Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Des allégories qui ont un rapport plus palpable avec l’Art Hermétique. Jamais pays ne fut plus fertile en fables que la Grèce. Celles qu’elle avait reçues d’Egypte ne lui suffisaient pas, elle en inventa un nombre infini. Les Egyptiens ne reconnaissaient proprement pour Dieux qu’Osiris, Isis et Orus, mais ils en multiplièrent les noms, et se trouvèrent engagés par-là à en multiplier les fictions historiques. De là vinrent douze Dieux principaux, Jupiter, Neptune, Mars, Mercure, Vulcain, Apollon, Junon, Vesta, Cerès, Vénus, Diane et Minerve, six mâles et six femelles. Ces 12 seuls regardés comme grands Dieux étaient représentés en statues d’or. Dans la suite on en imagina d’autres, auxquels on donna le nom de demi-Dieux, qui n’étaient pas connus du temps d’Hérodote, ou du moins dont il ne fait pas mention sous ce titre. Leurs figures croient sculptées en bois, ou en pierre, ou en terre. Le même Hérodote dit (In Euterp. C. 50.) que les Egyptiens imposèrent les premiers ces douze noms, et que les Grecs les reçurent d’eux. Les premiers des Grecs qui passèrent en Egypte, sont, suivant Diodore de Sicile, Orphée, Mutée, Mélampe, et les autres dont nous avons parlé dans le livre précédent. Ils y puisèrent les principes de la Philosophie et des autres sciences, et les transportèrent dans leur pays, où ils les enseignèrent de la manière dont ils les avaient apprise ; c’est-à-dire, sous le voile des allégories et des fables. Orphée y trouva le sujet de ses Hymnes sur les Dieux, et les Orgies (M. l’Abbé Banier. Myth. T. II. p. 273.). Que ces solemnités tirent leur origine de l’Egypte, c’est un fait dont conviennent également les Mythologues et les Antiquaires, et qu’on n’a pas besoin de prouver. Ce Poète introduisit dans le culte de Denys les mêmes cérémonies qu’on observait dans le culte d’Osiris. Celles de Cerès se rapportaient à celles d’Isis. Il fit mention le premier des peines des impies, des Champs Elysées, et fit naître l’usage des statues. Il feignit que Mercure était destiné à conduire les âmes des défunts, et devint l’imitateur des Egyptiens dans une infinité d’autres fictions. Lorsque les Grecs virent que Psamméticus protégeait les étrangers, et qu’ils pourraient voyager en Egypte sans risque de leur vie ou de leur liberté, ils y abordèrent en assez grand nombre, les uns pour satisfaire leur curiosité sur les merveilles qu’ils avaient apprises de ce pays là, les autres pour s’instruire. Orphée, Musée, Linus, Mélampe et Homère y passèrent successivement. Ces cinq avec Hésiode furent les propagateurs des Fables dans la Grèce, par les Poèmes pleins des fictions qu’ils y répandirent. Sans doute que ces grands hommes n’auraient pas adopté et répandu de sang froid tant d’absurdités apparences, s’ils n’avaient au moins soupçonné un sens caché, raisonnable, et un objet réel enveloppé dans ces ténèbres. Auraient-ils, par dérision et malicieusement, voulu tromper les Peuples ? et s’ils pensaient sérieusement que ces personnages étaient des Dieux, qu’ils devaient représenter comme des modèles de perfection et de conduite, leur auraient-ils attribué des adultères, des incestes, des parricides, et tant d’autres crimes de toute espèce ? Le ton sur lequel Homère en parle suffit pour donner à entendre quelles étaient ses idées à cet égard. Il est donc bien plus probable qu’ils ne pressentaient ces fictions que comme des symboles et des allégories, qu’ils voulurent rendre plus sensibles en personnifiants et déifiant les effets de la Nature. Ils assignèrent en conséquence un office particulier à chacun de ces personnages déifié, réservant seulement l’Empire universel de l’Univers à un seul et unique vrai Dieu. Orphée s’explique assez clairement ; là-dessus, en disant que tous ne sont qu’une même chose comprise sous divers noms. Car tels sont ses termes : « Le Messager interprète Cyllenien est à tous. Les Nymphes sont l’eau ; Cérès les grains ; Vulcain est le feu ; Neptune la mer ; Mars la guerre ; Vénus la paix ; Thémis la justice ; Apollon, dardant ses flèches, est le même que le Soleil rayonnant, soit que cet Apollon soit regardé comme agissant de loin ou de près, soit comme Devin, Augure, ou comme le Dieu d’Epidaure, qui guérit les maladies. Toutes ces choses ne font qu’une, quoiqu’elles aient plusieurs noms. » Hermésianax dit que Pluton, Persephone, Cérès, Vénus et les Amours, les Tritons, Nérée, Thétis, Neptune, Mercure, Junon, Vulcain, Jupiter, Pan, Diane et Phoebus ne sont que le même Dieu. Tous les offices de la Nature devinrent donc des Dieux entre leurs mains ; mais des Dieux soumis à un seul Dieu suprême, suivant ce qu’ils en avaient appris en Egypte. Ces différents attributs de la Nature regardaient cependant des effets particuliers, ignorés du Peuple, et connus seulement des Philosophes. Si quelques-unes de ces fictions eurent l’Univers en général pour objet, on ne saurait nier que le plus grand nombre n’ait eu une application particulière ; et plusieurs d’entre elles sont si spécialement déterminées, qu’on ne saurait s’y méprendre. Il surfit de passer les principales en revue, pour mettre en état de porter son jugement sur les autres. Je parlerai donc en premier lieu de l’expédition de la Toison d’or : des pommes d’or : du jardin des Hespérides, et quelques autres qui manifestent plus clairement que l’intention des Auteurs de ces fictions était d’y enveloppée les mystères de l’Art Hermétique. Orphée est le premier qui ait fait