Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
les dieux de l'Olympe
Chute des géants Giulio Romano
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre XIII : Diane, Mercure et Bacchus. Si je prenais ici Diane pour Isis, il suffirait de renvoyer le Lecteur au Livre premier de cet Ouvrage, où j’ai expliqué ce que la Fable nous a conservé des Dieux de l’Egypte : mais je la considère suivant la Mythologie des Grecs, c’est-à-dire, comme soeur jumelle d’Apollon, et qui naquit avant lui de Latone et de Jupiter, Suivant Homère (Hymn. in Apoll.). Hérodote et Eschyle ne pensent pas là-dessus comme Homère, suivant ce que nous en avons rapporte dans le Chapitre précédent. Des Auteurs ont même avancé que les Arcadiens nommés Proselenes, comme si l’on disait ante-lunaires, existaient en effet avant la Lune, et que Proselene, fils d’un certain Orchomene, régnait en Arcadie lorsque Hercule faisait la guerre aux Géants, temps, disent ces Auteurs, où la Lune se montra pour la première fois (Apol. Arg. 1. I.). Je ne discuterai point ici l’opinion de ceux qui ne sont qu’une même chose de Diane et de la Lune, ou l’Astre qui préside à la nuit. Latone tue-elle sa mère, ou seulement sa nourrice (Hérodot. 1. I.) ? Selon moi, elle fut l’une et l’autre ; et Diane lui servit en effet de sage-femme, lorsqu’elle mit Apollon au monde. Mais frappée, dit la Fable, des douleurs que Latone souffrit pendant cet enfantement, elle demanda à Jupiter de rester toujours vierge, et l’obtint. Elle fut surnommée Lucine, ou qui préside aux accouchements, de même que Junon, aussi soeur aînée et jumelle de Jupiter. On a feint qu’elle se plaisait beaucoup à la chasse, et qu’à son retour elle déposait ton arc et ses flèches chez Apollon (Homer. Hymn. in Dian.). Piquée de ce qu’Orion se vantait d’être le plus habile chasseur du monde, elle le perça d’un coup de flèche. Orphée entre les autres a dit (Hymn. in Dian.) que Diane était Hermaphrodite. Elle est à reconnaître dans les monuments antiques, ou par le croissant qu’elle a ordinairement sur la tête, ou par l’arc et les flèches qu’on lui mettait en mains, et les chiens qui l’accompagnent. Elle est toujours habillée de blanc, et quelquefois on la voit dans un char traîné par deux biches. La Diane d’Ephèse était représentée avec les attributs de la Terre ou Cybèle, ou plutôt la Nature même. Latone est véritablement mère de Diane et d’Apollon : car, suivant tous les Philosophes, le laton ou leton est le principe duquel se forment la Lune et le Soleil Hermétiques. Notre laton, dit Morien, ne sert de rien, s’il n’est blanchi. Maïer a formé le onzième de ses Emblèmes Chymiques, d’une femme accompagnée de deux enfants, l’un représentant le Soleil, l’autre la Lune, et un homme qui lave les cheveux noirs et les habits de cette femme ; les mois suivants sont au dessus : Dealbate Latonam et rumpite libros. Synésius indique expressément (De l’oeuv. Des Philos.) ce que c’est que ce laton, lorsqu’il dit : « Mon fils, vous avez déjà, par la grâce de Dieu, un élément de notre pierre, qui est la tête noire, la tête du corbeau, ou l’ombre obscure, sur laquelle terre comme sur sa base tout le reste du Magistère a son fondement. Cet élément terrestre et sec se nomme laton, leton, taureau, fèces noires, notre métal. » Hermès avait dit dans le même sens : « l’azoth et le feu blanchissent le laton et en ôtent la noirceur. » Enfin ils s’accordent tous à donner le nom de laton à leur matière devenue noire : et d’ailleurs Laton et Latone ne peuvent signifier qu’une et même chose, puisque, suivant Homère (Hymn. I. in Apoll.), Latone est fille de Saturne, et que le laton est également fils du Saturne Philosophique. Apollodore, Callimaque (Hymn. Del. v. 150.), Apollonius de Rhodes (Argonaut. 1.2. v. 712.) et Ovide, la disent fille de Coëus le Titan, ce qui ne change rien dans le fond de mon système, comme on le voit dans les Chapitres de Saturne et de Jupiter. Diane ne pouvait naître qu’à Délos, où Latone s’était réfugiée pour se soustraire aux atteintes du serpent Python. L’étymologie seule des noms explique la chose. Latone signifie oubli, obscurité. Y a-t-il rien de plus obscur et de plus noir que le noir même, pour me servir de l’expression des Philosophes ? Ce noir est le laton ou la Latone de la Fable. Diane est la couleur blanche, clair et brillante ; et Délos vient de , clair, apparent, manifestée On peut donc dire que la couleur blanche naît alors de la noire, puisqu’elle y était cachée, et qu’elle semble en sortir. La Fable a même soin de faire observer que l’Ile de Délos était errante et submergée avant les couches de Latone, et qu’elle fut alors découverte et rendue fixe par le commandement de Neptune. En effet, avant cet accouchement, la Délos Hermétique est submergée, puisque suivant Riplée (12 Portes.), « lorsque la terre se troublera et s’obscurcira, les montagnes seront transportées et submergées dans le fond de la mer. » La fixation qui se fait de la matière volatile dans le temps de la blancheur, indique la fixation de l’île de Délos. Diane perça d’une flèche Orion y fils de Jupiter, de Neptune et de Mercure, qui devenu aveugle fut trouver Vulcain à Lemnos pour être guéri. Vulcain en eut pitié, et l’ayant fait conduire au Soleil levant, Orion recouvra la vue. Quel secours autre que de son art Vulcain pouvait-il donner à Orion ? Et quel était l’art de Vulcain ? N’est-ce pas le feu philosophique ? Ce feu donne à la couleur blanche une couleur aurore ou safranée, qui annonce le lever du Soleil des Philosophes, et qui nous enseigne en même temps par quel art Orion fut guéri. Il fallait que Diane le perçât d’une flèche, et l’arrêtât dans sa courte puisque la partie volatile doit être fixée pour parvenir à ce soleil levant. Orphée parlait en disciple d’Hermès, quand il disait que Diane était Hermaphrodite. Il savait que la rougeur appelée mâle, est cachée sous la blancheur de sa matière, nommée femelle (Philalet. Enarrat. 3. Medic. Gebri.) ; et que l’une et l’autre réunies dans un même sujet, comme les deux sexes dans le même individu, sont un Composé hermaphrodite, qui commence à paraître lorsque la couleur safranée se manifeste. Malgré ce qu’on a pu dire de la passion de Diane pour Endimion, l’opinion la plus commune est qu’elle a conservé sa virginité. On feint cependant qu’elle conçut de l’air et enfant la rosée. Mais une Vierge enfante-t-elle dans l’ordre de la nature, en demeurant néanmoins vierge ? La fiction serait ridicule, si elle n’était pas allégorique. Elle ne peut même convenir qu’aux opérations du grand ouvre. Les Philosophes ont employé la même allégorie pour le même sujet. « Cette pierre, dit Alphidius, habite dans l’air ; elle est exaltée dans les nuées ; elle vie dans, les fleuves ; elle se repose sur le sommet des montagnes. Sa mère est vierge, et son père n’a jamais connu de femmes. Prenez, dit d’Espagnet, une vierge ailée bien pure et bien nette, imprégnée de la semence spirituelle du premier mâle, sa virginité demeurant néanmoins intacte, malgré sa grossesse (Can. 58.), » Suivant Basile Valentin (Azoth des Philos.), c’est une vierge très chaste, qui n’a