilisait. Cette volatilisation qui ne peut se faire sans agitation de la matière, est exprimée par ces deux noms de Libys et d’Alébion ; car Libys vient de , distiller, ou , vent qui fait pleuvoir ; il était frère d’Alébion, parce qu’il a été fait d’, errer, être vagabond, d’où l’on a fait , erreur, et de , vie, comme si l’on disait, qui mène une vie errante, aussi la Fable les dit fils de Neptune, c’est-à-dire de la mer des Philosophes. Alcyonée, Géant. En arrivant à l’Isthme de Corinthe, Hercule eut encore à combattre le Géant Alcyonée. Celui-ci s’était armé d’un caillou d’une grosseur extraordinaire, qu’il avait pris dans la mer Rouge ; il le jeta à Hercule, pour l’écraser, mais notre héros para le coup avec sa massue, et tua ensuite le Géant. Le nom seul d’Alcyonée, et l’endroit où il prit le caillou, expliquent ce que l’Auteur a voulu dire, car la pierre philosophale se forme de l’eau rouge mercurielle, que Flamel appelle (Explicat. des fig. hiérogl.) mer rouge, et Alcyonée vient d’, force, s d’, pleuvoir, et de , terre nouvellement travaillée, comme si l’on disait y terre forte, venue de l’eau, et nouvellement ensemencée. Hercule le tua, c’est-à-dire, ôta à cette terre sa volatilité ; il jeta ensuite le caillou dans la mer, parce que cette terre étant fixée, se précipite au fond de l’eau mercurielle. Eryx, fils de Vénus et de Butha. Un certain Eryx, fils de Vénus et de Butha, eut aussi envie des boeufs qu’Hercule conduisait ; mais Hercule le traira comme les autres, Se il faut l’expliquer de la même manière, puisque Eryx signifie retard, et qu’étant fils de Butha, qui vient de , abîme, fond de l’eau, et de Vénus, il ne peut que signifier une matière née de l’eau philosophique. Sa mort prétendue n’est aussi que sa fixation. Hercule, après toutes ces traverses, conduisit enfin son troupeau a Eurysthée, c’est-à-dire, qu’il vint a bout de la perfection de la médecine dorée, en mémoire de laquelle il éleva deux colonnes sur les confins de l’Ibérie, pour indiquer l’élixir au blanc, et l’élixir au rouge. L’une de ces colonnes se nommait Calpen, et l’autre Aliba, elles marquaient la fin de tes travaux, et son repos après tes fatigues ; aussi Calpé signifie beau et glorieux repos, de beau, bon, glorieux ; et de finir, cesser. Aliba vient d’ ; c’est assez et de affermir, fixer, consolider, comme si l’on disait qu’après avoir fini l’oeuvre, on en a assez pour avoir une tranquillité ferme et fiable. Hercule eut bien d’autres obstacles à surmonter, tant en allant pour enlever les boeufs de Géryon, qu’en les conduisant à Eurysthée après les avoir pris. Nous en allons passer quelques-uns en revue, pour faire voir que les moindres circonstances de cette fable contribuent à affermir notre système. Lorsque notre Héros partît de la Grèce pour son expédition, il se trouva un jour si fatigué du chaud et de l’ardeur du Soleil, qu’il s’en irrita contre cet astre, et banda son arc pour darder une flèche contre ce Dieu. Apollon fut étonné de sa témérité ; mais admirant en même temps le courage et la grandeur d’âme d’Hercule, il lui fit présent d’une grande coupe d’or. Pherécydes (Histor. Liv. 3.) dit qu’Hercule s’en servit en guise de gondole, pour traverser l’Océan ; qu’étant sur la mer, les flots faisaient tellement balancer cette gondole, qu’Hercule irrité tira une flèche contre l’Océan même, qui se mit en devoir de l’apaiser, et lui donna en effet satisfaction. On voit bien que cette flèche tirée contre le Soleil, signifie la volatilisation de l’or philosophique, puisque les flèches d’Hercule, de Mercure, de Diane, sont toujours le symbole de la volatilité du dissolvant, ou eau mercurielle. Aussi le Soleil lui donna-t-il une coupe d’or, en récompense de sa grandeur d’âme ; c’est-à-dire à que le courage et la confiance de l’Artiste se trouvent récompensés par l’or des