mention de l’expédition de la Toison d’or, si l’on veut admettre les ouvrages d’Orphie comme appartenant à ce premier des Poètes Grecs ; mais je n’entre pas dans cette discussion des savants : que ces ouvrages soient vrais ou supposés, peu m’importe ; il me suffit qu’ils soient partis d’une plume très ancienne, savante, et au fait des mystères des Egyptiens et des Grecs. S. Justin en son Parenet ; Lactance, et S. Clément d’Alexandrie, dans son Discours aux Gentils, parlent ; d’Orphée sur ce ton-là. Ce Poète a donné à cette fiction un air d’histoire qui l’a fait regarder comme telle par nos Mythologues modernes mêmes, malgré l’impossibilité où ils se trouvent d’en ajuster les circonstances. Ils ont mieux aimé y échouer, que d’y voir le sens caché et mystérieux qu’elle présente, et que l’Auteur même a manifesté assez visiblement en citant, dans le cours de cette fiction, quelques autres de ses ouvrages ; savoir, un Traité des petites pierres, et un autre de l’antre de Mercure comme source de tous les biens. Il est aisé de voir de quel Mercure il entend parler, puisqu’il le présente comme faisant partie de l’objet que se proposait Jason dans la conquête de la Toison d’or. CHAPITRE PREMIER. Histoire de la conquête de la Toison d’or. Il y a peu d’Auteurs anciens qui ne parlent de cette fameuse conquête. Elle a exercé l’esprit de nos savants, qui ont fait beaucoup de dissertations sur ce sujet, et M. l’Abbé Banier, qui en a inséré plusieurs dans les Mémoires de l’Académie des Belles Lettres, regarde ce fait comme si constant, qu’on ne peut, dit-il (Mytlolog T. III. P.198.), le détacher de l’histoire ancienne de la Grèce, sans renverser presque toutes les généalogies de ce temps-là. Nous avons un Poème là-dessus sous le nom d Orphée ; mais Vossius prétend que ce Poète n’en est pas l’Auteur, et que ce Poème n’est pas plus ancien que Pisistrate (Vossius de Poëti Graecis et Latinis, cap.9.). On l’attribue à Onomacrite, et l’on dit qu’il fut composé vers la 50e. Olympiade. Il pourrait bien se faire que cet Onomacrite n’en fût pas l’Auteur, mais seulement le restaurateur, ou qu’il en eut recueilli tous les fragments dispersés, comme Aristarque ceux d Homère. Apollonius de Rhodes en composa un sur la même matière vers le temps des premiers Ptolomées. Pindare en fait un assez long détail dans la quatrième Olympique, et dans la troisième Isthmique ; beaucoup d’autres Poètes font de fréquentes allusions à cette conquête. Mais ce qui prouve l’antiquité de cette fable, c’est qu’Homère en dit deux mots dans le douzième Livre de l’Odyssée M. l’Abbé Banier trouve une erreur dans cet endroit de ce dernier Poète, et dit qu’il fait parler Circé de certaines roches errantes comme situées sur le détroit qui sépare la Sicile de l’Italie, et qu’elles sont en effet à l’entrée du Pont-Euxin. Pour ajuster cette expédition aux idées de M. l’Abbé Banier, ces roches ne sauraient à la vérité se trouver au lieu marqué dans Homère ; mais j’aurais cru qu’il était plus à propos de chercher les moyens d’accorder M. l’abbé Banier avec Homère, que d’accuser ce Poète d’erreur, pour éluder les difficultés que cet endroit faisait naître. Il est aisé de se tirer d’embarras quand on a recours à de semblables ressources. Homère avait sans doute ses raisons pour placer là ces roches errantes ; car la plupart des erreurs que l’on trouve dans ce Poète, et dans les autres inventeurs des fables, semblent y être mises avec affectation, comme pour indiquer à la postérité que ce sont des fictions pures qu’ils débitent, et non de véritables histoires. Les lieux que l’on fait parcourir aux Argonautes, les endroits où on les fait aborder sont si éloignés de la route qu’ils auraient dû et put tenir ; il y a même une impossibilité si manifeste qu’ils aient tenu celle dont Orphée parle, qu’on voit clairement que l’intention de ce Poète n’était que de raconter une fable. Les difficultés qui se présentent en foule à un Mythologue qui veut trouver une véritable histoire dans cette fiction, n’ont pas rebuté la plupart des savants. Eustathe (Sur le vers 686 de Denys Perigete.) parmis les Anciens, l’a regardé comme une expédition militaire, laquelle, outre l’objet de la Toison d’or, c’est-à-dire, selon lui, le recouvrement des biens que Phryxus avait emportés dans la Colchide, avait encore d’autres motifs, comme celui de trafiquer sur les côtes du Pont-Euxin, et d’y établit quelques colonies pour en assurer le commerce. Ceux qui ont voulu ramener la plupart des Fables anciennes à l’Histoire Sainte, comme le P. Thomasin et M. Huet, se sont imaginés y voir l’histoire d’Abraham, d’Agar et de Sara, de Moïse et de Josué. En suivant de pareilles idées, il n’est point de fables, si palpablement fables qu’elles soient, qu’on ne puisse y faire venir. Eustathe, pour accréditer son sentiment, dit qu’il y avait un nombre de vaisseaux réunis en une flotte, dont le Navire Argo en était comme l’Amiral ; mais que les Poètes n’ont parlé que d’un seul vaisseau, et n’ont nommé que les seuls chefs de cette expédition. Je ne pense pas qu’on en croit cet Auteur sur sa parole, puisqu’il n’en a d’autre garant que la raison de convenance, qui exigeait que les choses fussent ainsi pour que son sentiment pût se soutenir. M. l’Abbé Banier, qui suit assez bien Eucasthe dans ce genre de preuves, décide hardiment que cette expédition n’est point le mystère du grand oeuvre. A-t-il prononcé avec connaissance de cause ? avait-il lu les Philosophes ? avait-il même du grand oeuvre l’idée