Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre XI : Du Lotus et de la Fève d’Egypte. Le Lotus est une espèce de lys qui croît en abondance après l’inondation du Nil (Herod. L.2.c.92.). Les Egyptiens, après l’avoir coupé, le faisaient sécher au Soleil, et d’une partie de cette plante, qui ressemble au pavot, ils faisaient du pain. Sa, racine est ronde, de la grosseur d’une pomme, et fort bonne à manger. Le même Auteur dit (liv. 4. c. 177.) que le fruit du Lotus ressemble à celui du lentisque, aussi agréable au goût que celui du palmier. Les Lotophages, ainsi nommés de ce qu’ils usaient de ce fruit pour toute nourriture, en faisaient du vin. Les Egyptiens, au rapport de Plutarque (De Isis et Osir.), peignaient le Soleil naissant de la fleur de Lotus, non pas, dit-il, qu’ils croyaient qu’il soit né ainsi, mais parce qu’ils représentent allégoriquement la plupart des choses. M. Mahudel lut à l’Académie des inscriptions et Belles Lettres, en 1716, un Mémoire fort judicieux et très circonstancié sur les différentes plantes d’Egypte que l’on trouve dans les monuments de ce pays-là, et qui servent d’ornements ou d’attributs à Osiris, Isis , etc. Suivant lui, le Lotus est une espèce de Nymphaea, qui ne diffère de la Fève d’Egypte que par la couleur de sa fleur, qui est blanche, pendant que l’autre est d’un rouge incarnat, ce qui convient à l’idée que nous en donne Hérodote dans l’endroit que nous avons cité. Il est inutile d’en chercher la description dans Théophraste, Pline et Dioscoride, qui n’avaient pas vu ces plantes dans leur lieu natal. Si M. Mahudel avait soupçonné que la couleur du fruit et de la racine du Lotus et de la Fève d’Egypte, eussent mérité qu’il en fît mention, il n’aurait pas oublié d’en faire le détail ; mais il ne voyait que le fruit et la fleur dans les monuments ; il ne s’est attaché particulièrement qu’à cela. La feuille entrait aussi pour quelque chose dans les idées hiéroglyphiques des Egyptiens, puisqu’elle représente en quelque façon le Soleil par sa rondeur, et par ses fibres, qui d’un petit cercle, placé au centre de cette feuille, se répandent de tous côtés comme des rayons jusqu’à la circonférence. La fleur épanouie représente à peu près la même chose. Mais cette fleur est de toutes les parties de la plante, celle qui se remarque le plus communément sur la tête d’Isis, d’Osiris et des Prêtres mêmes qui étaient à leur service. Le rapport que les Egyptiens croyaient que la fleur du Lotus avait avec le Soleil, parce qu’au lever de cet Astre elle se montrait à la surface de l’eau, et s’y replongeait des qu’il était couché, n’était pas précisément le seul qui la lui avait fait consacrer. Si les Antiquaires avaient pu distinguer, ou du moins s’ils avaient eu l’attention d’examiner quelle était là couleur des fleurs qu’on mettait sur la tête d’Osiris, et de celles qu’on mettait sur celle d’Isis, ils auraient vu sans doute que la fleur incarnate de la Fève d’Egypte ne se trouvait jamais sur la tête d’Isis, mais seulement la fleur blanche du Lotus, et qu’on affectait la première à Osiris. La ressemblance entière de ces deux plantes a empêché de soupçonner du mystère dans le choix, et de remarquer cette différence. On pourra trouver dans la suite, ou l’on a peut-être déjà quelques monuments Egyptiens colorés, sur lesquels on verra cette distinction. Les inventeurs des hiéroglyphes n’en admirent aucun qui n’eût un rapport avec la chose signifiée. Plutarque (Loc. cit.) l’a entrevu dans la couleur du fruit des plantes donc nous parlons, qui a la forme d’une coupe de ciboire, et qui en portait le nom chez les Grecs. Voyant un enfant représenté assis sur ce fruit, il a dit que cet enfant était le crépuscule, par rapport à la ressemblance de la couleur de ce beau moment du jour avec celle de ce fruit. Il était donc à propos de faire attention à la couleur même de ces attributs, pour pouvoir en donner des interprétations justes, et conformes aux idées de leurs instituteurs. On a dû remarquer jusqu’ici que la couleur jaune et la rouge étaient particulièrement celles d’Horus et d’Osiris, et la blanche celle d’Isis ; parce que les deux premières étaient les couleurs du Soleil, et la blanche celle de la Lune, dans le système Hermétique même. Il est donc vraisemblable que les Egyptiens employèrent le Lotus et la Fève d’Egypte dans leurs hiéroglyphes, à cause de leur couleur différente, puisque étant semblables pour tout le reste, une de ces deux plantes aurait suffi. La plupart des vases, sur la coupe desquels on voit un enfant assis, sont le fruit du Lotus. CHAPITRE XII. Du Colocasia. Le Colocasia est une espèce de Arum ou de pied de veau, qui croît dans les lieux aquatiques. Ses feuilles sont grandes, nerveuses en-dessous, attachées à des queues longues et grosses : sa fleur est du genre des fleurs de pied de veau, fait en forme d’oreilles d’âne ou de cornet, dans lequel est