Philosophes, qui est la fin du magistère ; au moyen duquel l’Artiste passé l’Océan, pour parvenir au troupeau de Géryon ; il tire dans ce trajet une flèche contre l’Océan agité, et l’Océan s’apaise. C’est pour marquer que l’eau mercurielle s’agite des le commencement de l’opération de l’élixir, se volatilité, et qu’ensuite son agitation cesse peu à peu, lorsque la matière commence à devenir noire. Alors Hercule entre sur les terres de Géryon, et commencé à combattre pour enlever ses boeufs. CHAPITRE XIII. Hercule combat les Amazones, et enlève la, Ceinture de leur Reine Ménalippe. Après avoir combattu des monstres, Hercule va exercer son courage et sa force contre des femmes. On s’imaginerait d’abord qu’Eurysthée n’ayant pu se défaire d’Hercule, en l’exposant à périr dans les dangers où il l’avait exposé, et dont il était toujours sorti avec gloire, voulut prendre un autre biais pour amollir sont courage. Il savait qu’Hercule n’était pas ennemi du beau sexe, et qu’il ferait d’autant moins de difficultés d’obéir à ses ordres, que les femmes, contre lesquelles il l’envoyait, étaient en réputation de courage et de valeur. D’ailleurs, l’objet de son expédition n’était pas de nettoyer une étable, de courir un an entier après une biche, de faire manger un homme à ses propres chevaux, d’enlever on troupeau de boeufs, niais de se saisir de la ceinture d’une Reine, et d’une ceinture fort au-dessus des autres par sa valeur et sa beauté. Alcide partit sur un vaisseau, et s’associa Thésée pour l’accompagner dans cette expédition. En passant par la Bébrycie, Mygdon et Amycus son frère, voulurent s’opposer au passage de nos Héros, qui après les avoir fait mourir, ravalèrent tout le pays, et en firent présent à Licus, fils de Déiphile, qu’ils avaient amené avec eux. Hercule étant enfin arrivé en présence des Amazones, les combattit, en tua une partie, mis les autres en fuite, prit Hippolyte, ou Antiope, prisonnière, qu’il donna a Thésée, et Mènalippe leur Reine donna la fameuse ceinture pour sa rançon, qu’Hercule porta à Eurysthée. Bien des Auteurs, Strabon entre autres, ont pensé que les Amazones n’ont jamais existé, et que tout ce qu’on en publie se sont que de pures Fables. Une des preuves que M. l’Abbé Banier (Mythol. Tom. III. pag. 290.) apporte de leur existence, d’après les Auteurs qu’il cite pour ses garants, c’est qu’une de leurs Reines, nommée Penthesilée, avait porté du secours à Priam, et fut tuée par Achille. Si nous n’en avions pas de meilleures, nous pourrions souscrire au sentiment de Strabon, puisque Priam, Achille et Pehthesilée sont des personnages purement fabuleux, comme nous le verrons dans le Livre suivant. Quoi qu’il en soit, Hercule n’étant aussi qu’un Héros supposé, les Héroïnes qu’il vainquit doivent l’être. Cette histoire a par elle-même plus l’air d’une allégorie que d’un fait réel. Un Roi lèvera-t-il une armée pour s’emparer d’une ceinture, fut-elle d’or et de diamants ? Les noms seuls de Procella, Prothoé, Eribée, que l’on donne aux Amazones mises en fuite par Hercule, marquent ce qu’on a voulu signifier par elles. Les autres qu’il prit, sont dites compagnes de Phoebus et de Diane. Ce dernier trait suffirait seul pour déterminer l’allégorie à la Médecine dorée. Il faut dont juger les Amazones comme des Muses, des Bacchantes, et des femmes guerrières qui accompagnèrent Osiris ete Bacchus dans leurs expéditions, les unes et les autres ne sont qu’un hiéroglyphe des parties volatiles de la matière du grand oeuvre. Procella fut ainsi nommée de sa grande vitesse ; Prothoé, de son extrême agilité, de , devant, et de , vite, prompt ; Eibée, d’, débat, et de , où , combat, parce qu’il n’y a rien de plus preste et de plus agile que les parties volatiles, et que lorsqu’elles se mêlent au haut du vase, il semble qu’elles se combattent. Ce sont