qu’il faut en avoir ? Je répondrais bien qu’il n’en connaissait que le nom, mais nullement les principes. Pour donner une idée juste de cette fiction, il faudrait prendre la chose dès son origine, expliquer comment cette prétendue Toison d’or fut portée dans la Colchide, et faire toute l’histoire d’Athamas, d’Ino, de Nephelé, d’Hellé et de Phryxus, de Léarque et de Mélicette ; mais comme nous aurons occasion d’en parler dans le quatrième Livre, en expliquant les Jeux Isthmiques, nous entrerons seulement dans le détail de cette expédition, en suivant ce qu’Orphée et Apollonius en ont rapporté. Jason eu pour père Eson, Créthéus pour aïeul, Eole pour bisaïeul, et Jupiter pour trisaïeul. Sa mère fut Polimede, fille d’Autolycus, d’autres disent Alcimede, ce qui convient également pour le fond de l’histoire, suivant mon système. Tyro, fille de Salmonée, élevée par Créthéus, frère de celui-ci, plut à Neptune, et en eut Nélée et Pélias ; elle ne laissa pas ensuite d’épouser Créthéus son oncle, dont elle eut trois fils, Eson, Pherès et Amithaon. Créthéus bâtit la ville d’Iolcos, donc il fit la capitale de ses Etats, et laissa en mourant la couronne à Eson. Pélias, à qui Créthéus n’avait point donné d’établissement, comme ne lui appartenant pas, se rendit puissant par ses intrigues, et détrôna Eson. Jason qui vint au monde sur ces entrefaites, donna de la jalousie et de l’inquiétude à Pélias, qui chercha en conséquence tous les moyens de le faire périr. Mais Eson, avec son épouse, ayant pénétré les mauvais desseins de l’usurpateur, portèrent le Jeune Jason, qui s’appelait alors Diomede, dans l’antre de Chiron, fils de Saturne et de la Nymphe Philyre, qui habitait sur le Mont Pélion, et lui confièrent son éducation. Le Centaure passait pour l’homme le plus sage et le plus habile de son temps. Jason y apprit la Médecine et les Arts utiles à la vie. Ce jeune Prince, devenu grand, s’introduisit dans la Cour d’Iolcos, après avoir exécuté de point en point tout ce que l’Oracle lui avait prescrit. Pélias ne douta pas que Jason ne s’acquît bientôt la faveur du Peuple et des Grands. Il en devint jaloux, et ne cherchant qu’un honnête prétexte pour s’en défaire, il lui proposa la conquête de la Toison d’or, persuadé que Jason ne refuserait pas une occasion si favorable d’acquérir de la gloire. Pélias, qui en connaissait tous les risques, pensait qu’il y périrait. Jason prévoyait lui-même tous les dangers qu’il avait à courir. La proposition fut néanmoins de son goût, et son grand courage ne lui permit pas de ne point l’accepter. Il disposa donc tout pour cet effet, et suivant les conseils de Pallas, il fit construire un vaisseau, auquel il mit un mât fait d’un chêne parlant de la forêt de Dodone. Ce vaisseau fut nommé le Navire Argo ; et les Auteurs ne sont pas d’accord sur le motif qui le fit nommer ainsi. Apollonius, Diodore de Sicile, Servius et quelques autres prétendent que ce nom lui fut donné, parce qu’Argus en proposa le dessein ; et l’on varie encore beaucoup sur cet Argus, les uns le prenant pour le même que Junon employa à la garde d’Io, fils d’Arustor ; mais Meziriac (Sur l’Ep. Hypsiphile à Jason.) veut qu’on lise dans Apollonius de Rhodes, fils d’Alector, au lieu de fils d’Arestor. Sans entrer dans le détail des différents sentiments au sujet de la dénomination de ce vaisseau, que l’on peut voir dans plusieurs Auteurs, je dirai seulement qu’il fut construit du bois du Mont Pélion, suivant l’opinion la plus commune des Anciens. Prolémée Ephestion dit, au rapport de Photius, qu’Hercule lui-même en fut le constructeur. La raison que M. l’Abbé Banier apporte pour rejeter cette opinion, n’est point du tout concluante à cet égard. Quant à la forme de ce vaisseau, les Auteurs ne sont pas plus d’accord entre eux. Les uns disent qu’il était long, les autres rond ; ceux-là, qu’il avait vingt-cinq rames de chaque côté ; ceux-ci qu’il en avait trente ; mais on convient en général qu’il n’était pas fait comme les vaisseaux ordinaires. Orphée et les plus anciens Auteurs qui en ont parlé, n’ayant rien dit de cette forme, tout ce que les autres en rapportent n’est fondé que fur des conjectures . Toutes les circonstances de cette expédition prétendue souffrent contradiction. On varie et sur le Chef et sur le nombre de ceux qui l’accompagnèrent. Quelques-uns assurent qu’Hercule fut d’abord choisi pour Chef, et que Jason ne le devint qu’après qu’Hercule eut été abandonné dans la Troade, où il était descendu à terre pour aller chercher Hylas. D’autres prétendent qu’il n’eut aucune part à cette entreprise ; mais le sentiment ordinaire est qu’il s’embarqua avec les Argonautes. Quant au nombre de ceux-ci, on ne peut rien établir de certain, puisque des Auteurs en nomment dont les autres ne font aucune mention. On en compte communément cinquante, tous d’origine divine. Les uns fils de Neptune, les autres de Mercure, de Mars, de Bacchus, de Jupiter. On peut en voir les noms et l’histoire abrégée dans le Tome troisième de la Mythologie de M. l’Abbé Banier, page 211 et Suiv. où il explique le tout conformément à ses idées, et décide à son ordinaire qu’il faut rejeter ce qu’il ne peut y ajuster. Il admet, par exemple, dans le nombre de ces Argonautes, Acaste, fils de Pélias, et Nélée, frère de celui-ci. Y a-t-il apparence, si cette expédition était un fait véritable, qu’on eût supposé que Pélias, persécuteur et ennemi juré de Jason ; ce Pélias même qui n’engageait ce neveu dans cette expédition périlleuse, que