placé le fruit, composé de différentes baies rouges, entassées comme en grappe tout le long d’une espèce de pilon qui s’élève du fond de la fleur. Les Arabes font un grand commerce de sa racine, qui est bonne à manger. On reconnaît cette fleur sur la tête de plusieurs Divinités, et plus souvent sur celle de quelques Harpocrates ; non qu’elle fût un symbole de fécondité, comme le disent quelques-uns ; mais parce que la couleur rouge de ses fruits représentait Horus Hermétique, avec lequel on a souvent confondu Harpocrate, et que ce Dieu du silence ne fut inventé, que pour marquer le silence que l’on devait garder au sujet de ce même Horus. CHAPITRE XIII. Du Persea. C’est un arbre qui croît aux environs du grand Caire. Ses feuilles sont très semblables à celles du laurier, excepté qu’elles sont plus grandes. Son fruit a la figure d’une poire, et renferme un noyau, qui a le goût d’une châtaigne. La beauté de cet arbre qui est toujours vert, la ressemblance de ses feuilles a une langue, et celle de son noyau à un coeur, l’avaient fait consacrer au Dieu du silence, sur la tête duquel on le voit plus ordinairement que sur celle d’aucune autre Divinité. Il y est quelquefois entier, d’autres fois ouvert pour faire paraître l’amande ; mais toujours pour annoncer qu’il faut savoir conduire sa langue, et conserver dans le coeur le secret des mystères d’Isis, d’Osiris, et des autres Divinités dorées de l’Egypte. C’est pour cette raison qu’on le voit quelquefois sur la tête d’Harpocrate rayonnante, ou posé sur un croissant (Antiq. Explicat. De Montfaucon, T. II.p2.pl.124.fig.8.et 10.). CHAPITRE XIV. Du Musca ou Amusa. Quelques Botanistes et plusieurs Historiens l’ont qualifié d’arbre, quoiqu’il soit sans branches. Son tronc est ordinairement gros comme la cuisse d’un homme, spongieux, couvert de plusieurs écorces ou feuilles écailleuses, couchées les unes sur les aunes ; ses feuilles sont larges, obtuses, et leur longueur surpasse quelquefois sept coudées (Mém. de l’Acad. des Inscript. et Bell. Lett. T.III.). Elles sont affermies par une côte grosse et large, qui règne au milieu tout du long ; du sommet de la tige naissent des fleurs rouges ou jaunâtres. Les fruits qui leur succèdent sont d’un goût agréable, et ressemblent assez à un concombre doré. Sa racine est longue, grosse, noire en dehors, charnue et blanche en dedans. Quand on fait des incisions à cette racine, elle rend un suc blanc, mais qui devient ensuite rouge. M. Mahudel, avec plusieurs Antiquaires, ne voient dans cette plante que sa seule beauté, capable d’avoir déterminé les Egyptiens à la consacrer aux Divinités locales de la contrée, où elle croissait avec plus d’abondance ; mais puisque tout était mystère chez ce peuple, puisqu’il l’employait dans ses hiéroglyphes, sans doute qu’il y attachait quelque idée particulière, et qu’il avait remarqué dans cette plante quelque rapport avec ces Divinités. Les panaches d’Osiris et de ses Prêtres ; ceux d’Isis, où ces feuilles se trouvent quelquefois ; le fruit coupé qui se fait voir entre les deux feuilles qui forment le panache ; Isis enfin qui présente la tige fleurie de cette plante à son époux, sont des choses que la Table Isiaque nous met plus d’une fois devant les yeux, croira-t-on que la seule beauté de cette plante en soit le motif ? n’est-il pas plus naturel de penser qu’un peuple aussi mystérieux ne le faisait pas sans avoir quelque autre objet en vue ? Il pouvait donc y avoir du mystère là-dessous, et il s’y en trouvait en effet ; mais un mystère très aisé à dévoiler pour celui qui, après avoir fait quelques réflexions sur ce que nous avons dit, verra dans la description de cette plante les quatre couleurs principales du grand oeuvre. Le noir se trouve dans la racine, comme la couleur noire est la racine, la base, ou la clef de l’oeuvre ; si l’on enlève cette écorce noire, on découvre le blanc ; la pulpe du fruit est aussi de cette dernière couleur ; les fleurs qu’Isis présente à Osiris sont jaunes et rouges, et la pelure du fruit est dorée. La Lune des Philosophes est la matière parvenue au blanc ; la couleur jaune safranée et la rouge qui succèdent à la blanche, sont le Soleil ou l’Osiris de l’art ; on avait donc raison de représenter Isis dans la posture d’une personne qui offre une fleur rouge à Osiris. On peut enfin observer que les attributs d’Osiris participent tous en tout ou en partie de la couleur rouge ou de la jaune, ou de la safranée ; et ceux d’Isis, du noir et du blanc pris séparément, ou mélangés, parce que les monuments Egyptiens nous représentent ces Divinités, suivant les différents états où se trouve la matière de l’oeuvre pendant le cours des opérations. On peut donc rencontrer des Osiris de toutes les couleurs ; mais il faut alors faire attention aux attributs qui l’accompagnent. Si l’Auteur du monument était au fait des mystères d’Egypte, et qu’il ait voulu