celles que la Fable dit avoir été mises en fuite par Hercule. Celles qu’il prit, étaient Ménalippe leur Reine, Antiope ou Hippolyte, Celene. etc. On dit qu’il les prit, c’est-à-dire qu’il les fixa, et c’est pour cette raison que la Fable les dit compagnes de Phoebus et de Diane, parce que la madère des Philosophes parvenue a : la couleur Olancne, appelée Diane, et à la couleur rouge, nommée Phoebus, est fixe et ne s’enfuit plus, ce qui est exprimé par les noms de ces Amazones, puisque Antiope vient de , qui marque changement, et , suc, humeur, comme si l’on disait, qui n’est plus liquide, mais solide et congelé, parce qu’il faut que la matière, après s’erre dissoute, se congèle et se coagule, pour parvenir au blanc et à la fixation, suivant le précepte de tous les Philosophes, solve et coagula, et ce que dit Calid : (Entretien de Calid et de Morien.) « Lorsque j’ai vu l’eau se coaguler d’elle-même j’ai reconnu la vérité de la science, et de l’art hermétique. » Ménalippe est appelée Reine des Amazones, et donne pour sa rançon la ceinture ornée de pierres précieuses, parce que Ménalippe est elle-même la Reine des Philosophes, et leur Diane, puisqu’elle à pris son nom de , Lune y et de , graisse, embonpoint, c’est-à-dire Lune dans son plein, ou la matière philosophique au blanc parfait. La ceinture qu’elle donne à Hercule pour sa rançon, est un cercle mêlé de blanc, de rouge, et d’autres couleurs, qui se manifestent autour de la matière blanche, dans le temps qu’elle commence à passer du blanc au rouge. Ce cercle est dans le goût de celui que nous avons expliqué en parlant du voile de Proserpine. Hercule porte cette ceinture à Eurysthée : c’est-à-dire, qu’il continue l’oeuvre, et le conduit à sa perfection. Quant au présent qu’Hercule fit d’Antiope ou Hippolyte a Thésée, nous en ferons mention quand nous parlerons de ce ravisseur d’Ariadne. CHAPITRE XIV. Hésione, exposée à un monstre marin, et délivrée, par Hercule. On ne convient pas du temps où Hercule fit cette expédition. Les uns prétendent que c’est en allant attaquer les Amazones, d’autres, après leur défaite, d’autres enfin disent qu’Hercule fut laissé dans la Troade par les Argonautes, lorsqu’il descendit pour chercher le jeune Hylas, qui s’y était égaré en allant puiser de l’eau. Cette diversité de sentiment embarrasse beaucoup les Mythologues, qui ne sauraient en conséquence faire cadrer leurs époques, quand il s’agit d’expliquer la Fable historiquement. M, le Clerc regarde une partie de cette histoire comme réelle, l’autre comme allégorique, et dit en conséquence que le prétendu jeune Prince Hylas ne signifie que du bois, que ce qui a donné lieu, a la Fable, c’est qu’Hercule descendit avec Télamon et ses autres compagnons, du vaisseau des Argonautes, et étant allé couper du bois sur le Mont Ida, ils y firent un vaisseau pour l’expédition de Troye. Le bruit, ajoute-t-il, que le bois faisait en tombant, et dont la forée retentissait, donna lieu à la Fable, qui dit qu’Hercule ne pouvant trouver le jeune Hylas, qu’il aimait tendrement, fit retentir tout le rivage du nom de ton favori, ce qui a fait dire a Virgile : is adjungit Hytam nautae quo fonte relictum Clamassent, ut littus Hyla, Hyla omne sonaret. Eclog. VI. Le Lecteur peut-il être satisfait d’une explication aussi mal concertée ? S’il est vrai que par le jeune et charmant Hylas, on ne doive entendre que du bois, je demande à M. le Clerc, quels charmes et quels attraits pouvoir avoir une planche, une solive, enfin un morceau de bois, pour gagner l’affection qu’Hercule avait conçue pour Hylas ? D’ailleurs y a-t-il apparence que les Argonautes se soient amusés à descendre à terre, pour fabriquer un vaisseau dont ils n’avaient que faire ? Car d’où pouvait être venue à Hercule et à Télamon l’idée de construire un vaisseau, pour aller saccager la