point connu d’homme, et qui cependant conçoit et enfante. Peut-on méconnaître dans Diane cette vierge ailée de d’Espagnet ? Et l’enfant philosophique qu’elle contait dans l’air, selon l’expression des Disciples d’Hermès, n’est-ce pas cette vapeur qui s’élève de la lune des Philosophes, et qui retombe en forme de rosée, dont le Cosmopolite parle (Novum lum. Chem.) en ces termes ? Nous l’appelons eau du jour, et rosée de la nuit. Enfin si Diane est soeur jumelle d’Apollon, et naît avant lui, c’est que la lune et le soleil philosophiques naissent successivement du même sujet, et que la blancheur doit absolument paraître avant la rougeur. CHAPITRE XIV. Des quelques autres enfants de Jupiter. Ce Dieu est avec raison regardé comme le père des Dieux et des hommes. Il a tellement peuplé le Ciel et la Terre de la Fable, que le nombre de ses enfants est presque infini. Je laisse aux Mythologues le soin de les passer tous en revue ; je ne m’arrêterai qu’à quelques-uns des principaux. I. Mercure. PRESQUE tous les Anciens sont d’accord sur les parents de Mercure. Il naquit de Jupiter et de Maïa, fille d’Atlas, sur le Mont Cyllene ; (Hom. Hymn. in Merc. Virgil AEnéid.) Pausanias dit (In Baeot.), contre le sentiment d’Homère et de Virgile, que ce fut sur le Mont Coricée, près de Tanagris, et qu’il fut ensuite lavé dans une eau ramassée de trois fontaines. D’autres disent qu’il fut élevé sur une plante de pourpier, parce qu’il est gras et plein d’humidité. C’est pour cela sans doute que Raymond Lulle (Theor. Testam. c. 4.) parle de cette plante comme étant de nature mercurielle, de même que la grande lunaire, la mauve, la chélidoine et la mercuriale. Quelques Auteurs ont même prétendu que les Chinois savaient tirer du pourpier sauvage un véritable mercure coulant. Dès que Mercure fut né, Junon lui donna sa mamelle ; le lait en sortant avec trop d’abondante, Mercure en laissa tomber, et ce lait répandu forma la voie lactée. Opis, selon d’autres, eut ordre de nourrir ce petit Dieu, et la même chose lui arriva qu’à Junon. Mercure passa toujours pour le plus vigilant des Dieux. Il ne dormait ni jour ni nuit ; et si nous en croyons Homère (Hom. Hymn. 3. v. 17.), le jour même de sa naissante il joua de la lyre, et le soir du même jour il vola les boeufs d’Apollon. De telles fictions peuvent-elles renfermer quelques vérités historiques ou morales ? et si on les prend à la lettre, tout n’y est-il pas marqué au coin de l’absurde et du ridicule ? Si avec M. l’Abbé Banier, et quelques anciens Mythologues, je regarde Mercure comme un homme réel, comme un Prince Titan, il faudra accuser Homère et les autres de folie, pour avoir feint de telles absurdités inexplicables dans le sens historique et moral : mais si ce père de la Poésie ne délirait pas, il avoir sans doute pour objet de ces fictions quelque vérité qu’il a cachée sous le voile de l’allégorie et de la Fable. Il s’agirait donc de chercher quelle pouvait être cette vérité. Je la trouve expliquée dans les Livres des Philosophes Hermétiques. J’y vois que la matière de leur art est appelée Mercure, et que ce qu’ils rapportent de leurs opérations est une histoire de la vie de Mercure. M. l’Abbé Banier avoue même (Myth. T. II. P 195.) que la fréquentation des Disciples d’Hermès servit beaucoup à ce prétendu Prince, qu’il se fit initier dans tous les mystères des Egyptiens, et qu’enfin il mourut dans leur pays. Voyons donc s’il sera possible d’adapter ce qu’on dit du Mercure de la Fable, au Mercure Hermétique. Maja, fille d’Atlas, et une des Pléiades, fut mère de Mercure, et le mit au monde sur une montagne, parce que le mercure philosophique naît toujours sur les hauteurs. Mais il faut observer que Maja était aussi un des noms de Cybèle ou la Terre, et que ce nom signifie mère, ou nourrice, ou grand-mère. Il n’est donc pas surprenant qu’elle fût mère de Mercure, ou même sa nourrice, comme le dit Hermès (Tab. Smaragd.) : nutrix ejus est terra. Aussi Cybèle était-elle, regardée comme la grand-mère des Dieux, parce que Maja est mère du mercure philosophique, et que de ce mercure naissent tous les Dieux Hermétiques, Mercure après sa naissance fut lavé dans une eau ramassée de trois fontaines ; et le mercure Philosophique doit être purgé et lavé trois fois dans sa propre eau, composée aussi de trois ; ce qui a fait dire à Maïer d’après un ancien (Atalanta fugiens. Embl. 3.) : allez trouver la femme qui lave le linge, et faites comme elle. Cette lessive, ajoute le même Auteur, ne doit pas se faire avec de l’eau commune, mais avec cette qui se change en glace et en neige sous le signe du Verseau. C’est peut-être ce qui a fait dire à Virgile (Loco cit.), que la montagne de Cyllene était glacée, Gelido culmine. L’on voit dans cette allégorie les trois ablutions : la première, en coulant la lessive ; la seconde, en lavant le linge dans l’eau, pour emporter la crasse que la lessive a détachée ; et la troisième dans de l’eau nette et bien claire, pour avoir le linge blanc et sans taches. « Le mercure des Philosophes naît, dit d’Espagnet (Can. 50.), avec deux taches originelles : la première est une terre immonde et sale, qu’il a contractée dans sa génération, et qui s’est mêlée avec lui dans le temps de sa congélation : l’autre tient beaucoup de l’hydropisie. C’est une eau, crue et impure, qui s’est nichée entre cuir et chair ; la moindre chaleur la fait évaporer. Mais il faut le délivrer de cette lèpre terrestre par un bain humide, et une ablution naturelle. » Junon donne ensuite son lait à Mercure ; car le mercure étant purgé de ses souillures, il se forme au-dessus une eau laiteuse, qui retombe sur le mercure, comme pour le nourrir. Les Mythologues prennent eux-mêmes Junon pour l’humidité, de l’air. On représentait Mercure comme un beau jeune-homme, avec un visage gai des yeux vifs, ayant des ailes à la tête et aux pieds, tenant quelquefois une chaîne d’or, dont par un bout attaché aux oreilles des hommes, il les conduisait partout ou il voulait. Il portait communément un caducée, autour duquel deux serpents, l’un mâle, l’autre femelle, étaient entortillés. Apollon le lui donna en échange de sa lyre. Les Egyptiens donnaient à Mercure une face en partie noire et en partie dorée. Le mercure Hermétique a des ailes à la tête et aux pieds, puisqu’il est tout volatil, de même que l’argent-vif vulgaire qui, suivant le Cosmopolite (Dialog. de la Nat. et de l’Alchym.), n’est que son frère bâtard. Cette volatilité a engagé les Philosophes à comparer ce, mercure, tantôt à un dragon ailé, tantôt aux oiseaux, mais plus communément à ceux qui vivent de rapine, tels que L’aigle, le vautour, etc. pour marquer en même temps sa propriété résolutive ; et s’ils l’ont nommé argent-vif et mercure, c’est par allusion au mercure vulgaire. Le coq était un attribut de Mercure à cause de son courage et de sa vigilante, et que chantant avant le lever du soleil, il avertit les hommes qu’il est temps de se mettre au travail. Sa figure de jeune-homme marquait son activité. La chaîne d’or au moyen de laquelle il conduisait les hommes où il voulait, n’était pas comme le prétendent les