représenter Osiris dans sa gloire, les attributs seront rouges ou du moins safranés : dans son expédition des Indes, ils seront variés de différentes couleurs ; ce qui était indiqué par les tigres et les léopards qui accompagnaient Bacchus en Ethiopie, ou mort, les couleurs seront ou noires ou violettes, mais jamais on y trouvera du blanc sans mélange, comme on ne verra jamais aucun attribut d’Isis purement rouge. Il serait à souhaiter, quand on trouve quelque ancien monument coloré, que l’on recommandât au Graveur de blasonner tout ce qui y est représenté ; ou que celui qui en donne la description au Public, eut l’attention d’en désigner exactement les couleurs. Il ne serait pas moins à propos d’obliger le Graveurs à représenter les monuments tels qu’ils sont, ne pas leur laisser la liberté de changer les proportions et les attitudes des figures, sous prétexte de suppléer à l’ignorance des anciens Artistes, et de donner une forme plus gracieuse à ces figures. L’exactitude est d’une très grande conséquence, particulière-ment pour les attributs. Un ouvrage sur les Antiques, mis au jour depuis peu d’années, m’oblige à faire cette observation. Les Grecs et les Romains qui regardaient comme barbare tout ce qui n’était pas né à Rome ou à Athènes, exceptèrent les Egyptiens d’une imputation si injuste ; et leurs meilleurs Auteurs, loin d’imiter Juvenal, Virgile, Martial, et surtout Lucien, qui déploient les railleries les plus fines contre les superstitions des Egyptiens, sont remplis des éloges qu’ils donnent à leur politesse et à leur savoir. Ils avouaient que leurs grands hommes y avaient puisé toutes ces belles connaissances, dont ils ornèrent dans la suite leurs ouvrages. Si l’on ne peut absolument justifier le peuple d’Egypte sur l’absurdité et le ridicule du culte qu’il rendait aux animaux, n’attribuons pas aux Prêtres et aux savants de ce pays-là des excès donc leur sagesse et leurs connaissances les rendaient incapables. Les traditions s’obscurcissent quelquefois à mesure qu’elles s’éloignent de leur source. Les hiéroglyphes si multipliés peuvent dans la suite des temps avoir été interprétés par des gens peu ou point instruits de leur véritable signification. Les Auteurs qui ont puisé dans cette source impure n’ont pu le transmettre que de la manière qu’ils l’ont reçue, ou peut-être encore plus défigurée. Il semble même Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, et quelques autres cherchent à excuser les Egyptiens, en apportant des raisons vraisemblables du culte qu’ils rendaient aux animaux. Ils disent qu’ils adoraient dans ces animaux la Divinité dont les attributs se manifestaient dans chaque animal, comme le Soleil dans une goutte d’eau qui est frappée de ses rayons (Plutarq. de Isid. et Osir.). Il est certain d’ailleurs que tout culte n’est pas un culte religieux, et encore moins une vraie adoration ; et tout ce qui est placé dans les temples, même pour être l’objet de la vénération publique, n’est pas au rang des Dieux. Les Historiens ont donc pu se tromper dans le récit qu’ils ont fait des Dieux de l’Egypte, même quant à ce qui regardait le culte du peuple, et à plus forte raison pour ce qui regardait les Prêtres et les Philosophes, dont ils ignoraient les mystères. L’écriture symbolique, connue sous le nom d’hiéroglyphes, n’était pas contraire au dessein que les Egyptiens avaient de travailler pour la postérité. M. le Comte de Caylus (Recueil. D’Antiq. pag. 2.) n’est pas entré dans leurs idées à cet égard. Ces hiéroglyphes furent un mystère dans le temps même de leur institution, comme ils le sont encore, et le seront toujours pour ceux qui cherchent à les expliquer par d’autres moyens que ceux que je propose. Le dessein de leurs instituteurs n’était pas d’en rendre la connaissance publique, et en les gravant sur leurs monuments pour les conserver à la postérité, ils ont agi comme les Philosophes Hermétiques, qui n’écrivent en quelque façon que pour être entendus de ceux qui sont au fait de leur science, ou pour donner quelques traits de lumières absorbés, pour ainsi dire, dans une obscurité si grande, que les yeux les plus clairvoyants n’en sont frappés qu’après de longues recherches et de profondes médications. La plupart des antiquités Egyptiennes sont donc de nature à ne pouvoir nous flatter de les éclaircir parfaitement. Toutes les explications qu’on voudra tenter de donner pour les ramener à l’histoire, se réduiront à des conjectures, parce que tout se ressent du mystère qui régnait dans ce pays, et que, pour fonder ses raisonnements sur l’enchaînement des faits, on trouve que le premier anneau de la chaîne qui les lie, aboutit à des fables. C’est donc à ces fables qu’il faut avoir recours ; et en les regardant comme telles, faire ses efforts pour en pénétrer la véritable signification. Quand on trouve un système qui les développe naturellement, il faut le prendre