ville de Troye ? Ou quel motif pouvait rengager à cette expédition ? La Fable n’en dit pas le moindre mot. Si l’on dit que les Argonautes laissèrent Hercule à terre avec Télamon, et que ces deux Héros voyant leurs compagnons continuer leur voyage sans eux, prirent le parti de fabriquer ce navire, le fait ne serait pas plus vraisemblable. Pour quelle raison, en effet, abandonner ainsi ces ceux Héros ? Et supposé que cela soit arrivé, deux personnes, aidées même de quelques autres, si l’on veut, étaient-elles capables de construire un vaisseau ? Où auraient-ils trouvé les choses nécessaires pour l’équiper ? Etaient-ils assez de monde pour tenter une expédition ? Enfin, pour conclusion, conçoit-on que le bruit fait par un arbre coupé, qui tombe, ait pu faire dire a Virgile et aux Auteurs de cette fable, qu’Hercule aimait si tendrement Hylas, que ne pouvant le trouver, il faisait retentir tout le rivage du nom, de son favori ? La Fable n’est point du, tout conforme à cette explication : elle dit qu’Hylas était allé puiser de l’eau, et que soit qu’il eût été dévoré par quelque bête féroce, ou noyé dans quelque ruisseau, Hercule ne l’apercevant plus, le chercha inutilement. Si cet Hylas ne signifie que du bois, la Fable dit mal-à-propos qu’Hercule ne put le trouver, puisque M. le Clerc lui en fait trouver assez pour fabriquer un vaisseau. Qui croirons-nous donc, de l’Auteur de cette fable ; ou de ton Scholiaste ? Pour moi, je pense qu’il vaut mieux s’en rapporter au premier : le Lecteur jugera si j’ai raison. M. le Clerc n’avait pas tort de regarder l’histoire de cet Hylas comme une allégorie, mais au lieu d’expliquer amplement le mot Hylas par celui de bois, il aurait dû faire attention qu’il pouvait aussi signifier autre chose, puisque , d’où dérive, Hyla, et d’où il vient en effet, veut non seulement dire bois, forêt, mais encore matière dont on fait quelque chose : ce qui a déterminé un bon nombre de Philosophes à employer le terme ylé ou hylé, pour désigner en général la matière de la Médecine dorée, dont ils n’ont pas voulu dire le véritable nom. Je pourrais citer ici plusieurs textes de ces Philosophes, mais je les omets pour abréger. Si quelqu’un en doute, qu’il lise la Théorie du Testament de Raymond Lulle, la page 38 du Traité de Philalèthe, qui a pour titre ; Vera Confectio lapidis phihsophici, in-i12., édition de Londres, 1678. C’est cette matière même des Adeptes, que l’Auteur de la fable a eu en vue sous le nom d’Hylas ; il avait raison de dire qu’Hercule l’aimait tendrement, puisque c’est en elle que les Philosophes mettent toute leur affection. Hylas était descendu pour puiser de l’eau, parce qu’on met la matière dans le vase, pour la faire dissoudre en eau. Hylas est dit jeune, parce que la matière que l’on descend dans le vase doit être fraîche et nouvelle ; car si elle était vieille, de naissance, ou de cueillette, elle ne vaudrait plus rien, suivant ce conseil d’Haimon (a) et de plusieurs autres : n on accipias eam nisi recentem . Hylas se noya, ou fut dévoré par quelque bête féroce, et Hercule ne put le trouver ; car la matière auparavant solide, n’est plus telle lorsqu’elle est dissoute eh eau, sa forme disparaît, sa solidité s’évanouit, et l’Artiste ne l’apercevant plus dans l’état qu’elle avait ayant sa dissolution, peut bien dire allégoriquement qu’elle est noyée, ou que quelque bête féroce a dévoré Hylas, puisque, suivant ce que nous avons vu jusqu’ici, les Philosophes emploient communément l’allégorie de dragons, ou de bêtes féroces, qui dévorent les hommes, pour désigner la solution, ou de la matière par elle-même, ou de leur or par l’action de leur mercure. Il n’est pas non plus surprenant que l’Auteur de cette fable ait supposé qu’Hercule fit retentir le rivage du nom de son cher Hylas, qu’il ne voyait plus. On prendrait mal ces