Mythologues, une allégorie de la force que l’éloquente a sur les esprits ; mais parce que le mercure Hermétique étant le principe de l’or, et l’or le nerf des Arts, du commerce, et l’objet de l’ambition humaine, il les engage dans toutes les démarches qui peuvent conduire à sa possession, quelque épineuses et quelque difficiles qu’elles soient. Nous avons dit d’après les Anciens, que les Egyptiens ne faisaient rien sans mystères. Les Antiquaires le savent, et n’y sont cependant pas assez d’attention, quand ils ont à expliquer les monuments d’Egypte que le temps a épargnés. Les Disciples du père des Arts et des sciences, comme de ces hiéroglyphes mystérieux, se seraient-ils précisément rapprochés du naturel dans les représentations de Mercure, pour tomber dans le mauvais goût ? S’ils lui peignaient le visage moitié noir, moitié doré, souvent avec des yeux d’argent, c’était sans-doute pour désigner les trois principales couleurs de l’oeuvre Hermétique, le noir, le blanc, et le rouge, qui surviennent au mercure dans les opérations de cet art, où le mercure est tout, suivant l’expression des Philosophes ; est in mercurio quidquid quaerunt sapientes : in eo enim, cum eo et per cum perficitur magisterium. Ces yeux d’argent ont frappé un savant Académicien. Il a regardé ces yeux comme un vain étalage de richesse, guidé par le mauvais goût (a). S’il avait pris ses explications dans mon système, il n’aurait pas été si embarrassé pour trouver la raison qui avait fait mettre ces yeux d’argent à la figure de Mercure. Beaucoup d’autres choses qu’il traite de purs ornements, ou qu’il avoue ne pouvoir expliquer, auraient souffert très peu de difficultés, au moins celles qui ne dépendent pas de la pure fantaisie des Artistes, ordinairement très peu instruits des raisons que l’on avait de représentée les choses de relie ou telle manière. M. Mariette se trouve dans le même cas dans son Traité des Pierres gravées. Un seul exemple tiré des Antiquités de M. de Caylus prouvera la chose. Ce Savant infatigable, auquel le Public a tant d’obligations pour les découvertes curieuses qu’il a faites sur la pratique des Arts par les Anciens, nous présente un monument Egyptien qu’il avoue être un Mercure sous la figure d’Anubis, avec une tête de chien ; vis-à-vis de cet Anubis est Orus debout. Ils se regardent l’un et l’autre, placés chacun sur l’extrémité d’une gondole, dont le bout d’Orus se termine en tête de taureau, et celui d’Anubis eu tête de bélier. » Ces deux têtes d’animaux paraissent à M. de Caylus de purs ornements. Mais il n’ignorait pas que le taureau Apis était le symbole d’Osiris, qu’Orus était fils d’Osiris, et que ce père, son fils et le soleil (J’entends le Soleil hermétique, et non pas le sens des Mythologues.) n’étaient qu’une même chose. Il le dit en plus d’un endroit. Il savait même que, le bélier était un des symboles hiéroglyphiques de Mercure, qui, comme le dit le Cosmopolite (Parab.) Philalèthe et plusieurs autres, se tire au moyen de l’acier, que l’on trouve dans le ventre du bélier. Le Mercure des Philosophes est donc représenté dans ce monument sous la figure d’Anubis et du bélier, comme principe de l’oeuvre, et de la manière dont on le tire. Le bélier indique aussi sa nature martiale et vigoureuse. L’or ou le soleil Hermétique y est sous la figure d’Orus et du taureau, symbole de la matière fixe dont on le fait. Ils ne sont donc pas-là pour servir de purs ornements, mais pour compléter l’hiéroglyphe de tout le grand oeuvre. J’ai assez expliqué ce que c’était qu’Anubis dans le premier Livre. Deux serpents, l’un mâle, l’autre femelle, paraissaient entortillés autour du caducée de Mercure, pour représenter les deux substances mercurielles de l’oeuvre, l’un fixe, l’autre volatile, la première chaude et sèche ; la seconde froide et humide, appelées par les Disciples d’Hermès serpents, dragons, frère et soeur, époux et épouse, agent et patient, et de mille autres noms qui ne signifient que la même chose, mais qui indiquent toujours une substance volatile, et l’autre fixe. Elles ont en apparence des qualités contraires ; mais la verge d’or donnée a Mercure par Apollon, met l’accord entre ces serpents, et la paix entre les ennemis, pour me servir des termes des Philosophes. Raymond Lulle nous dépeint très bien la nature de ces deux serpents, lorsqu’il dit (De Quinta. Essent. Dist. 3. de incerat.) : « Il y a certains éléments qui durcissent, congèlent et fixent, et d’autres qui sont endurcis, congelés et fixés. Il faut donc observer deux choses dans notre art. On doit composer deux liqueurs contraires, extraites de la nature du même métal : l’une qui ait la propriété de fixer, durcir et congeler ; l’autre, qui soit volatile, molle et non fixe. Cette seconde doit être endurcie, congelée et fixée par la première ; et de ces deux il en résulte une pierre congelée et fixe, qui a aussi la vertu de congeler ce qui ne l’est pas, de durcir ce qui est mou, de mollifier ce qui est dur, et de fixer ce qui est volatil. » Tels sont ces deux serpents entortillés et entrelacés l’un dans l’autre ; les deux dragons de Flamel, l’un ailé, l’autre sans ailes ; les deux oiseaux de senior, dont l’un a des ailes, l’autre non, et qui se mordent la queue réciproquement. La nature et le tempérament de Mercure sont encore assez clairement indiqués par la qualité de celui qui le nourrir. Mercure, dit-on, fut élevé par Vulcain ; mais il n’eut guère de reconnaissance des soins que ce Mentor prit de son éducation : il vola les outils que Vulcain employait dans ses ouvrages. Avec un caractère aussi porté à la friponnerie, Mercure pouvait-il en rester là ? Il prit la ceinture de Vénus, le sceptre de Jupiter, les boeufs d’Admete qui paissaient sous la garde d’Apollon. Celui-ci voulut s’en venger, et Mercure pour l’en empêcher lui vola son arc et ses flèches. A peine fut-il né, qu’il vainquit Cupidon à la lutte. Devenu grand, il fut chargé de beaucoup d’offices. Il balayait la salle où les Dieux s’assemblaient. Il préparait tout ce qui était nécessaire ; portait les ordres de Jupiter et des Dieux. Il courait jour et nuit pour conduire les âmes des morts aux Enfers, et les en retirer. Il présidait aux assemblées : en un mot il n’était jamais en repos. Il fut l’inventeur de la lyre, ajusta neuf cordes à une écaille de tortue qu’il trouva sur le bord du Nil, et détermina le premier les trois tons de Musique, le grave, le moyen et l’aigu. Il convertit Batte en pierre de touche, tua d’un coup de pierre Argus, gardien d’Io changée en vache. Strabon dit (Geog. 1. 17.) qu’il donna des lois aux Egyptiens, enseigna la Philosophie et l’Astronomie aux Prêtres de Thèbes. Mardis Manilius, qui est du même sentiment (Astron. 