pour guide. Tous ceux que l’on a suivis jusqu’ici sont reconnus insuffisants par tous les Auteurs qui ont écrit sur les Antiquités. On y trouve à chaque pas des obstacles qu’on ne peut surmonter. Ils ne sont donc pas les vrais filets d’Ariadne qui nous serviront à nous tirer de ce labyrinthe ; il faut par conséquent les abandonner. En se conduisant sur les principes de la Philosophie Hermétique, et en les étudiant assez pour se mettre en état d’en faire de justes applications, il est peu d’hiéroglyphes qu’on ne puisse expliquer. On ne serait pas dans le cas d’admettre comme faits historiques ceux qui sont purement fabuleux, et de rejeter de ces faits des circonstances qui les caractérisent particulièrement, sous prétexte qu’elles y ont été cousues pour embellir la narration, et en augmenter le merveilleux. Cette der-nière méthode a été suivie par M. l’Abbé Banier dans sa Mythologie ; et quelque facilité qu’elle lui ait procuré, il se trouve souvent dans la fâcheuse nécessité d’avouer qu’il lui est impossible de débrouiller ce chaos. SECTION QUATRIEME. Des Colonies Egyptiennes. La Philosophie Hermétique ne fut pas toujours renfermée dans les Bornes de l’Egypte, où il semble qu’Hermès l’avait fait fleurir. Les habitants de ce pays-là s’étant trop multipliés, quelques-uns prirent le parti d’en sortir pour aller s’établir d’abord dans le voisinage, et puis dans les pays plus éloignés. Plusieurs chefs de famille y conduisirent des colonies, et emmenèrent des Prêtres instruits avec eux. Bélus qui fixa son séjour près de l’Euphrate, en établit à Babylone, qui furent surnommés Chaldéens. Ils devinrent célèbres par les connaissances qu’ils acquirent en observant les Astres à la manière d’Egypte. Des savants croient que le sabisme, ou cette sorte d’idolâtrie, qui a pour objet de son culte les Astres et les Planètes, commença dans la Chaldée, où ces Philosophes Egyptiens s’étaient fixés ; mais il est bien plus vraisernblable qu’ils l’y portèrent de l’Egypte d’où ils sortaient, et où le Soleil et la Lune étaient adorés sous le nom d’Osiris et d’Isis ; puisque Hérodote dit que l’Astrologie prit naissance en Egypte, où l’on convient qu’elle y était cultivée dès les temps les plus reculés. Le nom de science Chaldaïque qu’elle a porté depuis longtemps, prouve tout au plus que les Astrologues de la Chaldée devinrent plus célèbres que ceux des autres Nations. Babylone, capitale du pays, quoique la plus idolâtre de toutes les villes du monde, suivant l’idée que nous en donne le Prophète Jérémie (Ch. 50.), en l’appelant une terre d’Idoles, terra sculptilium, paraît avoir tiré ses Dieux de l’Egypte, dont elle avait conservé jusqu’aux monstres ; et in portentis gloriantur. Les Prêtres, instruits dans les mêmes sciences que ceux dont ils venaient de se séparer, savaient aussi sans doute à quoi s’en tenir au sujet du culte de ces Idoles ; mais obligés au même secret que ceux d’Egypte, ils se firent successivement un devoir de ne pas le divulguer. Les noms de Saturne et de Jupiter donnés à Bélus, prouvent assez clairement qu’on connaissait dans la Chaldée la généalogie des Dieux Hermétiques des Egyptiens. Danaiis tenta aussi un établissement hors de son pays. Il quitta l’Egypte sa patrie, et partit avec cinquante filles qu’il avait eues de plusieurs femmes, avec tous ses domestiques, et quelques Egyptiens qui voulurent bien le suivre. Il relâcha, dit-on, d’abord à Rhodes, où, après avoir consacré une statue à Minerve, une des grandes Divinités de l’Egypte, il s’embarqua et arriva dans la Grèce, où, si nous en croyons Diodore, il fit bâtir la ville d’Argos et en Lydie celle de Cypre, dans laquelle il fit élever un Temple à Minerve, et y établit sans doute des Prêtres pour le service du même culte qu’on rendait en Egypte à cette Déesse. Le nom de Béléides donné aux filles de Danaiis, prouve qu’il avait quelque affinité avec Bélus ; et quelques Auteurs ont en effet regardé ce Bélus comme le père de Danaiis. Les allégories que les Poètes ont faites sur le supplice des Danaïdes, et sur le massacre de leurs époux, est une nouvelle preuve qu’elles furent imitées d’Egypte, où Diodore raconte (L. 2. c. 6.) que 360 Prêtres d’Achante avaient coutume de puiser de l’eau dans un vaisseau percé. Nous expliquerons ces allégories dans les Livres suivant. Cécrops venu d’Egypte s’établit dans l’Attique. Il y porta avec les lois de son pays le culte des Dieux qu’on y adorait, et surtout celui de Minerve, honorée à Saïs sa patrie, celui de Jupiter et des autres Dieux d’Egypte : ce fait est attesté par toute l’Antiquité. Eusebe (Prep. Evang. 1. 10. c. 9.) dit que ce fut lui qui le premier donna le nom de Dieu à Jupiter, lui éleva un autel, et érigea une statue en l’honneur de Minerve. S. Epiphane répète la même chose, et Pausanias l’avait dit avant eux ; mais ce dernier (In Attic. 1. 