cris, si on les regardait comme des plaintes ; c’était des cris de joie, d’étonnement, tels que ceux que le Trévisan (Philosophie des Métaux, Parabole.) dit avoir fait lorsqu’il vit que son livre a feuillets d’or était dissous, et avait disparu dans la fontaine ; et tels que ceux du Cosmopolite (Parabola.), lorsqu’il vit le fruit de l’arbre solaire fondu, et disparu dans l’eau où Neptune l’avait mis. Alcide alors partie pour Troye, et rencontra Hésione, fille de Laomédon, exposée pour être dévorée par un monstre marin, afin d’apaiser Neptune irrité contre son père, de ce que celui-ci ne l’avait point récompensé du service qu’il lui avait rendu en bâtissant les murs de Troye. Hercule s’offrir de la délivrer, moyennant un attelage de beaux chevaux, admirables pour leur vitesse, et si légers que suivant les Poètes, ils marchaient sur les eaux. Alcide exécuta son entreprise ; mais Laomédon n’ayant pas tenu sa promesse, Hercule le tua, fit épouser Hésione a Télamon, et donna la couronne de Laomédon à Podarce son fils, à la prière de la Princesse, qui le racheta, et qui pour cela fut appelé Priam. Pour avoir l’explication de cette fable, il suffit de la comparer avec celle d’Andromède, exposée aussi à, un monstre marin, et délivrée par Persée, aussi ont-elles le même objet. Neptune ravageait la Troade, parce qu’il était irrité contre Laomédon ; les Néréides, Déesses de la mer, ravageaient l’Ethiopie, parce qu’elles étaient irritées contre Cassiopée, mère d’Andromède. On consulte l’Oracle pour faire céder ces désolations ; même réponse pour l’un et l’autre cas : Cassiopée doit exposer sa fille à la merci d’un, monstre marin, envoyé par les Néréides, ce Laomédon doit exposer la sienne à un semblable monstre envoyé par Neptune. L’une et l’autre le sont en effet. Persée survient, et délivre Andromède ; Hercule se présente, et délivre Hésione. Persée tue ensuite Phinée, et épouse Andromède, Hercule tue Laomédon, et, donne à Télamon Hésione pour épouse. Pourquoi deux fables aussi ressemblances n’ont-elles pas été expliquées de la même façon par nos Mythologues (M. l’Abbé Banier, Mythol. tom. III. pag. 292.) ? Selon eux, dans l’histoire d’Andromède, le monstre était un Corsaire, dont le vaisseau portait le nom de baleine ; dans la fable d’Hésione, ce monstre est la mer même. La première idée n’était pas mauvaise ; un vaisseau peut très-bien être nommé la baleine : mais ]a féconde n’est pas si heureuse, jamais on ne s’est avisé de donner à la mer un nom pareil. Palephate (Livre des choses incroyables.) ne se trouve pas en défaut à cet égard, il s’est mieux soutenu, mais a-t-il mieux réussi ? Pour lui, ces deux monstres sont des Corsaires. Dans la fable d’Andromède, le monstre corsaire fut tué par Persée, dans celle d’Hésione, M. l’Abbé Banier fournit à Hercule les matériaux nécessaires pour élever une digue contre les flots impétueux de la mer. Pour moi qui n’ai pas les talents de Palephate et de M. l’Abbé Banier, pour construire des vaisseaux, et pour élever des digues, je pense qu’il faut expliquée les mêmes faits de la même manière, et beaucoup plus simplement. La fable d’Hésione étant une fuite de celle d’Hylas, reprenons-la où nous l’avons laissée. Nous avons dit que ce jeune Prince, dévoré ou noyé, est la matière philosophique en dissolution, ou dissolue en eau. Le temps de cette dissolution, et de la putréfaction qui la suit, est celui qui a fourni aux Philosophes la matière de toutes les allégories qu’ils ont faites sur les dragons et les monstres, sur les serpents, les boeufs et les chevaux qui dévorent les hommes. Chaque fable nous en a fourni jusqu’ici des exemples variés suivant l’idée de son Auteur. On a dû s’apercevoir qu’elles ne variaient point pour le fond, et qu’elles signifiaient toutes une même chose. Si l’on voulait se donner la peine d’y