1, I.), assure aussi que Mercure posa le premier les fondements de la Religion chez les Egyptiens, en institua les cérémonies, et leur découvrit les causes de beaucoup d’effets naturels. Que conclue de tout ce que nous venons de rapporter ? Faut-il encore répéter ce que j’ai dit fort au long de Mercure dans le premier Livre ? Oui, tout dépend de Mercure ; il est le maître de tout ; il est même le patron des fripons, c’est-à-dire de ces Charlatans et de ces Souffleurs, qui, après s’être ruinés à travailler sur les matières qu’ils appellent mercure, cherchent à se dédommager de leurs pertes sur la bourse des sots ignorants et trop crédules : mais la friponnerie de Mercure n’est pas dans ce goût-là. Il vola les instruments de Vulcain à peu près comme un Elève vole son Maître, lorsque sous sa discipline il devient aussi savant que lui, et exerce ensuite seul l’art qu’il a appris. Il puisa dans l’école de Vulcain, et se rendit propre son activité et ses propriétés. S’il prit la ceinture chamarrée de Vénus, et le sceptre de Jupiter, c’est qu’il devient l’un et l’autre dans le cours des opérations du grand oeuvre. En travaillant sans cesse dans le vase à purifier la matière de cet art, il balaye la salle d’assemblée, et la dispose à recevoir les Dieux ; c’est-à-dire, les différentes couleurs appelées : la noire, Saturne ; la grise, Jupiter ; la citrine, Vénus ; la blanche, la Lune ou Diane ; la Safranée ou couleur de rouille, Mars, la pourprée, le Soleil ou Apollon, et ainsi des autres, qu’on trouve à chaque page dans les écrits des Adeptes. Les messages des Dieux qu’il faisait jour et nuit, est sa circulation dans le vase pendant tout le cours de l’oeuvre. Les tons de la Musique, et l’accord des instruments dont Mercure fut l’inventeur, indiquent les proportions, les poids et les mesures, tant des matières qui entrent dans la composition du magistère, que de la manière de procéder pour les degrés du feu, qu’il faut administrer clibaniquement, suivant Flamel (Explicat. de ses fig.), et en proportion géométrique, selon d’Espagnet. Mettez dans notre vase une partie da notre or vif et dix parties d’air, dit le Cosmopolite : l’opération consiste à dissoudre votre air congelé avec une dixième partie de votre or. Prenez onze grains de notre terre, un grain de notre or, ou deux de notre lune, et non de la lune vulgaire ; mettez le tout dans notre vase et à notre feu, ajoute le même Auteur. De ces proportions, il résulte un tout harmonique, que j’ai déjà expliqué en parlant d’Harmonie, fille de Mars et Vénus. La charge qu’avait Mercure de conduire les morts dans le séjour de Pluton, et de les en retirer, ne signifie autre chose que la dissolution et la coagulation, la fixation et la volatilisation de la matière de l’oeuvre. Mercure changea Batte en pierre de touche, parce que la pierre Philosophale est la vraie pierre de touche, pour connaître et distinguer ceux qui se vantent de savoir faire l’oeuvre, qui étourdissent par leur babil, et qui ne sauraient le prouver par expérience. D ailleurs la pierre de touche sert à éprouver l’or ; ce qui revient parfaitement à l’histoire feinte, de Batte. Mercure, dit la Fable, enleva les boeufs qu’Apollon gardait, il lui vola même son arc et ses flèches, et fut ensuite en habit déguisé, demander à Batte des nouvelles des boeufs volés. Cet habit déguisé est le mercure Philosophique, auparavant volatil et coulant, à présent fixé et déguisé en poudre de projection ; cette poudre est or, et ne paraît pas avoir la propriété d’en faire : elle en fait cependant des autres métaux, qui renferment des parties principes d’or. Quand on les a transmués, on s’adresse à Batte, ou la pierre de touche, pour savoir ce que sont devenus les métaux imparfaits qu’il connaissait avant leur transmutation, Batte répond, suivant Ovide : Montibus, inquit, erant : et erant sub montibus illis » Risit Atlantiades, etc. Métam. I. 2. Ils étaient premièrement sur ces montagnes ; ils sont à présent sur celles-ci : ils étaient plomb, étain, mercure ; ils sont maintenant or, argent. Car les Philosophes donnent aux métaux le nom de montagne, suivant ces paroles d’Artéphius : « Au reste, notre eau, que j’ai ci-devant appelée notre vinaigre, est le vinaigre des montagnes, c’est-à-dire, du Soleil et de la Lune. » Après la dissolution de la matière et la putréfaction, cette matière des Philosophes prend toutes sortes de couleurs, qui ne disparaissent que lorsqu’elle commence à se coaguler en pierre et se fixer. C’est Mercure qui tue Argus d’un coup de pierre. Les Samothraces tenaient leur Religion et ses cérémonies des Egyptiens, qui l’avaient reçue de Mercure Trismégiste. Les uns et les autres avaient des Dieux qu’il leur était défendu de nommer ; et pour les déguiser, ils leur donnaient les noms d’Axioreus, Axiocersa, Axiocersus. Le premier signifiait Cérès ; le second, Proserpine ; et le troisième, Pluton. Ils en avaient encore un quatrième nommé Casmilus, qui n’était autre que Mercure, suivant Dionysiodore, cité par Noël le Comte (Mythol. 1. 5.). Ces noms ou leur application naturelle faisaient peut-être une partie du secret confié aux Prêtres, dont nous avons parlé dans le premier Livre. Quelques Anciens ont appelé Mercure, le Dieu à trois têtes, étant regardé comme Dieu marin, Dieu terrestre et Dieu céleste ; peut-être parce qu’il connut Hécate, donc il eut trois filles, si nous en croyons Noël le Comte. Les Athéniens célébraient le 13 de la Lune de Novembre, une fête nommée Choes, en l’honneur de Mercure terrestre. Ils faisaient un mélange de toutes sortes de graines, et les faisaient cuire ce jour-là dans un même vase : mais il n’était permis à personne d’en manger. C’était seulement pour indiquer que le Mercure dont il s’agissait, était le principe de la végétation. Lactante met Mercure avec le Ciel et Saturne, comme les trois qui ont excellé en sagesse. Il avait sans doute en vue Mercure Trismégiste, et non celui à qui Hercule consacra sa massue après, la défaite des Géants. C’est à ce dernier que le quatrième jour de la Lune de chaque mois était dédié, et on lui immolait des veaux (Ovid.-Metam. 1. 4.). On portait aussi sa statue avec les autres symboles sacrés, dans les cérémonies des fêtes célébrées à Eléusis. Mercure étant un des principaux Dieux signifiés par les Hiéroglyphes des Egyptiens et des Grecs, et tous ceux qui étaient initiés dans ses mystères étant obligés au secret, il n’est pas surprenant que ceux qui n’en avaient pas connaissance, se soient trompés sur le nombre et la nature de ce Dieu ailé. Cicéron en reconnaissait plusieurs, (De Nat. Deor.) ; l’un, né du Ciel et du Jour, l’autre, fils de Valens et de Phoronis ; le troisième, de Jupiter et de Maja ; le quatrirème eut le Nil pour père. Il peut à la vérité s’en être trouvé plus d’un de ce nom en Egypte, tel qu’Hermès Trismégiste, peut-être même est Grèce ; mais il n’y a jamais eu qu’un Mercure à qui l’on puisse attribuer raisonnablement tout ce que les fables en rapportent, et le Mercure ne peut-être que celui des Philosophes Hermétiques, auquel convient parfaitement tout ce que nous en avons rapporté jusqu’ici. C’était sans doute aussi pour fixer cette idée, qu’on le représentait ayant trois têtes, afin d’indiquer les crois principes dont il est composé, suivant l’Auteur du Rosaire des Philosophes : « La matière de la pierre des Philosophes, dit-il, est une eau ; ce qu’il faut entendre d’une eau prise de crois choses ; car il ne doit y en avoir ni plus ni moins. Le Soleil est le mâle, la Lune est la femelle, et Mercure le sperme, ce