8.) remarque qu’il n’offrait dans ses sacrifices que des choses inanimées. Athènes, le triomphe des arts et des sciences, le siège de la politesse et de l’érudition, doit donc ses commencements à l’Egypte. Quoi qu’il en soit de cette histoire, les Athéniens en convenaient, et se glorifiaient d’être descendus des Saïtes ; quelques-uns disaient que Dipetes, père de Mnestée, Roi d’Athènes, était Egyptien, de même qu’Ericthée, qui le premier leur apporta les grains d’Egypte, et la manière de les cultiver, ce qui le fit établir Roi. Il leur enseigna aussi les cérémonies de Cérès Eléusine, suivant celles qu’observaient les Egyptiens ; c’est pourquoi les Athéniens pensaient que ce Roi était contemporain de Cérès. Diodore, en rapportant ceci, ignorait sans doute que Cérès et Isis n’étaient qu’une même Divinité. Il aurait dû se souvenir qu’il avait raconté la même chose de Triptolême. Nous parlerons de la nature de ces grains, et de toute cette histoire dans le quatrième Livre. Les habitants de la Colchide étaient aussi une colonie d’Egypte, suivant Diodore et Hérodote (L. 2.c. 104. et suiv.), qui apporte en preuve beaucoup de raisons, entre autres qu’ils font circoncire leurs enfants, comme ayant apporté cet usage d’Egypte. Il ignorait sans doute l’Ecriture Sainte qui nous marque si positivement l’origine de la circoncision. Diodore concluait, par la même raison, que les Juifs, habitants entre l’Arabie et la Syrie étaient venus d’Egypte, mais il ne parle de ces Juifs qu’après leur servitude dans ce pays, et c’est l’occasion de son erreur. Cette fuite des Juifs est remarquable par tous les événements qui la précédèrent et la suivirent ; celui qui a le plus de rapport à notre sujet, est la quantité prodigieuse d’or et d’argent qui se trouvait alors parmi les Egyptiens. Moïse signifia aux Juifs d’emprunter de leurs Hôtes tous les vases d’or et d’argent qu’ils pourraient en obtenir. Et quels étaient ces Hôtes ? des gens du commun. A qui prêtaient-ils ces vases ? à des Juifs esclaves, méprisés, haïs, sans ressource, gens qu’on ne pouvait guère ignorer avoir le dessein de quitter le pays, et de s’enfuir pour se soustraire à la servitude ; et si le peuple en était si bien fourni, combien devaient en avoir le Roi et les Prêtres qui, comme nous l’apprend Hérodote, faisaient construire des bâtiments pour le conserver? Cadmus était originaire de Thèbes d’Egypte. Ayant été envoyé à la recherche de sa soeur par Agenor son père, Roi de Phénicie, il se trouva exposé à une furieuse tempête, qui l’obligea de relâcher à Rhodes, où il érigea un Temple en l’honneur de Neptune, et en confia le service à des Phéniciens qu’il laissa dans cette Isle. Il offrit à Minerve un vase de cuivre très beau, et de forme antique, sur lequel était une inscription, qui portait que l’Isle de Rhodes serait ravagée par les serpents. Cette inscription seule indique que toute cette histoire est une allégorie de l’Art Sacerdotal. Car pourquoi offrir à Minerve un vase antique, et de cuivre ? Cadmus doit être supposé avoir vécu dans des temps bien reculés : quelle pouvait donc être l’antiquité de ce vase ? Il y a apparence qu’il faut avoir égard à la matière, et non à la forme. Cette matière est la terre de Rhodes, ou la terre rouge Philosophique, qui doit être ravagée par des serpents, c’est-à-dire dissoute par l’eau des Philosophes, qui est souvent appelée serpent. Cadmus au fait de ces mystères n’eut pas beaucoup de peine à prédire cette dévastation. Le présent d’un vase de cuivre, même antique, était-il d’une si grande conséquence qu’il eût le mérite d’être présenté à la Déesse de la Sagesse ? L’or, les pierreries auraient été plus dignes d’elle. Mais sans doute il y avait du mystère là-dessous ; il fallait un vase de cuivre, non du vulgaire, mais de l’airain Philosophique, que les favoris de Minerve, les Sages Philosophes appellent communément laton pour leton. Blanchissez le laton, dit Morien (Entret. du Roi Calid.) , et déchirez vos livres. L’azot et le laton vous suffisent. Toute l’histoire de Cadmus sera toujours considérée comme une fable pure, qui paraîtra ridi-cule à tout homme de bon sens, dès qu’il ne l’expliquera pas conformément à la Chimie Hermétique. Quelle idée en effet de suivre un Boeuf de différentes couleurs, de bâtir une ville où ce Boeuf s’arrête, d’envoyer ses compagnons à une fontaine, qui y sont dévorés par un horrible dragon, fils de Typhon et d’Échidna ; lequel dragon est ensuite tué par Cadmus, qui lui arrache les dents, les sème dans un champ comme on sème du grain, d’où naissent des hommes qui attaquent Cadmus ; et qui enfin, à l’occasion d’une pierre jetée entre eux, se détruisent les uns et les autres sans qu’il en reste un seul ? Nous prouverons dans la suite de cet ouvrage, que cette histoire est une allégorie suivie de tout ce qui se passe dans le cours des opérations de l’oeuvre Philosophique. M. l’Abbé Banier (Mythol. T. L p. 67. et T. II. p. 262.) dit