parce qu’il regardait sa perte comme assurée, eût permis à Acaste de l’y accompagner, lui qui ne cherchait à faire périr Jason que pour conserver la couronne à ce fils ? On ne manquerait pas de raison pour en rejeter d’autres que ce savant Mythologue admet sur la foi d’autres Auteurs ; et il serait aisé de prouver qu’ils ne pouvaient s’y être trouvés, suivant le système de ce savant ; mais il faudrait une discussion qui n’entre pas dans mon plan. Lorsque tout fut prêt pour le voyage, la troupe de Héros s’embarqua, et le vent étant favorable on mit à la voile, on aborda en premier lieu à Lemnos, afin de se rendre Vulcain favorable. Les femmes de cette Isle ayant, dit-on, manquées de respect à Vénus, cette Déesse, pour les en punir, leur avoir attaché une odeur insupportable, qui les rendit méprisables aux hommes de cette Isle. Les Lemniennes piquées complotèrent entre elles de les assassiner tous pendant leur sommeil. La seule Hypsiphile conserva la vie à son père Thoas, qui pour lors était Roi de l’Isle, Jason s’acquit les bonnes grâces d’Hypsiphile, et en eut des enfants. Au sortir de Lemnos, les Tyrrémens leur livrèrent un sanglant combat, où tous ces Héros furent blessés, excepté Glaucus qui disparut, et fut mis au nombre des Dieux de la mer (Pausis dans Athen. 1. 7. c. 12.), Delà ils tournèrent vers l’Asie, abordèrent à Marsias, à Cius, à Cyzique, en Ibélie : ils s’arrêtèrent ensuite dans la Béblycie, qui était l’ancien nom de la Bithynie, s’il faut en croire Servius (Sur le 5e. liv. de l’Enéide, v. 373.), Amycus qui y régnait, avait coutume de défier au combat du ceste ceux qui arrivaient dans ses Etats. Pollux accepta le défi, et le fit périr sous ses coups. Nos voyageurs arrivèrent après cela vers les Syrtes de la Lybie, par où l’on va en Egypte. Le danger qu’il y avait à traverser ces Syrtes, fit prendre à Jason et à ses compagnons le parti de porter leur vaisseau sur leurs épaules pendant douze jours, à travers les déserts de la Lybie ; au bout duquel temps ayant retrouvé la mer, ils le remirent à flots. Ils purent aussi rendre visite à Phinée, Prince aveugle, et sans cesse tourmenté par les Harpies, dont il fut délivré par Calais et Zethès, enfants de Borée, qui avaient des ailes. Phinée, devin et plus clairvoyant des yeux de l’esprit que de ceux du corps, leur indiqua la route qu’ils devaient tenir. Il faut, leur dit-il, aborder premièrement aux Inès Cyances, (que quelques-uns ont appelées Symplegades, ou écueils qui s’entre heurtent ). Ces Isles jettent beaucoup de feu ; mais vous éviterez le danger en y envoyant une colombe. Vous passerez de-là en Bithynie, et laisserez à côté l’Isle Thyniade. Vous verrez Mariandynos, Achéruse, la Ville des Enetes, Carambim, Halym, Iris, Thémiscyre, la Cappadoce, les Calybes, et vous arriverez enfin au fleuve Phasis, qui arrose la terre de Circée, et de-là en Colchide où est la Toison d’or. Avant d’y arriver les Argonautes perdirent leur Pilote Tiphis, et mirent Ancée à sa place. Toute la troupe débarqua enfin sur les terres d’ AEtes, fils du Soleil et Roi de Colchos, qui leur fit un accueil très gracieux. Mais comme il était extrêmement jaloux du trésor qu’il possédait, lorsque Jason parut devant lui, et qu’il eut été informé du motif qui l’amenait, il parut consentir de bonne grâce à lui accorder sa demande ; mais il lui fit le détail des obstacles qui s’opposaient à ses désirs. Les conditions qu’il lui prescrivit étaient si dures, qu’elles auraient été capables de faire désister Jason de son dessein. Mais Junon qui chérissait Jason, convint avec Minerve qu’il fallait rendre Médée amoureuse de ce jeune Prince, afin qu’au moyen de l’art des enchantements dont cette Princesse était parfaitement instruite, elle le tirerait des périls où il s’exposerait pour réussir dans son entreprise. Médée prit en effet un tendre intérêt à Jason ; elle lui releva le courage, et lui promit tous les secours qui dépendaient d’elle, pourvu qu’il s’engageât à lui donner sa foi. La Toison d’or était suspendue dans la forét de Mars, enceinte d’un bon mur, et l’on ne pouvait y entrer que par une seule porte gardée par un horrible Dragon, fils de Typhon et d’Echidna. Jason devait mettre sous le joug deux Taureaux, présent de Vulcain, qui avaient les pieds et les cornes d’airain, et qui jetaient des tourbillons de feu et de flammes par la bouche et les narines ; les atteler à une charrue, leur faire labourer le champ de Mars, et y semer les dents du Dragon, qu’il fallait avoir tué auparavant. Des dents de ce Dragon semées devaient naître des hommes armés, qu’il fallait exterminer jusqu’au dernier, et que la Toison d’or serait ainsi la récompense de sa victoire. Jason apprit de son amante quatre moyens pour réussir. Elle lui donna un onguent dont il s’oignit tout le corps, pour se préserver contre le venin du Dragon, et le feu des Taureaux. Le second fut une composition somnifère qui assoupirait le Dragon sitôt que Jason la lui aurait jetée dans la gueule. Le troisième une eau limpide pour éteindre le feu des Taureaux ; le quatrième enfin une médaille, sur laquelle le Soleil et la Lune étaient représentés. Dès le lendemain Jason muni de tout cela se présente devant le Dragon, lui jette la composition enchantée ; il s’assoupit, s’endort, devient enflé et crève. Jason lui coupe la tête, et lui arrache les dents. A peine a-t-il fini que les Taureaux viennent à lui, en faisant jaillir une pluie de feu. Il s’en garantit en leur jetant son eau limpide. Ils s’apprivoisent