qui néanmoins ne fait qu’un Mercure. » Les Philosophes ayant reconnu que cette eau était un dissolvant de tous les métaux, donnèrent à Mercure le nom de Nonacrite, d’une montagne d’Arcadie appelée Nonacris, des rochers de laquelle distille une eau qui corrode tous les vases métalliques. Il passait pour un Dieu céleste, terrestre et marin, parce que le mercure occupe en effet le ciel Philosophique, lorsqu’il se sublime en vapeurs, la mer des sages, qui est l’eau mercurielle elle-même, et enfin la terre Hermétique, qui se forme de cette eau et qui occupe le fond du vase. Il est d’ailleurs composé de trois choses, suivant le dire des Philosophes, d’eau, de terre, et d’une quintessence céleste, active, ignée,, qui vivifie les deux autres principes, et fait dans le mercure l’office des instrument et des outils de Vulcain. Les Mythologues voyant qu’on consacrait les langues des victimes à Mercure, ne se sont pas imaginés qu’on le fît pour d’autres raisons que l’éloquente de ce Dieu. N’auraient-ils pas mieux réussi, si faisant attention qu’on brûlait ces langues dans les cérémonies de son culte, et que ces cérémonies devaient être secrètes, ils avaient conclu qu’un les lui consacrait ainsi, non à cause de son éloquence prétendue, mais pour marquer le secret que les Prêtres étaient obligés de garder ? Tel est donc ce Mercure si célèbre dans tous les temps et chez routes les Nations, qui prit d’abord naissante chez les Hiéroglyphes des Egyptiens, et fut ensuite le sujet des allégories et des notions des Poètes. Je ne puis mieux finir son chapitre que parce qu’en dit Orphée, en faisant la description de l’antre de ce Dieu. C’était la source et le magasin de tous les biens et de toutes les richesses ; et tout homme sage et prudent pouvait y en puiser à sa volonté. On y trouvait même le remède à tous les maux. Il fallait qu’Orphée parlât aussi clairement, pour faire ouvrir les yeux aux Mythologues, et leur faire voir ce que c’était que le Dieu Mercure, qui cachait dans son antre le principe de la santé et des richesses. Mais il a soin en même temps d’avertir que pour les y trouver, et s’en mettre en possession, il faut de la prudence et de la sagesse. Est-il difficile de deviner de qu’elle nature pouvaient être ces biens, dont l’usage pouvait rendre un homme exempt de toutes incommodités ? En connaît-on d’autres que la pierre des Philosophes, auxquels on ait attribué de telles propriétés ? L’autre est le vase où elle se fait, et Mercure en est la matière, dont les symboles ont été variés sous les noms et figures de taureaux, de béliers, de chiens, de serpents, de dragons, d’aigles, et d’une infinité d’animaux ; sous les noms de Typhon, Python, Echidna, Cerbère, Chimère, Sphinx, Hydre, Hécate, Gérion, et de presque tous les individus, parce qu’elle en est le principe. II. M. Bacchus ou Denys. Denys fut aussi fils de Jupiter, et assez célèbre pour trouver place dans cet Ouvrage. Il eut Sémélé pour mère, et fut le même qu’Osiris chez les Egyptiens, et Bacchus chez les Romains. C’est pourquoi je le nommerai indifféremment, tantôt Denys, tantôt Bacchus, et tantôt Osiris. Sémélé, fille de Cadmus et d’Harmonie, plut à Jupiter : il la mit au nombre de ses concubines. La jalouse Junon en fut irritée ; et pour réussir a faire ressentir à Sémélé les effets de son courroux, elle prit la figure de Beroe, nourrice de sa rivale, et fut rendre visite à celle-ci déjà enceinte ;elle lui persuada d’engager Jupiter à lui jurer, par le Styx, qu’il lui accorderait, tout ce que Sémélé lui demanderait. Celle-ci, suivant l’instigation de Junon, demanda que Jupiter lui rendît sa visite dans toute sa majesté, pour lui prouver qu’il était en effet le maître des Dieux. Ce Dieu le lui promit, et se rendit en effet chez Sémélé avec ses foudres et son tonnerre, qui réduisirent en cendres le palais et celle qui l’habitait. Suivant ce qu’en disent Euripide (In Bacchis.) et Ovide (Métam. Lib. 30.). Mais Jupiter ne voulant pas laisser périr avec Sémélé l’enfant qu’elle portait, le retira des entrailles de la mère, et l’enferma dans sa cuisse, jusqu’à ce que le temps marqué pour sa naissance fût accompli. C’est Ovide qui nous apprend ce trait de bonté paternelle, qu’il regarde cependant comme fabuleux (Ibid), Orphée dit (Hymn. A Bacchus.) que Denys était fils de Jupiter et de Proserpine, et le repère dans son Hymne sur le nom de, né d’Isis. Il prit le nom de Denys de ce qu’il perça la cuisse de Jupiter, en naissant avec les cornes qu’il apporta au monde, où, comme d’autres le prétendent, de ce que Jupiter fut boiteux tout le temps qu’il le porta, ou enfin à cause de la pluie qui tomba quand il naquit. D’abord après sa naissance, Mercure le transporta dans la Ville de Nysa, sur les confins de l’Arabie et de l’Egypte, pour y être nourri se élevé par les Nymphes. D’autres disent que dès que Sémélé eut mis Bacchus au monde, Cadmus l’enferma avec son enfant dans un coffre de bois en forme de batelet, et l’exposa à la merci des flots de la mer, qu’étant abordé en Laconie, des pauvres gens ouvrirent le coffre, trouvèrent Sémélé morte, et l’enfant tout élevé. Un Auteur (Meleagr.) soutient que Jupiter ne renferma pas dans sa cuisse, et que des Nymphes le tirèrent des cendres de sa mère, et prirent soin de son éducation. Les Hyades furent ses nourrices, si l’on en croit Apollodore (De Diis, 1. 2.) et Ovide. Orphée a dit le premier que Denys était né à Thèbes, sans doute par reconnaissance pour les Thébains, qui le reçurent parfaitement bien lorsqu’il allait en Egypte, et ne lui firent pas un moindre accueil à son retour. Aussi les Egyptiens raillaient-ils les Grecs de ce que ces derniers prétendaient que Denys était né chez eux. Le même Orphée donnait les deux sexes à Denys, car il s’exprime ainsi dans son Hymne Sur Misen : Famina masque simul, gemina huic natura. Les effets de la jalousie que Junon avait contre Sémélé, s’étendirent jusque sur le fils : elle ne vie pas d’un oeil tranquille que Jupiter l’eût transporté au Ciel ; Euripide nous assure qu’elle voulut l’en chasser. Denys craignant le courroux de la Déesse, se retira pour fuir ses persécutions, et s’étant reposé sous un arbre, un serpent amphisbène, c’est-à-dire, ayant une tête à chaque extrémité, le mordit à la jambe, Denys s’étant aussitôt réveillé, tua le serpent avec une branche de sarment de vigne, qu’il trouva auprès de lui. Il parcourut pendant sa fuite une grande partie du monde, et fit des choses surprenantes, si nous croyons ce qu’en rapporte Noël le Comte (Venation. 1. 