que Cadmus porta en Grèce les mystères de Bacchus et d’Osiris. La Fable nous apprend cependant que Bacchus était petit-fils de Cadmus. Il est vrai que ce Mythologue introduit un autre Bacchus, fils de Sémélé, afin d’ajuster son histoire ; mais sur quel fondement ? Est-il permis d’introduire ainsi de son propre chef des personnages nouveaux pour se tirer d’embarras ? Orphée, en transposant dans la Grèce les Fables Egyptiennes, les habilla à la Grecque, et supposa un Denis, qui ne diffère point de l’Osiris des Egyptiens, et du Bacchus des Latins : mais ce Denis ou Osiris était célèbre en Egypte longtemps avant qu’il fût question de Cadmus. C’est pourquoi les Egyptiens se moquaient des Grecs, lorsqu’ils entendaient ceux-ci dire que Denis était né parmi eux. D’autres attribuent à Mélampe l’institution des cérémonies du culte de Denis dans la Grèce, l’histoire de Saturne, et la guerre des Titans. Dédale suit, dit-on, l’Architecte du fameux vestibule du Temple élevé à Memphis en l’honneur de Vulcain. Mais les Grecs, dit Diodore, ayant appris les histoires et les allégories des Egyptiens, en prirent occasion d’en inventer d’autres sur ces modèles. En effet, les Poètes et les Théologiens du Paganisme semblent n’avoir copié que ces fables d’Egypte, transportées dans la Grèce par Orphée Musée, Mélampe, et Homère. Les Législateurs ont formé leurs lois sur celles de Lycurgue ; les Princes des sectes philosophiques ont puisé leur système dans Pythagore, Platon, Eudoxe, et Démocrite. Et s’ils ont été si différents entre eux, c’est qu’ils n’étaient pas tous au fait des mystères Egyptiens, et qu’ils en ont en conséquence mal expliqué les allégories. Les colonnes de Mercure, desquelles ces premiers Philosophes tireront leur science, par les explications que les Prêtres d’Egypte leur en don-nèrent, pourraient bien être celles d’Osiris et d’Isis, donc nous avons parlé ; peut-être les obélisques qu’on voit encore à Rome, qu’on sait y avoir été transportés d’Egypte, et donc la surface est remplie de triangles, de cercles, de carrés, et de figures hiéroglyphiques. Plus d’un Auteur s’est donné la torture pour les expliquer : le P. Kircher à fait un traité exprès ; mais, malgré son ton décisif, soutenu d’une science fort étendue, on ne l’a pas cru sur sa parole. C’est dans les Auteurs anciens qui puisèrent leur science en Egypte, qu’il faudrait en chercher l’interprétation ; mais pour entendre la plupart d’entre eux, on aurait aussi besoin du secours d’un Oedipe, parce qu’ils ont écrit allégoriquement comme leurs maîtres. N’ayant donc point de guides assurés, les plus célèbres Auteurs sont tous différents entre eux. Selon Bochard, Mercure est le même que Chanaan, et selon M. Huet, le même que Moïse. L’un dit qu’Hercule est Samson, et l’autre que c’est Josué ; L’un que Noé est Saturne, l’autre que c’est Abraham. L’un soutient que Cérès fut une Reine de Sicile ; l’autre qu’elle ne diffère point d’Isis qui ne fut jamais dans ce pays là. Les plus anciens Auteurs ne sont pas même d’accord entre eux ; et outre les contradictions qu’on y trouve, combien y voit-on de choses gratuites, pour ne rien dire de plus. Quant aux parallèles dont les livres de quelques savants modernes sont remplis, je demanderais si l’on est reçu à dire que Thamas-Kouli-Cham est le même que Tamerlan, parce qu’on trouve beaucoup de ressemblance dans l’humeur et dans les actions de ces deux Princes ? Je crois qu’on peut tirer beaucoup de lumières des anciens Auteurs Grecs, pour pénétrer dans l’obscurité des fables ; non pas qu’on doive précisément s’en rapporter à eux sur la véritable origine des anciens peuples, puisque ce qu’ils en disent est presque tout fabuleux ; mais parce qu’ils ont copié les Egyptiens, qui furent les premiers inventeurs des Fables, et qu’en faisant le parallèle des Fables anciennes de la Grèce avec celles de l’Egypte, on y remarque aisément qu’elles sont toutes sorties de la même source, et qu’elles ressemblent à un voyageur, qui s’habille dans chaque pays qu’il parcourt, suivant la mode qui y est en usage. Les ouvrages Egyptiens, qui auraient pu nous donner quelques idées de leur façon de penser, ceux d’Hermès et des autres Philosophes nous ont échappé avec le temps, et nous pleurerons toujours sur les tristes cendres de la Bibliothèque d’Alexandrie. Nous n’avons plus d’autre ressource que celle des Grecs, disciples des savants Prêtres d’Egypte ; c’est donc à eux qu’il faut avoir recours, persuadés qu’ils sont entrés dans les idées des maîtres donc ils avaient reçu des leçons. Je suis surpris que M. l’Abbé Banier soit à cet égard si peu d’accord avec lui-même, qu’après avoir dit (Ibid.p. 55.et suiv.) et avoir même employé toutes les raisons possibles pour prouver que ce n’est pas chez les Ecrivains Grecs qu’il faut chercher l’origine des anciens Peuples, ni des autres monuments de l’Antiquité, ce savant les apporte en preuves