à l’instant ; Jason les saisit, les met sous le joug, labour le champ et y sème les dents du Dragon. Tout aussitôt en voit sortir des combattants ; mais suivant, toujours les bons conseils de Médée, il s’en éloigne un peu, leur jette une pierre qui les met en fureur ; ils tournent leurs armes les uns contre les autres, et s’entre-tuent tous. Jason délivré de tous ces périls, court se saisir de la Toison d’or, revient victorieux à son vaisseau, et part avec Médée, pour retourner dans sa patrie. Telle est en abrégé la narration d’Orphée, ou, si l’on veut, d’Onomacrite. M. l’Abbé Banier dit que l’Argonaute Orphée avait écrit une relation de ce voyage en langue Phénicienne. Je ne vois pas sur quoi ce Mythologue fonde cette supposition. Orphée n’était pas Phénicien ; il accompagnait des Grecs, et il écrivait pour des Grecs. Brochart lui aura sans doute fourni cette idée, parce qu’il prétendait trouver l’explication de ces fictions dans l’étymologie des noms Phéniciens. Mais ce système ne peut avoir lieu à l’égard de l’expédition des Argonautes, dont tous les noms sont Grecs et non Phéniciens. Si Onomacrite a fait son Poème Grec sur le Poème Phénicien d’Orphée, et qu’il n’entendît pas cette dernière langue, comme le prétend M. l’Abbé Banier, Onomacrite aura-t-il pu suivre Orphée ? Si l’on me présentait un Poème Chinois que Je n’entendisse pas, pourrais-je le traduire ou l’imiter ? La relation d’Apollonius de Rhodes, et celle de Valerius Flaccus ne différent guère de celle d’Orphée ; mais plusieurs Anciens y ont ajouté des circonstances qu’il est inutile de rapporter. Ceux qui ont lu ces Auteurs y ont vu que Médée, en se sauvant avec Jason, massacra son frère Absyrthe, le coupa en morceaux, et répandit ses membres sur la route, pour retarder les pas de son père, et de ceux qui la poursuivaient ; qu’étant arrivée dans le pays de Jason, elle rajeunie Eson, père de son amant, et fit beaucoup d’autres prodiges. Ils y auront lu que Phryxus traversa l’Hellespont sur un Bélier, arriva à Colchos, y sacrifia ce Bélier à Mercure, et en suspendit la Toison, dorée par ce Dieu, dans la forêt de Mars ; qu’enfin de tous ceux qui entreprirent de s’en emparer, Jason fut le seul à qui Médée prêta son secours, sans lequel on ne pouvait réussir. Avant d’entrer dans le détail des explications Hermétiques de cette fiction, voyons en peu de mots ce qu’en ont pensé quelques savants accrédités. Le plus grand nombre l’a regardée comme la relation d’une expédition réelle, qui contribuait beaucoup à éclaircir l’histoire d’un siècle, dont l’étude est accompagnée de difficultés sans nombre. M. le Clerc (Bibliot. Unîv. c.21.) l’a prise pour le récit d’un simple voyage de Marchands Grecs, qui entreprirent de trafiquer sur les côtes Orientales du Pont-Euxin. D’autres prétendent que Jason fut à Colchos pour revendiquer les richesses réelles que Phryxus y avait emportées, d’autres enfin que c’est une allégorie. Plusieurs ont imaginé que cette prétendue Toison d’or devait s’entendre de l’or des mines emporté par les torrents du pays de Colchos, que l’on ramassait avec des toisons de Bélier ; ce qui se pratique encore aujourd’hui en différents endroits. Strabon est de ce dernier sentiment. Mais Pline pense avec Varron que les belles laines de ce pays-là ont donné lieu à ce voyage, et aux fables que l’on en a faites. Palephate, qui voulait expliquer tout à sa fantaisie, a imaginé que sous l’emblème de la Toison d’or, on avait voulu parler d’une belle statue de ce métal, que la mère de Pélops avait fait faire, et que Phryxus avait emportée avec lui dans la Colchide. Suidas croit que la Toison d’or était un livre de parchemin qui contenait l’Art Hermétique, ou le secret de faire de l’or. Tollius a voulu, dit M. l’Abbé Banier, faire revivre cette opinion, et a été suivi par tous les Alchimistes. Il est vrai que Jacques Tollius dans son Traité Fortuita, a adopté ce sentiment ; mais M. l’Abbé Banier, en disant que tous les Alchimistes pensent comme lui, donne une preuve bien convaincante qu’il n’a pas lu les ouvrages des Philosophes Hermétiques, qui regardent la fable de la Toison d’or, non pas comme Suidas et Tollius, mais comme une allégorie du grand oeuvre, et de ce qui se passe dans le cours des opérations de cet Art. On en sera convaincu si l’on veut prendre là peine de lire les ouvrages de Nicolas Flamel, d’Augurelle, de d’Espagnet, de Philalèthe, etc. Quelques Auteurs ont tenté de donner à cette fable un sens purement moral ; mais ils ont échoué : d’autres enfin forcés par l’évidence ont avoué que c’était une allégorie faite pour expliquer les secrets de la Nature, et les opérations de l’Art Hermétique, Noël le Comte est de ce sentiment (Mythol. 