4°) d’après Euripide. Il faisait sourdre de la terre du lait, du miel, et d’autres liqueurs agréables en s’amusant. Il coupa une plante de férule, et il en sortit du vin ; il dépeça me brebis on morceaux, en dispersa les membres, qui se réunirent ; la brebis ressuscita, et se mit à paître comme auparavant. Les Auteurs (Grecs qui font ce Dieu originaire de la Grèce, sont si peu d’accord entre eux dans les fictions qu’ils ont inventées à son sujet, qu’on aime mieux s’en rapporter à Hérodote (Liv. 2.) à Plutarque (Traité d’Isis et d’Osiris.) et à Diodore (Liv. 3.), qui disent que Bacchus était né en Egypte, et qu’il fut élevé à Nysa, Ville de l’Arabie Heureuse ; et que c’est le même que le fameux Osiris qui fit la conquête des Indes. Les Egyptiens en effet reconnaissaient un Denys comme les Grecs ; mais quoiqu’ils se proposassent le même but dans leur allégorie de Bacchus, ils racontaient l’histoire de ce Dieu bien différemment. Hammon, Roi d’une partie de la Libye, disent-ils, ayant épousé la fille du Ciel, soeur de Saturne, fut visiter le pays voisin des montagnes Cérauniennes, et y fit rencontre d’une très-belle fille, nommée Amalthée : elle lui plut, ils se virent ; il en naquit un fils beau et vigoureux, qui fut nommé Denys. Amalthée fut déclarée Reine du pays, qui par la forme de ses limites, représentent la corne d’un boeuf, elle fut appelée la corne des Hespérides, et a cause de sa fertilité en toutes sortes de biens, la corne d’Amalthée, du grec et , je guéris tout ensemble, je guéris tout en même temps. Pour soustraire Bacchus à la jalousie de son épouse, Hammon le fit transporter à Nysa dans une Ile formée par les eaux du fleuve Triton, et située près des embouchures appelées les portes Nysées. Ce pays était le plus agréable du monde ; des eaux limpides y arrosaient des prairies charmantes ; il abondait en toutes sortes de fruits, et la vigne y croissait d’elle-même, La température de l’air y était si salutaire, que tous les habitants y jouissaient d’une santé parfaite jusqu’à une extrême vieillesse. Les bords de cette Ile étaient plantés de bois de haute futaie, et l’on respirait dans ses vallons un air toujours frais, parce que les rayons du Soleil n’y pénétraient qu’à peine. La verdure agréable des arbres et l’émail perpétuel des fleurs y réjouissaient la vue, pendant que l’ouïe était sans cesse flattée par le ramage des oiseaux. C’était en un mot un pays de Fées, un pays enchanté, où rien ne manquait de tout ce qui pouvait contribuer à la satisfaction parfaire de l’humanité. Denys y fut élevé par les soins de Nysa, fille d’Aristée, homme sage, prudent et instruit, qui se chargea d’être son Mentor, Pallas surnommée Tritonienne, de ce qu’elle était née près du fleuve Triton, eue ordre de préserver Denys des embûches que lui tendrait sa belle-mère. Rhée devine en effet jalouse de la gloire et de la réputation que s’acquit Denys sous de si bons Maîtres, et employa tout son savoir pour faire rejaillir sur lui au moins une partie des effets de la rage dont elle était outrée contre Hammon. Elle le quitta pour se retirer chez les Titans, et y faire à l’avenir son séjour avec Saturne, son frère. A peine y fut-elle arrivée, qu’à force de sollicitations et de menaces, elle engagea Saturne à lui déclarer la guerre. Hammon se voyant hors d’état de lui résister, se retira à Idée, où il épousa Crète, fille d’un des Curettes, qui y régnait. L’île prit ensuite le nom de Crète, Saturne s’empara du pays d’Hammon, et assembla une nombreuse armée pour se saisir de Nysa et de Denys ; mais sa tyrannie lui attira la haine de tous ses nouveaux Sujets. Denys informé de la fuite de son père, du désastre de son pays, et des desseins de Saturne contre lui, assembla le plus de troupes qu’il lut fut possible ; un bon nombre d’Amazones s’y joignirent, d’autant plus volontiers que Pallas devait les commander. Les deux armées en vinrent aux mains ; Saturne y fut blessé. Le courage et la valeur de Denys firent déclarer la victoire en sa faveur ; les Titans prirent la fuite. Denys les poursuivit, les fit prisonniers sur le territoire d’Hammon, et leur rendit ensuite la liberté, leur donnant l’option de prendre parti sous ses étendards, ou, de se retirer : ils choisirent le premier, et regardèrent Denys comme leur Dieu tutélaire. Saturne vaincu et poursuivi par Denys, mit le feu à sa Ville, et se sauva avec Rhée à la faveur de la nuit ; mais ils tombèrent entre les mains de ceux qui les poursuivaient. Il leur proposa de vivre à l’avenir en bons parents et bons amis. Ils acceptèrent ses offres, et leur tint parole ; les seuls Titans ressentirent les effets de son courroux, parce qu’ils se révoltèrent contre lui. Victorieux de tous ses ennemis, Denys ne chercha qu’à se rendre recommandable par ses bienfaits ; il parcourut une grande partie du monde pour les répandre sur tous les humains ; mais en bon Prince, il laissa Mercure Trismégiste à son épouse, pour l’aider de ses conseils ; il donna le Gouvernement de l’Egypte à Hercule, et Prométhée eut l’intendante de tous ses Etats. Arrivé sur les montagnes de l’Inde, il y éleva deux colonnes près le fleuve du Gange (Sidon. Antip.) ; ce que fit aussi Hercule dans la partie la plus occidentale de l’Afrique sur les bords de la mer Atlantide : Arma eadem ambobus sunt termini utrique columnae. Cette expédition dura trois ans, après lesquels il retourna par la Libye et l’Espagne, et fonda la Ville de Nysa dans les Indes. Les Poètes Grecs emportés par le feu de leur imagination, ont enchéri sur la fiction Egyptienne, et ont donné un témoignage non équivoque de la vérité de ces vers d’Horace : ..... Pictoribus atque Poëtis Quidilbet audendi semper suit aqua potestas. Art. Poet. Bacchus n’est presque si fameux et si recommandable dans leurs écrits, que pour avoir sa faire le vin ou planté la vigne. N’y eût-il pas eu de la folie chez les Anciens à nous laisser par écrit tant de choses si peu dignes d’attention, entremêlées de faits si surprenants, si peu vraisemblables, qu’ils tiennent plutôt du songe que du prodige ? Si nous les en croyons, Junon le frappa d’affection furieuse, ce qui le fit courir par tout le monde : les Cobales, espèces de Démons malins, les Satyres, les Bacchantes et les Silènes l’accompagnaient partout avec des tambours et autres instruments bruyants. Son char était traîné par des lynx, des tigres, des panthères ; c’est Ovide qui le dit d’après eux (Métam. 1. 3.). Le même Poète dit que Bacchus conter voie une jeunesse permanente, et qu’il était le plus beau des Dieux (Métam. 1. 4.). Isacius dit que les Anciens pensaient que Bacchus était jeune et vieux en même temps ; Euripide l’appelait , comme ayant un air efféminé. C’est pourquoi il est ordinairement représenté en jeune-homme, sans barbe, quoiqu’il y ait aussi le Bacchus barbu ; on te trouve même quelquefois sous la figure d’un Vieillard. Bacchus se couvrait toujours de la peau d’un léopard. Il portait un thyrse pour sceptre. Le lapin, le chêne, le lierre, le liseron et le figuier lui étaient consacrés : la pie entre les oiseaux, le cygne, le lion, la panthère entre les quadrupèdes, et le serpent ou dragon entre les reptiles. Les femmes qui célébraient ses fêtes se nommaient Bacchantes, Thyades, Mimallonides. Pendant ses voyages, des Pirates Tyriens l’ayant rencontré sur les bords de la mer, voulurent l’enlever de force, malgré les représentations du Pilote, suivant ce qu’en dit Homère dans une Hymne en l’honneur de ce Dieu. Bacchus se métamorphosa en lion, après avoir changé le mat et les rames en serpents. Les Matelots effrayés voulurent se sauver, il les transforma en dauphins, et ils se précipitèrent tous dans la mer. Les Grecs ajoutèrent beaucoup d’autres fables à celle