réfléchir, et de rapprocher les circonstances différentes de chacune, on pourrait n’en faire presque qu’une histoire, où les circonstances seraient à peu près les mêmes, mais rapportées différemment. Un Auteur la dirait passée dans un endroit, et attribuerait le fait à une personne ; l’autre la rapporterait comme passée ailleurs, et faire par un autre. Il se trouverait que l’un aurait ait bien des circonstances que l’autre aurait omîtes : c’est ce que l’on peut remarquer dans la fable que nous expliquons. Il n’y est plus mention d’Hylas, on le laisse submergé, et l’Auteur transporte tout d’un coup Hercule à Troye, sans nous apprendre quel chemin il a pris pour y arriver, ni ce qu il a fait pendant ton voyage. Y est-il abordé par eau ? il y a beaucoup d’apparence, car le Lecteur remarquera, s’il lui plaît, qu’il n’est presque pas une fable où il ne soit parlé de mer, ou de rivière, ou de ruisseau, ou de fontaine, ou de lac. La chose ne pouvait être autrement, la mer ou l’eau mercurielle des Philosophes étant le théâtre de leurs opérations, et leur agent principal. C’est cette même eau, qui est le vrai Neptune, père d’une race si nombreuse ; c’est de lui d’où sortent tous ces monstres et ces dragons, ceux de la Toison d’or, du jardin des Hespérides, Méduse, les Gorgones, les Harpies. etc. Ce sont les parties volatiles, dissolvantes, auxquelles on a donné le nom de femmes qui dansent, chantent, enfantent tant de Héros, ces chevaux ailés, et ces boeufs furieux. Ce sont ces chevaux même si légers, qu’ils marchent sur les eaux, promis à Hercule par Laomédon, pour récompense, en cas qu’il vînt à bout de délivrer Hésione. Il y réussit heureusement, et Laomédon ne voulut pas tenir sa promesse. Ce manque de parole s’explique dans le sens et de la même manière que celui d’Augias envers le même Hercule, qui tua l’un et l’autre pour cette raison. Enfin Hercule abandonne Hylas noyé, ou, comme le dit aussi la Fable, enlevé par les Nymphes, et va trouver le fils d’Ilus. Il fallait bien supposer Laomédon fils d’Ilus ; car Hylas étant noyé ou dissous en eau, cette eau mercurielle s’épaissît, se trouble et forme proprement Ilus ou , un bourbier, d’où naît peu à peu Laomédon, c’est-à-dire, la pierre des Philosophes, ou la pierre qui commande ou qui règne, de , pierre, et je commande, je règne. Entre toutes les filles du sang royal, proposées pour être exposées au monstre marin, le sort choisit Hésione. Elle fut exposée en effet, et Hercule la délivra, c’est-à-dire, que dans la seconde opération, la matière étant en voie de dissolution, ou exposée à l’action du mercure philosophique, signifié par le monstre marin, cette matière se volatilisant monte au haut du vase, et semble par-là être enlevée aux dents meurtrières de ce monstre. A cette délivrance, c’est-à-dire, à la voltaïsation de la matière succède le mariage d’Hésione et de Télamon ; c’est proprement le mariage philosophique du fixe et du volatil, qui se réunissent en une seule matière, après lequel Hercule, à la prière d’Hésione, donne la couronne de Laomédon à Podarce, qui dans la suite fut nommé Priam, parce qu’il avait été racheté, c’est-à-dire, volatilisé du fond du vase où il était retenu. Podarce vient de , pied, et de secourir, comme si l’on disait : secourir un homme lié par les pieds. Priam vient de , racheter. La couronne de Laomédon est la couronne dit Roi des Philosophes, donnée à son fils, c’est-à-dire, à l’élixir sortant de la putréfaction, où il était détenu comme esclave, et en prison ; c’est pourquoi on l’a nommé Priam après qu’il en a été délivré. CHAPITRE XV. Anthée étouffé par Hercule. De Phrygie, Alcide fut en Libye, et y trouva un Géant nommé Anthée, fils de Neptune et de la Terre : il était d’une grandeur prodigieuse, et d’une force extraordinaire ; il habitait les montagnes et les rochers, défiait