1 6. c. 8.), quant à cette fiction, sans cependant l’admettre pour les autres. Eustathius parmi les Anciens l’explique de la même sorte dans des notes sur Denis le Géographe. Examinons légèrement ces différentes opinions, le Lecteur pourra, juger ensuite quelle est la mieux fondée. Quelques différentes et extravagantes que soient, au moins en apparence, les relations des Auteurs, tant de l’allée que du retour des Argonautes, on prétend tirer de l’existence réelle de ces lieux qu’on leur fait parcourir une preuve de la réalité de cette expédition. De graves Historiens les ont en conséquence adoptées en tout ou en partie, tels qu’Hétacée de Milet, Timagete, Timée, etc. Sirabon même, qui n’y ajoute pas foi, fait mention des monuments trouvés dans les lieux cités par les Poètes. Mais ne sait-on pas qu’une fiction, un roman, n’ont de grâce qu’autant que ce qu’ils mènent sur la scène approche du vrai ? Le vraisemblable les fait prendre pour des histoires ; sans cette qualité, on n’y verrait qu’une fable pure, aussi puérile et aussi insipide que les Contes des Fées. L’existence réelle des lieux de ces pays-là ne saurait d’ailleurs former une preuve, pas même une présomption pour établir la réalité de cette histoire, puisque Diodore de Sicile (Liv. a. ch. 6.) assure positivement que la plupart des lieux de la Grèce ont tiré leurs noms de la doctrine de Musée, d’Orphée, etc. Or la doctrine de ces Poètes était celle qu’ils apprirent des Prêtres d’Egypte, et l’on a vu ci-devant que celles des Prêtres d’Egypte était la Philosophie d’Hermès, ou l’Art Sacerdotal, appelé depuis l’Art Hermétique. Mais ce qui prouve clairement que l’histoire des Argonautes n’est pas véritable, c’est que le temps, les personnes et leurs actions, jointes aux circonstances qu’on en rapporte, ne sont point du tout conformes à la vérité. Si l’on fait attention au temps, il sera aisé de voir combien se sont trompés ceux qui ont voulu en déterminer l’époque. Les savants ont trouvé un si grand embarras à ce sujet, qu’ils n’ont pû s’accorder entre eux. Presque tous ont pris pour point fixe l’événement de la guerre de Troye, parce qu’Homère dans son Iliade nomme quelques-uns de ces guerriers, ou leurs fils, ou leurs petits-fils comme ayant assistés à cette seconde expédition. Mais pour avoir un pôle fixe, avec lequel on pût faire comparaison, il eût fallu que l’époque même de la guerre de Troye fût déterminée ; ce qui n’est pas, comme nous le démontrerons dans le sixième livre. Ces deux époques étant donc aussi incertaines l’une que l’autre, elles ne peuvent se servir de preuves réciproques ; et tous les raisonnements que nos savants font en conséquence, tombent d’eux-mêmes. Toute l’érudition que l’on étale à ce sujet, n’est que de la poudre que l’on nous jette devant les yeux. Que Castor et Pollux, Philoctete, Euryalus, Nestor, Ascalaphus, Jalmenus et quelques autres soient supposés s’être trouvés aux deux expéditions, on prouverait tout au plus par-là qu’elles ne furent pas beaucoup éloignées l’une de l’autre ; mais cela n’en déterminerait pas l’époque précise. Les uns, avec Eusebe, mettent entre ces deux événements une distance de 96 ans, les autres, avec Scaliger, en comptent seulement 20 ; et M. l’abbé Banier, pour partager le différend, ne met qu’environ 35 ans. Apollodore fait mourir Hercule 55 ans avant la guerre de Troye (Clem. d’Alex. Strom. 1.I.). Hérodote ne compte qu’environ 400 ans depuis Homère jusqu’à lui, et près de 500 depuis Hercule jusqu’à Homère, quoiqu’il ne mette qu’environ 160 ans d’intervalle entre ce dernier et le siège de Troye. Hercule, suivant Hérodote, serait mort plus de 500 ans avant ce siège ; il faut donc en conclure qu’Hercule ayant été du nombre des Argonautes, cette expédition doit avoir précédé de 300 ans la prise de Troye. Mais, suivant ce calcul, comment quelques-uns des Argonautes, ou leurs fils auraient-ils pu se trouver à cette dernière expédition ? Hélène, qu’on dit en avoir été le sujet, eût été alors une beauté bien surannée, et peu capable d’être la récompense du jugement de Paris. Cette difficulté a paru si difficile à lever, que quelques Anciens, pour se tirer d’embarras, ont imaginé qu’Hélène, comme fille de Jupiter, était immortelle. Tous les Argonautes étant fils de quelque Dieu, ou descendus d’eux, ne pouvaient-ils pas avoir eu le même privilège ? Hérodote parle à la vérité de ce siège de Troye ; mais les difficultés et les objections qu’il se fait à lui-même sur sa réalité, et les réponses qu’il y donne, prouvent assez qu’il ne le croyait pas véritable. Nous discuterons tout cela dans le sixième Livre. Une autre difficulté non moins difficile a résoudre, se présente dans Thésée et sa mère AEthra. Thésée avait enlevé Ariadnee, et l’abandonna dans l’Isle de Naxo, où Bacchus l’ayant épousée, en eut Thoas, qui devint Roi de Lemnos et père d’Hypsiphile, qui reçue Jason dans cette Isle ; Thésée eut donc pu alors avoir été l’aïeul d’Hypsiphile, AEthhra sa bisaïeule. Comment celle-ci aura-t-elle pu se trouver esclave d’Hélène dans le temps de la prise de Troye ? Il n’est pas possible d’accorder tous ces faits, en n’admettant même avec M. l’Abbé Banier que 35 ans de distance entre ces deux événements. Thésée avait au moins 30 ans, lorsqu’il entreprit le voyage de l’Isle de Crète, pour délivrer sa patrie du tribut qu’elle payait à Minos ; puisqu’il avait déjà fait presque toutes les grandes actions qu’on lui attribut ; et qu’il avait été reconnu Roi d’Athènes. AEthra devait par conséquent en avoir au moins 45. Depuis ce voyage de Thésée jusqu’à celui des Argonautes, il doit s’être écoulé environ 40 ans ; puisque Thoas naquit d’Ariadne, devint grand, régna même dans l’isle de Lemnos, et eut entre autres enfants Hypsiphile, qui regnait dans cette Isle, lorsque Jason y aborda. Les Auteurs disent même que Jason racontait à Hypsiphile l’histoire de Thésée, comme une histoire du vieux temps. Nouvelle difficulté. Toute l’Antiquité convient que Thésée, âgé au moins de cinquante ans, et déjà célèbre par mille belles actions, ayant appris des nouvelles de la beauté d’Hélène, résolut de l’enlever. Il fallait bien qu’elle fût nubile, puisque d’anciens Auteurs assurent que Thésée, après l’avoir enlevée, la laissa grosse entre les mains de sa mère AEthra ; d’où elle fut ensuite retirée par ses frères Castor et Pollux. Ce fait doit avoir nécessairement précédé la conquête de la Toison d’or, à laquelle ces deux frères assistèrent. Que nos Mythologues lèvent toutes ces difficultés, et tant d’autres qu’il serait aisé de leur faire. Et quand même ils en viendraient à bout d’une manière à satisfaire les esprits les plus difficiles, pourraient-ils se flatter d’avoir déterminé l’époque précité du voyage des Argonautes ? Loin que M. l’Abbé Banier dans ses Mémoires présentés à l’Académie des Belles Lettres, et dans sa Mythologie, ait touché le but à cet égard, il semble n’avoir écrit que pour rendre cet événement plus douteux.