du Bacchus Egyptien. Si nous en croyons Orphée, Bacchus dormit trois ans chez Proserpine, et s’étant éveillé au bout de ce temps, il se mit à danser avec les Nymphes. A travers toutes ces fictions, on reconnaît aisément le Denys d’Egypte, qui, selon Hérodote, est le même qu’Osiris (In Euterpe.) : nous l’avons déjà fait remarquer en parlant de ce Dieu, et les Mythologues modernes en conviennent (Mythol. De l’Abbé Banier, T. II. 1. I. ch. 17.). On voit clairement ce Dieu de l’Egypte tué par Typhon et ses complices, dans Bacchus mis en pièces pendant le combat qu’il soutint contre les Titans. Isis ramasse les membres épars de ton époux ; Pallas rencontre Bacchus le coeur encore palpitant, et le porte à Jupiter, qui lui redonne la santé. Quant aux fêtes instituées en l’honneur de Bacchus, nous en parlerons dans le Livre suivant. Telle est en abrégé l’histoire de Bacchus, suivant les Egyptiens et les Grecs. Rappelons à présent les principaux traits de ces fictions, pour faire voir le rapport qu’ils ont avec les opérations de la Philosophie Hermétique, suivant les propres termes des Auteurs qui en ont traité, afin de prouver clairement que le grand oeuvre est le véritable objet auquel les Anciens ont voulu faire allusion. La naissance de Denys est précisément semblable à celle d’Esculape, le premier fils de Sémélé, le second de Coronis, qui toutes deux signifient à peu près la même chose : l’un fut élevé par Chiron, l’autre par Mercure, et nourris par les Nymphes, les Hyades ; c’est-à-dire, par les parties aqueuses ou l’eau mercurielle des Philosophes. Je renvoie le Lecteur à l’article d’Esculape, pour ne pas tomber dans une répétition ennuyeuse. Bacchus eut deux mères, Sémélé et Jupiter, et suivant Raymond Lulle (Theor. Testam. c. 46.), l’enfant Philosophique a deux pères et deux mères : il a été, dit-il, tiré du feu avec beaucoup de soins, et il ne saurait mourir en effet Jupiter porta ce feu en rendant visite à Sémélé, ce feu des Philosophes, dont parle Riplée (12. Portes.), qui allumé dans le vase, brûle avec plus de force et d’activité que le feu commun. Ce feu tire l’embryon des Sages du ventre de sa mère, et le transporte, dans la cuisse de Jupiter jusqu’à sa maturité ; alors cet enfant Philosophique, formé dans le ventre de sa mère par la présente de Jupiter, et élevé par ses soins, se montre au Jour avec un visage blanc comme la Lune, et d’une beauté surprenante (Arcan. Hermet. Can. 78.). La description de l’Ile où est élevé le Bacchus des Philosophes, semble avoir été prise de celle où Hammon fit porter Denys. « Après avoir couru longtemps du pôle Arctique au pôle Antarctique, dit le Cosmopolite (Parabole.), je fus transporté par la volonté de Dieu sur le rivage d’une vaste mer. Pendant que je metamusait à voir voltiger et nager les Melosynes avec les Nymphes, et que je me laissais aller nonchalamment à mes idées, je fus surpris d’un doux sommeil, pendant lequel j’eus cette vision admirable. Je vis tout-à-coup Neptune, ce vénérable Vieillard à cheveux blancs, qui flottait de notre mer, et qui m’ayant salué de la manière la plus gracieuse, me conduisit dans une Ile charmante. Elle est située au Midi, et l’on y trouve en abondance tout ce qui est nécessaire aux commodités et aux plaisirs de la vie. Les Champs-Élysées de Virgile, lui sont à peine comparables. Les côtes de cette Ile- sont plantées de grands cyprès, de beaux myrrhes et de romarins : les prairies y sont émaillées de fleurs ; les collines couvertes de vignes, d’oliviers et de cèdres ; les bois remplis d’orangers et de citronniers ; les chemins sont bordés de lauriers et de grenadiers, à l’ombre desquels les voyageurs se reposent : en un mot, tout ce qu’il y a d’agréable dans le monde, s’y trouve ramassé. » Nous avons assez parlé des parents et de la naissance de Denys ; voyons ses actions. Nourri, élevé par les Nymphes et les Hyades, c’est-à-dire par l’eau mercurielle volatile, que les Philosophes ont appelé lait, l’enfant croît, végète, s’en nourrit et prend de la force, comme dit Artéphius (De la pierre des Philosophes). Approchez le crapaud (la partie fixe) de la mamelle de sa mère, et laissez-l’y jusqu’à ce qu’il soit devenu grand à force d’en sucer le lait. Ce sont les paroles d’un Adepte que Maïer a employées pour faire son cinquième Emblème Hermétique. Il est inutile de rapporter une infinité de textes où l’eau mercurielle est appelée lait, lait virginal, et nourriture de l’enfant. Nous avons montré plus d’une fois que les Nymphes et les Hyades ne sont autre chose que cette eau mercurielle volatile, et l’on voit aisément par-là pourquoi la Fable constitue Mercure Tuteur et Précepteur de Bacchus, après qu’il l’eut tiré des cendres de Sémélé. Bacchus tua le serpent Amphisbène, comme Apollon tua Python ; l’un et l’autre de ces Dieux n’étant qu’une même chose, comme nous l’avons prouvé par Hérodote, et comme le dit un ancien Auteur déjà cité : Jupiter est idem Pluto, Sol et Dionysius. Il est même à croire que l’Amphisbène et le serpent Python ne sont qu’une même chose : et si l’on dit que Bacchus le tua avec une branche de sarment de vigne, et Apollon à coups de flèches, les flèches de celui-ci signifient la partie volatile de la matière que Raymond Lulle (De quinta Ess.), presque dans tous ses ouvrages, appelle vin blanc et vin rouge, suivant le degré acquis de perfection, et suivant la couleur blanche ou rouge qui survient au mercure par la coction. Ce serpent Amphisbène est aussi le même que les deux du caducée de Mercure, les deux d’Esculape, les deux dragons de Flamel, l’un mâle, l’autre femelle, l’un ailé, l’autre non, qui ne font cependant qu’un même dragon Babylonien , ou le dragon des Hespérides, ou celui qui gardait la toison d’or, ou l’hydre de Lerne, etc. qui tous avaient plusieurs têtes. Denys faisait sortir du vin, de l’eau et plusieurs autres liqueurs de la terre. L’explication de ce prodige est très-simple. La matière du Magistère est composée de terre et d’eau : lorsqu’elle se dissout, dessèche, elle se réduit en eau, cette eau est nommée par les Philosophes, tantôt lait, tantôt vin, tantôt vinaigre, huile, etc. suivant le progrès qu’elle fait dans la suite des opérations. Elle acquière de l’acidité, et devient vinaigre. Prend-elle la couleur blanche, c’est du lait, un lait virginal, un vin blanc. Est elle parvenue au rouge, c’est du vin rouge ; et toutes ces liqueurs sortent de la terre, ou de la terre Philosophique. Denys les fait sortir, étant lui-même la partie fixe de cette matière, appelée or, Phébus, Apollon des Sages. Bacchus barbu et sans barbe, jeune et vieux et mâle et femelle en même temps, est tel chez les Philosophes Hermétiques, suivant ces termes d’Agmon (Cod. Veritatis feu Turba.) : « Il est sans barbe, et en même temps barbu ; il a des ailes, et vole ; il n’a point d’ailes, et ne vole pas : si vous l’appelez eau, vous dites vrai ; si vous dites qu’il n’est pas eau, vous le dites avec raison ; » parce que c’est un composé hermaphrodite, volatil et fixe, celui-ci représente le mâle, l’autre la femelle ; ce qui lui a fait donner le nom de Rebis. Quant à la façon donc les Egyptiens