tous les passants et la lutte, et les étouffait quand ils avaient le malheur de tomber entre ses mains. Hercule accepta le défi d’Anthée ; ils se saisirent : Hercule le terrassa plus d’une fois par terre, et croyait l’avoir tué ; mais toutes les fois qu’Anthée touchait à la terre sa mère, ce Géant y trouvait de nouvelles forces, et recommençait le combat avec plus de vigueur. Hercule s’en aperçu ; et l’ayant soulevé, au lieu de le terrasser comme auparavant, il le soutint en l’air, et le serra si fort, qu’il l’étouffa. Il n’y a point de rôle que M. l’Abbé Banier ne fasse jouer a Hercule. Dans la plupart des explications qu’il donne des travaux de ce Héros, il en fait tantôt un Général d’armée, tantôt un Amiral ; il en fait aujourd’hui un Marchand. « Comme il ( Hercule ) voulait établir une Colonie en Afrique, pour faciliter le commerce, dit l’Abbé Banier (Mythol. Tom. III pag. 281.), il en fut repoussé d’abord par un autre Marchand qui s’était établi dans la Libye, et qui était déjà puissant qu’il n’était pas possible de l’y forcer. » Hercule entre ses mains devient un Prothée. Il était Marchand, il reparaît sous sa forme de Héros. Les circonstances décident de ce qu’il doit devenir : « Car notre Héros, ajoute notre Auteur, l’attira adroitement sur mer, et lui ayant coupé les passages de la terre, où il allait se rafraîchir et reprendre des troupes, il le fit périr. De là est venue la fable d’Anthée, fameux Géant, fils de la terre, qu’il fallut, dit-on, étouffer en l’air, à cause qu’il reprenait de nouvelles forces toutes les fois qu’il était terrassé. » L’Auteur de cette fable n’a pas eu l’esprit dé trouver un nombre de beaux et bons chevaux pour le service d’Hercule à dans cette expédition, M. l’Abbé Banier en aurait fait des galères, comme il avait fait de ceux que Laomédon avait promis à Hercule. Elles n’auraient cependant pas été inutiles dans un combat naval : mais sans doute qu’Hercule avait un bon nombre de vaisseaux, du moins étaient-ils nécessaires à son dessein dans le système de M. l’Abbé Banier. Il n’en est pourtant fait aucune mention dans cette fable, ni même de rien qui puisse les signifier. Il y a dont grande apparence qu’Alcide n’en avait pas besoin. En effet, que lui auraient servi des vaisseaux, pour se mesurer corps a corps avec Anthée, pour le soulever en l’air, et l’étouffer a force de le ferrer ? SI l’explication que donne ce savant Mythologue, est conforme à l’idée de l’inventeur de cette fable. Hercule ne savait pas son métier. Il ne pouvait faire une plus grande faute que d’obliger Anthée de se retirer au port, puisqu’il y trouvait de nouvelles forces pour rafraîchir ses troupes. Est-il à croire qu’un aussi grand Héros ait fait une aussi grande bévue, et cela par trois fois ? Cela ne peut pas être, aussi la Fable n’en dit-elle rien : Elle suppose un combat de lutte, et non un combat naval, un combat d’Homme à homme y et non un combat de troupes : elle dit qu’Hercule terrassa trois fois Anthée, et non qu’Anthée se retira à terre, elle dit qu’Hercule l’éleva en l’air et l’y étouffa, et non qu’il l’attira sur mer, où il le fît périr. En un mot, quelque bien trouvée que soit l’explication de M. l’Abbé Banier, elle n’est point du tout conforme à l’idée que nous présente cette fable. Son objet est infiniment plus simple. Le nom seul d’Anthée peut confondre ce pénétrant Mythologue, puisqu’il signifie proprement tué en l’air, de , sursum, et de , ou , punir, faire périr. Les Fables supposent souvent Alcide vainqueur à la lutte, nous en avons déjà parlé plus d’une fois, mais il est bon d’en dire ici la raison. La lutte est un combat de deux hommes qui se saisissent corps à corps, et chacun fait tout son possible pour terrasser son adversaire : pour en venir à bout, il faut communément faire perdre terre à son adversaire, parce que