Le double Ka Égyptien
268
- Hermès
- Accueil
  - Livre d'Hermès
  - Salle d'Hermès
  - Hermès Corp 0
  - Hermès Corp 1
  - Hermès Corp 2
  - Hermès Corp 3
  - Hermès Corp 4
  - Hermès Corp 5
  - Hermès Corp 6
  - Hermès Corp 7
  - Hermès Corp 8
  - Hermès Corp 9
  - Hermès Corp 10
  - Hermès Corp 11
  - Hermès Corp 12
  - Hermès Corp 13
  - Hermès Corp 14
  - Hermès Corp 15
  - Hermès Corp 16
  - Hermès Corp 17
  - Hermès Corp 18
  - Hermès Corp 19
  - Hermès Corp 20
  - Hermès Corp 21
  - Hermès Corp 22
  - Hermès Corp 23
  - Hermès Corp 24
  - Hermès & Roy 1
  - Hermès & Roy 2
  - Hermès & Roy 3
  - Hermès & Roy 4
  - Hermès & Roy 5
  - Hermès & Roy 6
  - Hermès & Roy 7
  - Hermès & Roy 8
  - Fables Lévi 1
  - Fables Lévi 2
  - Fables Lévi 3
  - Fables Lévi 4
  - Fables Lévi 5
  - Fables Lévi 6
  - Fables Lévi 7
  - Fables Lévi 8
  - Fables Lévi 9
  - Fables Lévi 10
  - Fables Lévi 11
  - Fables Lévi 12
  - Ovide 1
  - Ovide 2
  - Ovide 3
  - Ovide 4
  - Ovide 5
  - Ovide 6
  - Ovide 7
  - Ovide 8
  - Ovide 9
  - Ovide 10
  - Ovide 11
  - Ovide 12
  - Ovide 13
  - Ovide 14
  - Ovide 15
  - Ovide 16
  - Ovide 17
  - Ovide 18
  - Ovide 19
  - Ovide 20
  - Ovide 21
  - Ovide 22
  - Ovide 23
  - Ovide 24
  - Ovide 25
  - Ovide 26
  - Ovide 27
  - Ovide 28
  - Ovide 29
  - Ovide 30
  - Ovide 31
  - Ovide 32
  - Ovide 33
  - Ovide 34
  - Ovide 35
  - Ovide 36
  - Ovide 37
  - Ovide 38
  - Ovide 39
  - Ovide 40
  - Ovide 41
  - Ovide 42
  - Ovide 43
  - Ovide 44
  - Ovide 45
  - Ovide 46
  - Ovide 47
  - Ovide 48
  - Ovide 49
  - Ovide 50
  - Ovide 51
  - Ovide 52
  - Ovide 53
  - Ovide 54
  - Ovide 55
  - VD F Olivet 1
  - VD F Olivet 2
  - VD F Olivet 3
  - VD F Olivet 4
  - VD F Olivet 5
  - VD F Olivet 6
  - VD F Olivet 7
  - VD F Olivet 8
  - VD F Olivet 9
  - VD F Olivet 10
  - VD F Olivet 11
  - VD F Olivet 12
  - VD F Olivet 13
  - VD F Olivet 14
  - VD F Olivet 15
  - VD F Olivet 16
  - VD F Olivet 17
  - VD F Olivet 18
  - VD F Olivet 19
  - VD F Olivet 20
  - VD F Olivet 21
  - VD F Olivet 22
  - VD F Olivet 23
  - VD F Olivet 24
  - VD F Olivet 25
  - VD F Olivet 26
  - Pythagore 1
  - Pythagore 2
  - Pythagore 3
  - Tablettes de Thoth
  - Tablette 1
  - Tablette 2
  - Tablette 3
  - Tablette 4
  - Tablette 5
  - Tablette 6
  - Tablette 7
  - Tablettes 8
  - Tablette 9
  - Tablette 10
  - Tablette 11
  - Tablette 12
  - Tablette 13
  - Tablette 14
  - Tablette 15
  - Salle du Corpus
  - Corpus avis
  - Livre 1 corpus
  - Livre 2 corpus
  - Livre 3 corpus
  - Livre 4 corpus
  - Livre 5 corpus
  - Livre 6 corpus
  - Livre 7 corpus
  - Livre 8 corpus
  - Livre 9 corpus
  - Livre 10 corpus
  - Livre 11 corpus
  - Livre 12 corpus
  - Livre 13 corpus
  - Livre 14 corpus
  - Livre 15 corpus
  - Livre 16 corpus
  - Livre 17 corpus
  - Intro table Em
  - Table Emeraude
  - T Emeraude A 1
  - T Emeraude A 2
  - T Emeraude A 3
  - Livre SIH intro
  - Livre SIH 1
  - Livre SIH 2
  - Livre SIH 3
  - Livre SIH 4
  - Livre SIH 5
  - Livre SIH 6
  - Livre SIH 7
  - Livre SIH 8
  - Livre SIH 9
  - Salle ésotérisme
  - Koot Houmi 1
  - Koot Houmi 2
  - Koot Houmi 3
  - Koot Houmi 4
  - Koot Houmi 5
  - Koot Houmi 6
  - Koot Houmi 7
  - Koot Houmi 8
  - Koot Houmi 9
  - Koot Houmi 10
  - Koot Houmi 11
  - Koot Houmi 12
  - Koot Houmi 13
  - Koot Houmi 14
  - Koot Houmi 15
  - Koot Houmi 16
  - Koot Houmi 17
  - Koot Houmi 18
  - RC et FM 1
  - RC et FM 2
  - RC et FM 3
  - Salle d'Alchimie
  - Espagnet 1
  - Espagnet 2
  - Espagnet 3
  - Espagnet 4
  - Espagnet 5
  - Espagnet 6
  - Espagnet 7
  - Espagnet 8
  - Espagnet 9
  - Espagnet 10
  - Ariadne 1
  - Ariadne 2
  - Ariadne 3
  - Ariadne 4
  - Ariadne 5
  - Ariadne 6
  - Ariadne 7
  - Ariadne 8
  - Ariadne 9
  - Ariadne 10
  - FEG Pernety 1
  - FEG Pernety 2
  - FEG Pernety 3
  - FEG Pernety 3D
  - FEG Pernety 4
  - FEG Pernety 5
  - FEG Pernety 6
  - FEG Pernety 7
  - FEG Pernety 8
  - FEG Pernety 9
  - FEG Pernety 10
  - FEG Pernety 11
  - FEG Pernety 12
  - FEG Pernety 13
  - FEG Pernety 14
  - FEG Pernety 15
  - FEG Pernety 16
  - FEG Pernety 17
  - FEG Pernety 18
  - FEG Pernety 19
  - FEG Pernety 20
  - FEG Pernety 21
  - FEG Pernety 22
  - FEG Pernety 22D
  - FEG Pernety 23
  - FEG Pernety 24
  - FEG Pernety 25
  - FEG Pernety 25D
  - FEG Pernety 26
  - FEG Pernety 27
  - FEG Pernety 28
  - FEG Pernety 28D
  - FEG Pernety 29
  - FEG Pernety 29D
  - FEG Pernety 30
  - FEG Pernety 31
  - FEG Pernety 32
  - FEG Pernety 33
  - FEG Pernety 33D
  - FEG Pernety 34
  - FEG Pernety 35
  - FEG Pernety 35D
  - FEG Pernety 36
  - FEG Pernety 37
  - FEG Pernety 38
  - FEG Pernety 39
  - FEG Pernety 40
  - FEG Pernety 41
  - FEG Pernety 42
  - FEG Pernety 43
  - FEG Pernety 44
  - FEG Pernety 45
  - FEG Pernety 46
  - FEG Pernety 47
  - FEG Pernety 48
  - FEG Pernety 49
  - FEG Pernety 50