de ce qu’il établit dans tout le cours de son ouvrage. Il est vrai qu’il a une attention toute particulière à choisir tout ce que les Auteurs ont avancé de favorable à son système, et à rejeter comme fable tout ce qui peut y être contraire. Il décide même sur cela avec le ton d’un Juge en dernier ressort ; mais comme il n’est pas toujours conforme à lui-même, et qu’il déclare en plus d’un endroit qu’il faut tenir ses garants pour suspects, il nous rétablit dans nos droits, et nous laisse la liberté d’en penser ce que nous voudrons. Je serais assez du sentiment de Diodore, quant aux noms de quelques anciennes villes, des montagnes, des fleuves, etc. Cet Auteur dit que les anciens Philosophes tirèrent de leur doctrine la plupart de ces noms, et dénommèrent les lieux suivant les rapports qu’ils y voyaient avec quelques traits de cette science. Il s’agit donc de savoir quelle était cette doctrine. Or personne ne doute que ce ne soit celle qu’ils apprirent en Egypte ; Jamblique (Des mystères des Egyptiens.) nous assure que cette science était gravée sur les colonnes d’Hermès. Josephe (Des Antiq. des Juifs.) parle de deux colonnes, l’une de pierre, l’autre de brique, élevées avant le Déluge, sur lesquelles les principes des Arts étaient gravés. Bernard, Comte de la Marche Trévisane (Philos. des Métaux.), instruit par la lecture des livres anciens, dit qu’Hermès trouva sept tables dans la vallée d’Hébron, sur lesquelles étaient gravés les principes des Arts libéraux. Mais qu’Hermès les ait trouvées ou qu’il les ait inventées, il y a grande apparence que ces principes n’y étaient qu’en hiéroglyphes ; que cette manière d’enseigner marquait que le fond de cette science était un mystère qu’on ne voulait pas dévoiler à tout le monde : par conséquent que les termes et les noms employés faisaient aussi partie de ce mystère, d’où nous devons conclure que les noms donnés aux lieux par les anciens Philosophes, tenaient par quelque endroit aux mystères des Egyptiens. Tout esprit qui ne voudra pas demeurer opiniâtrement attaché à son préjugé, doit voir dans ce que nous avons dit, quel était l’objet de ces mystères. La magnificence des Rois d’Egypte, qui, si nous en croyons Pline (L. 2.6. ch 12.), ne faisaient élever ces merveilles du monde, qu’afin d’employer leurs richesses immenses, est une preuve Dieu palpable de l’Art Hermétique. Sémiramis fit élever à Babylone un Temple en l’honneur de Jupiter, au haut duquel elle plaça trois statues d’or, l’une de ce Dieu, la seconde de Junon, et la troisième de la Déesse Ops. Celle de Jupiter, au rapport de Diodore, subsistait encore de son temps, avait 40 pieds de hauteur, et pesait mille talens Babyloniens. La statue d’Ops, du même poids, se voit encore dans la salle dorée. Deux lions, ajoute cet Auteur, et des serpents d’argent d’une grosseur énorme sont placés auprès. Chaque figure est du poids de trente talens. La Déesse tient à la main droite une tête de serpent, et de la gauche un sceptre de pierre. Dans la même salle se trouve aussi une table d’or de 40 pieds de longueur, large de 12, et pesant 50 talens. La statue de Junon est du poids de 800. Diodore et les autres Historiens rapportent beaucoup de choses qui prouvent les richesses immenses des Egyptiens et des Babyloniens, qui par Belus en tiraient leur origine. Mais ce qui aurait dû frapper ces Historiens, et tous ceux qui voyaient la statue d’Ops, c’est son attitude et ses attributs. Je voudrais que nos savants m’expliquassent pourquoi on avait mis un sceptre de pierre à l’une des mains de cette Déesse, et un serpent à l’autre ? Fait-on des sceptres de pierre à une statue d’or ? une telle idée ne passerait-elle pas pour ridicule aux yeux de ceux qui n’y verraient rien d’allégorique ? Mais la Déesse Ops étant prise hermétiquement, il était naturel de la représenter ainsi, parce que l’or des Philosophes est appelé pierre, et leur mercure serpent. Ops ou la Terre qui en était la matière, tenait ces deux symboles à la main pour indiquer qu’elle contenait ces deux principes de l’Art. Et comme cet Art était la source des richesses, Ops en fut regardée comme la Déesse. On avait même désigné la chose plus particulièrement en mettant auprès d’Ops deux lions et deux serpents, parce que les Philosophes employaient pour l’ordinaire l’allégorie de ces animaux, pour signifier les principes matériels de l’oeuvre, pendant le cours des opérations. Jupiter et Junon frère et soeur, époux et épouse, se trouvaient dans cette salle avec leur grand-mère, et devant eux une table d’or commune aux trois, parce qu’ils sortent du même principe aurifique, duquel l’on extrait deux choses, une humidité aérienne et mercurielle, et une terre fixe, ignée, qui réunies ne font qu’une et même chose, appelée or Hermétique, commun aux trois, puisqu’il en est composé ; et le vrai remède de l’esprit, dont nous avons parlé, auquel Diodore donne le nom de Nepentes, parce qu’il est fait de l’herbe prétendue de ce nom, donc Homère (Odiss. 