n’ayant alors aucun point d’appui, il en est plus facilement culbuté. On ne peut pas supposer que l’Auteur de cette fable ait voulu nous donner l’idée d’une vraie lutte entre Hercule et Anthée. Ce dernier, par sa grandeur et sa corpulence énorme, aurait écrasé Hercule par son seul poids. Hercule est supposé extrêmement fort et vigoureux, mais non de la taille d’Anthée, car, suivant même l’Echelle Chronologique de M, Henrion (Eloge de M. Henrion par M. de Boze, t.V. pag. 379, des Mém. de l’Acad. des Inscript.), il n’avait que dix pieds : Anthée au contraire, avec la force que la Fable lui suppose, avait, dit-on, soixante et quatre coudées de hauteur. Hercule ne pouvait embrasser que le pouce d’Anthée, tout au plus sa jambe. Comment aurait-il dont pu non seulement élever de terre une masse si énorme, mais l’y soutenir et l’étouffer en l’air, lui qui ne devait pas aller jusqu’aux genoux d’Anthée ? Il faut dont avoir recours a l’allégorie, et celle-ci, nous explique tous les autres combats de lutte où Hercule a été vainqueur. Anthée est certainement une personne feinte, qui n’a jamais existé que dans l’imagination du Poète, et quoique M. l’Abbé Banier, sur la caution de Plutarque (In Sertorio.), nous dise qu’on a trouvé ses ossements à Tingi sur le décroît de Gibraltar, son existence n’en est pas plus réelle, puisqu’il est dit fils de Neptune et de la Terre, et que tout le monde sait parfaitement bien qu’un tel père et une telle mère n’ont jamais existé sous forme humaine. Mais l’Anthée dont il est ici question, est en effet fils de Neptune et de la Terre, c’est-à-dire, de l’eau et de la terre philosophiques, qui sont le père et la mère du magistère ou de la pierre des Philosophes. Cette pierre ou cet Anthée défie à la lutte tous les étrangers, et écrase contre les rochers qu’il habite tous ceux qui ont la hardiesse de se mesurer avec lui, parce que tout ce qui n’est point de sa nature, lui est étranger et n’a point de prise sur lui : elle est si fixe, que le feu même ne peut la volatiliser, tout ce qu’on peut mêler avec elle d’hétérogène, se perd, et se pulvérise sans effet. Le seul Hercule ou l’Artiste, à qui l’on attribue communément les effets du mercure philosophique, a prise sur elle ; et comme ce mercure est au moins aussi vigoureux que la pierre, quand il s’agit de faire l’élixir, que Philalèthe (Enarrat. Methodica.) appelle la préparation parfaite de la pierre, il faut qu’il se donne un combat de lutte entre eux, c’est-à-dire, que cette pierre si fixe doit être volatilisée et élevée du fond du vase ; plus elle y resterait, plus elle deviendrait fixe, et acquerrait par conséquent de nouvelles forces, tant qu’elle demeurerait avec la Terre, sa mère. Hercule ne viendrait jamais à bout de tuer Anthée, s’il ns lui faisait perdre terre, parce que la matière de l’élixir ne pourra jamais tomber en putréfaction, si elle n’est auparavant volatilisée en toutes ses parties, car il faut pour cela une dissolution parfaite : mais sitôt que la partie fixe et terrestre est volatilisée, Anthée n’a plus de force à recevoir de sa mère ; il faut qu’il succombe aux efforts d’Hercule. C’est à ce sujet que tous les Philosophes disent : Volatilisez le fixe, et fixer ensuite le volatil. Je suis surpris que M. l’Abbé Banier n’ait pas fait attention que l’Anthée dont il est ici question, ne diffère en rien de celui qu’Osiris est supposé avoir établi Gouverneur d’une de ses Provinces, pendant le voyage qu’il fit dans les Indes. Il est dit de l’un et de l’autre, qu’Hercule les fit périr ; ce qui prouve très bien que la Fable Grecque du prétendu Anthée de Tingi, est tirée et imitée de la Fable de l’Anthée Egyptien, et que les deux Hercules ne sont aussi que la même personne ; ce qui est encore prouvé par l’histoire suivante.
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