  - FEG Pernety 51
  - FEG Pernety 52
  - FEG Pernety 53
  - FEG Pernety 54
  - FEG Pernety 55
  - FEG Pernety 56
  - FEG Pernety 57
  - FEG Pernety 58
  - FEG Pernety 59
  - Noce chimique 1
  - Noce chimique 2
  - Noce chimique 3
  - Noce chimique 4
  - Noce chimique 5
  - Noce chimique 6
  - Noce chimique 7
  - Noce chimique 16
  - Noce chimique 8
  - Noce chimique 9
  - Noce chimique 10
  - Noce chimique 11
  - Noce chimique 12
  - Noce chimique 13
  - Noce chimique 14
  - Noce chimique 15
  - Cantique 1
  - Cantique 2
  - Cantique 3
  - Cantique 4
  - Cantique 5
  - Cantique 6
  - Cantique 7
  - Cantique 8
  - Cantique 9
  - Cantique 10
  - Cantique 11
  - Cantique 12
  - Cantique 13
  - Cantique 14
  - Chrysopée 1
  - Chrysopée 2
  - Etoile 1
  - Etoile 2
  - Etoile 3
  - Basile Valentin 1
  - Basile Valentin 2
  - Basile Valentin 3
  - Basile Valentin 4
  - Basile Valentin 5
  - Basile Valentin 6
  - Basile Valentin 7
  - Givry 1
  - Givry 2
  - Givry 3
  - Givry 4
  - Givry 5
  - Givry 6
  - Givry 7
  - Givry 8
  - Givry 9
  - Givry 10
  - Givry 11
  - Givry 12
  - Givry 13
  - Givry 14
  - Irshou 1
  - Irshou 2
  - Irshou 3
  - Irshou 4
  - Irshou 5
  - Irshou 6
  - Irshou 7
  - Irshou 8
  - Irshou 9
  - Lettre Koot 1
  - Lettre Koot 2
  - Lettre Koot 3
  - Lettre Koot 4
  - Lettre Koot 5
  - Livre Liebniz 1
  - Livre de Liebniz 2
  - Livre de Liebniz 3
  - Grand arcane int
  - Grand arcane 1
  - Grand arcane 2
  - Grand arcane 3
  - Grand arcane 4
  - Grand arcane 5
  - Grand arcane 6
  - Grand arcane 7
  - Grand arcane 8
  - Grand arcane 9
  - Grand arcane 10
  - Grand arcane 11
  - Grand arcane 12
  - Grand arcane 13
  - Grand arcane 14
  - Grand arcane 15
  - Grand arcane 16
  - Grand arcane 17
  - Grand arcane 18
  - Grand arcane 19
  - Grand arcane 20
  - Grand arcane 21
  - Grand arcane 22
  - Grand arcane 23
  - Grand arcane 24
  - Grand arcane 25
  - Grand arcane 26
  - Grand arcane 27
  - Grand arcane 28
  - Grand arcane 29
  - Salle occultisme
  - Boehme 1
  - Boehme 2
  - Boehme 3
  - Boehme 4
  - Boehme 5
  - Boehme 6
  - Boehme 7
  - Cit Eliphas 1
  - Cit Eliphas 2
  - Cit Eliphas 3
  - Cit Eliphas 4
  - Cit Eliphas 5
  - Cit Eliphas 6
  - Clav Salomon 1
  - Clav Salomon 2
  - Clav Salomon 3
  - Clav Salomon 4
  - Clav Salomon 5
  - Clav Salomon 6
  - Clav Salomon 7
  - Clav Salomon 8
  - Clav Salomon 9
  - Clav Salomon 10
  - Clav Salomon 11
  - Clav Salomon 12
  - Clav Salomon 13
  - Clav Salomon 14
  - Clav Salomon 15
  - Clav Salomon 16
  - Clav Salomon 17
  - Clav Salomon 18
  - Voix silence 1
  - Voix silence 2
  - Voix silence 3
  - Voix silence 4
  - Voix silence 5
  - Voix silence 6
  - Voix silence 7
  - Voix silence 8
  - Voix silence 9
  - Voix silence 10
  - Voix silence 11
  - Voix silence 12
  - Voix silence 13
  - Voix silence 14
  - Voix silence 15
  - Voix silence 16
  - Voix silence 17
  - Voix silence 18
  - Evang Thomas 1
  - Evang Thomas 2
  - Evang Thomas 3
  - Evang Thomas 4
  - Evang Thomas 5
  - Evanf Thomas 6
  - Evang Thomas 7
  - Evang Thomas 8
  - Lao Tseu 1
  - Lao Tseu 2
  - Lao Tseu 3
  - Lao Tseu 4
  - Lao Tseu 5
  - Lao Tseu 6
  - Lao Tseu 7
  - Lao Tseu 8
  - Lao Tseu 9
  - Livre Hénoc 1
  - Livre Hénoc 2
  - Livre Hénoc 3
  - Livre Hénoc 4
  - Livre Hénoc 5
  - Livre Hénoc 6
  - Livre Hénoc 7
  - Bhagavad Gita 1
  - Bhagavad Gita 2
  - Bhagavad Gita 3
  - Bhagavad Gita 4
  - Bhagavad Gita 5
  - Bhagavad Gita 6
  - Bhagavad Gita 7
  - Bhagavad Gita 8
  - Bhagavad Gita 9
  - Bhagavad Gita 10
  - Bhagavad Gita 11
  - Bhagavad Gita 12
  - Bhagavad Gita 13
  - Bhagavad Gita 14
  - Bhagavad Gita 15
  - Bhagavad Gita 16
  - Bhagavad Gita 17
  - Bhagavad Gita 18
  - Bhagavad Gita 19
  - Méditation 1
  - Méditation 2
  - Méditation 3
  - Méditation 4
  - Médiation 5
  - Méditation 6
  - Méditation 7
  - Méditation 8
  - Méditation 9
  - Méditation 10
  - Meditation 11
  - Méditation 12
  - Méditation 13
  - Méditation 14
  - Méditation 15
  - Méditation 16
  - Méditation 17
  - Méditation 18
  - Méditation 19
  - Méditation 20
  - Méditation 21
  - Méditation 22
  - Médiation 23
  - Méditation 24
  - Meditation 25
  - Méditation 26
  - Méditation 27
  - Méditation 28
  - Méditation 29
  - Méditation 30
  - Méditation 31
  - Méditation 32
  - Méditation 33
  - Méditation 34
  - Méditation 35
  - Méditation 36
  - Méditation 37
  - Méditation 38
  - Méditation 39
  - Méditation 40
  - Méditation 41
  - Méditation 42
  - Méditation 43
  - Méditation 44
  - Méditation 45
  - Méditation 46
  - Méditation 47
  - Méditation 48
  - Méditation 49
  - Méditation 50
  - Méditation 51
  - Méditation 52
  - Méditation 53
  - Méditation 54
  - Méditation 55
  - Méditation 56
  - Méditation 57
  - Méditation 58
  - Méditation 59
  - Méditation 60
  - Méditation 61
  - Méditation 62
  - Méditation 63
  - Méditation 64
  - Méditation 65
  - Méditation 66
  - Méditation 67
  - Méditation 68
  - Méditation 69
  - Méditation 70
  - Méditation 71
  - Méditation 72
  - Méditation 73
  - Méditation 74
  - Méditation 75
  - Méditation 76
  - Méditation 77
  - Méditation 78
  - Méditation 79
  - Méditation 80
  - Méditation 81
  - Méditation 82
  - Méditation 83
  - Méditation 84
  - Méditation 85
  - Méditation 86
  - Méditation 87
  - Méditation 88
  - Méditation 89
  - Méditation 90
  - Méditation 91
  - Méditation 92
  - Méditation 93
  - Méditation 94
  - Méditation 95
  - Info travaux
  - Téléchargements
- Cabbale
- Tarot
- Contact
- Blogs & forums
.