racontent l’histoire de Denys, qu’Hammon épousa Rhée, soeur de Saturne, et qu’il eut Denys de la Nymphe Amalthée, il est à croire qu’ils ont eu plus égard à la chose même qu’aux noms, puisqu’ils y conviennent parfaitement. Les Mythologues conviennent que ces peuples confondaient Denys avec Osiris, et s’ils les ont feint nés de parents différents par les noms, ils prouvent clairement par cette fiction qu’ils n’avaient pas dessein de donner ces fictions pour des histoires véritables. Mais quel pouvait être l’objet de cette fable ? à quoi faisait-elle allusion ? Il est aisé de le voir par les explications données ci-devant. Pour convaincre encore plus parfaitement le Lecteur, récapitulons l’histoire de Denys. Par la ville Nysa, on entend le vase ; elle a des portes étroites et fermées ; c’est le col et le lut avec lequel on le scelle : la beauté du pays, les fleurs qui y naissent sont les différentes couleurs qui surviennent à la matière ; les fruits exquis qui y croissent, la saine température de l’air qui y fait vivre jusqu’à une extrême vieillesse dans l’abondante de tout, indiquent la médecine universelle et la poudre de projection ; celle-ci donne les richesses, et l’autre la santé ; Aristée aidé des conseils de Pallas, préposé pour avoir soin de l’éducation de Denys, est le prudent Artiste qui conduit les opérations de l’oeuvre avec sagesse. Saturne sollicité par Rhée, sa soeur, fait la guerre à Denys qui demeure victorieux, c’est la noirceur, suite de la dissolution de la matière, occasionnée par l’eau mercurielles signifiée par Rhée, fluo : les parties volatiles qui voltigent sans cesse dans le vase, sont les Amazones qui lui procurent la victoire ; aussi dit-on que les Menades, les Bacchantes qui accompagnaient Bacchus, et les Muses avec les Amazones qui suivaient Denys, étaient toujours en chant, en danses et en mouvement, ce qui ne saurait mieux convenir aux parties Volatiles, qui en lavant sans cesse la matière, font disparaître la noirceur ou Saturne, et manifestent la blancheur, signe de la victoire. « Remarquez, dit Synésius (oeuvres des Philos. et Artéphius dans sa récapitul.), que cette terre sera ainsi lavée de sa noirceur par la cuisson, parce qu’elle se purifie aisément, avec les parties volatiles, de son eau ; ce qui est la fin du Magistère. » Saturne s’enfuit pendant la nuit après avoir mis le feu à sa Ville ; c’est le noir qui disparaissant laisse la matière grise comme de la cendre, résultat des incendies. Les Philosophes lui ont même alors donné entre autres noms celui de cendre, témoin Morien (Entretien du Roi Calid.), qui dit : « Ne méprisez pas la cendre ; car le diadème de notre Roi y est caché. » Je ne m’arrêterai pas il expliquer l’expédition de Denys dans les Indes ; on peut avoir recours à ce que j’en ai dit au chapitre d’Osiris, Liv. I. Il suffit de faire remarquer que les Auteurs de cette fiction ont affecté, en parlant des animaux qui suivaient Bacchus, ou qui traînaient son char, de choisir ceux dont la peau est variée, pour être les hiéroglyphes et les symboles des différentes couleurs qui paraissent en même temps ou successivement sur la matière : tels sont les tigres, les lynx, les panthères, les léopards. Bacchus eut, dit-on, un fils nommé Staphyle. Ce fils est-il autre chose que la même matière devenue rouge, que les Philosophes ont appelée vin blanc lorsqu’elle est blanche laiteuse (Raym. Lulli, de Quinta Essent. et alibi.), et vin rouge quand par la cuisson elle acquiert une couleur pourprée ? C’est Staphyle, du grec vigne. Staphyle eut une fille nommée Rhéo, qu’Apollon ne trouva pas cruelle. Le père s’étant aperçu de la grossesse de sa fille, l’enferma dans un coffre, et la jeta dans la mer : les flots la portèrent à Eubée ; Rhéo s’y retira dans un antre, et y mît au monde un fils qu’elle nomma Anye, du grec achever, accomplir. Anye eut trois fils de la Nymphe Doripe, OEno, Spermo et Elaïs, qui furent changés en pigeons, et métamorphosaient tout ce qu’ils touchaient, quand ils le voulaient en vin, en blé et en huile, suivant les étymologies de leurs noms. Cette postérité de Bacchus est un pur symbole de l’élixir Philosophique, composé d’Apollon, de Scaphyle et de Rhéo ; car suivant d’Espagnet (Can. 124.), il y entre trois choses : l’eau métallique ou mercure des Philosophes, le ferment blanc ou rouge. Suivant l’intention de l’Artiste, et le second soufre, le tout en poids et mesure requis. L’eau métallique est Rhéo, de , je coule ; cette eau s’imprègne de l’or des Philosophes,, signifié par Apollon, et Staphyle est le second soufre, comme Bacchus est le premier. Suivant le même d’Espagnet : « Que les studieux amateurs de la Philosophie sachent que de ce premier soufre il s’en engendre un second, qui peut être multiplié à l’infini. » Anye est l’élixir même qui résulte de la jonction d’Apollon et de Rheo : celle-ci accouche dans un antre, c’est à-dire dans le vase. Le mariage d’Anye avec Doripe, et les enfants qui en vinrent signifient la multiplication, qui ne se fait qu’avec deux matières, savoir, l’élixir et l’eau mercurielle, comme le dit l’Auteur que je viens de citer (Can. 134. et 135.). « On multiplie l’élixir de trois manières, l’une est de prendre un poids de cet élixir, que l’on mêle avec neuf parties de son eau ; on met le tout dans le vase bien luté, et on le cuit à feu lent , etc. Les trois enfants d’Anye sont le vin, le blé et l’huile, parce que les Asiatiques croyaient ne manquer de rien, quand ils avaient ces trois choses, suivant ces paroles de l’Écriture Sainte : Tu as mis plus de joie dans mon coeur qu’au temps où leur froment et leur vin nouveau abondent. En paix tout ensemble, je me couche et je m’endors. Psalm. 4. Et celle-ci de Jérémie : Ils arriveront en criant de joie sur la hauteur de Sion, il afflueront vers les bien de Yahvé, vers le froment, vers le vin nouveau et vers l’huile fraîche, vers les brebis et les boeufs. Chap. 31 v. 12. Ce qui caractérise les effets de la poudre de projection, qui donne la santé et les richesses. Plus d’un Auteur ont pris Denys pour le Soleil, et Cérès pour la Lune ; Virgile au premier livre de ses Géorgiques ; Vos, ô clarissima mundi lumina ! etc. et Orphée dans ses Hymnes : Sol clarus Dionysium, quem cognomine dicunt. Mais il faut observer que les Poètes se conforment ordinairement aux notions reçues, et à la façon de penser du vulgaire ; car si Denys et Osiris sont le même, comme nous l’avons assez prouvé, et qu’Apollon et Diane soient le Soleil et la Lune, comment pourra-t-on dire qu’Apollon est fils d’Osiris ? Le Soleil serait-il donc fils de lui-même ? Les Poètes fourmillent de semblables absurdités, qui prouvent bien clairement que ceux qui les ont inventées, ne prétendaient pas les donner pour de véritables histoires : aussi ajourent-ils que Bacchus dormit trois ans chez Proserpine, qu’il naquit avec des cornes, qu’il fut changé en lion, qu’il mourut et ressuscita, que Médée fit à ses Nourrices la même faveur qu’au père de Jason, et tant d’autres fables qui ne peuvent s’expliquer que par la Philosophie Hermétique.
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