1.4. v. 221. et Suiv.) dit qu’on compose en Egypte le remède qui fait oublier tous les maux, et fait mener à l’homme une vie exempte de douleur et de chagrin ; propriétés tant vantées de l’or Hermétique. Le même Poète ajoute que ce remède était celui d’Hélène, fille de Jupiter, celle qui occasionna la guerre de Troye. Nous en verrons ses raisons dans le sixième Livre. L’origine Egyptienne et du remède, et de la manière de le faire, est une preuve qu’Homère nous donne en passant, qu’il était instruit de la nature de ce remède, de ses propriétés, et du lieu où il était en vogue. Il a donc pu le prendre pour sujet de son allégorie de la prise de la ville de Troye, ou tout au moins avoir pris occasion d’une guerre, d’un siège réel, pour en former une allégorie du grand oeuvre, comme nous le prouverons en discutant toutes les circonstances de ce siège ; je ne vois guère sur quoi est fondé M. l’Abbé Banier, pour dire (Ibid.T.I.p.67.) qu’il y avait eu avant Homère des Poètes qui avaient traité le sujet de la guerre de Troye, et qui avaient fait des Iliades ; la seule raison que ce savant en apporte, c’est que la Poésie grecque n’aurait pas commencé par des chef-d’oeuvres. Je laisse au Lecteur à juger de la bonté de ce raisonnement. L’ouvrage de cet Abbé, quoique très savant et très bien concerté, fourmille de preuves de cette trempe. Si Homère, pour donner un air de vraisemblance à sa fiction, a introduit des noms de villes et de peuples existants, on est obligé d’avouer qu’on ne connaît Ithaque, les Cimmériens, l’Isle de Calypso, et beaucoup d’autres choses, que dans ses ouvrages. Où vit-on jamais les Arimaspes, les Issedons, les Hyperboréens, les Acéphales, etc. ? Mais on convient que les fables tirent leur origine d’Egypte et de la Phénicie ; c’est donc par celles qui se débitaient dans ces pays-là, qu’il faut juger des autres, au moins des plus anciennes. Je ne pense pas trouver des contradicteurs sur cet article ; mais conviendra-t-on avec moi que tous les monuments, dont j’ai parlé soient une preuve convaincante que l’Art Hermétique était connu et pratiqué chez les Egyptiens ? Les savants, quelque peu d’accord qu’ils soient entre eux, ont fortifié par leurs ouvrages le préjugé qui a pris naissance dans le récit des anciens Historiens. On a cru qu’étant plus près que nous ne le sommes de ces temps obscurs, on ne pouvait mieux faire que de suivre le chemin qu’ils nous ont tracé, persuadé qu’ils étaient au fait de tout cela. On savait cependant, et ces Anciens le disent eux-mêmes, que les Prêtres d’Egypte gardaient un secret inviolable sur la véritable signification de leurs Hiéroglyphes ; mais on n’a pas fait assez de réflexions là-dessus. Il s’agirait donc de dépouiller tout préjugé à cet égard ; d’examiner les choses sans prévention, et de comparer les explications que les Antiquaires ou les Mythologues ont donné des Hiéroglyphes et des Fables Egyptiennes, avec celle que j’en donne, et juger ensuite de la vérité des unes et des autres. Par cette méthode on se trouvera en état de décider si la Morale, la Religion, la Physique et l’Histoire ont fourni matière à ces Fables et à ces Hiéroglyphes ; ou s’il n’est pas plus simple de leur donner un seul et unique objet, tel qu’un secret aussi précieux, et d’une aussi grande conséquence que peut l’être celui qui conserve l’humanité dans tout l’état parfait donc elle est susceptible, en lui procurant la source des richesses et de la santé.
Le double Ka Égyptien
267
- Hermès
- Accueil
  - Livre d'Hermès
  - Salle d'Hermès
  - Hermès Corp 0
  - Hermès Corp 1
  - Hermès Corp 2
  - Hermès Corp 3
  - Hermès Corp 4
  - Hermès Corp 5
  - Hermès Corp 6
  - Hermès Corp 7
  - Hermès Corp 8
  - Hermès Corp 9
  - Hermès Corp 10
  - Hermès Corp 11
  - Hermès Corp 12
  - Hermès Corp 13
  - Hermès Corp 14
  - Hermès Corp 15
  - Hermès Corp 16
  - Hermès Corp 17
  - Hermès Corp 18
  - Hermès Corp 19
  - Hermès Corp 20
  - Hermès Corp 21
  - Hermès Corp 22
  - Hermès Corp 23
  - Hermès Corp 24
  - Hermès & Roy 1
  - Hermès & Roy 2
  - Hermès & Roy 3
  - Hermès & Roy 4
  - Hermès & Roy 5
  - Hermès & Roy 6
  - Hermès & Roy 7
  - Hermès & Roy 8
  - Fables Lévi 1
  - Fables Lévi 2
  - Fables Lévi 3
  - Fables Lévi 4
  - Fables Lévi 5
  - Fables Lévi 6
  - Fables Lévi 7
  - Fables Lévi 8
  - Fables Lévi 9
  - Fables Lévi 10
  - Fables Lévi 11
  - Fables Lévi 12
  - Ovide 1
  - Ovide 2
  - Ovide 3
  - Ovide 4
  - Ovide 5
  - Ovide 6
  - Ovide 7
  - Ovide 8
  - Ovide 9
  - Ovide 10
  - Ovide 11
  - Ovide 12
  - Ovide 13
  - Ovide 14
  - Ovide 15
  - Ovide 16
  - Ovide 17
  - Ovide 18
  - Ovide 19
  - Ovide 20
  - Ovide 21
  - Ovide 22
  - Ovide 23
  - Ovide 24
  - Ovide 25
  - Ovide 26
  - Ovide 27
  - Ovide 28
  - Ovide 29
  - Ovide 30
  - Ovide 31
  - Ovide 32
  - Ovide 33
  - Ovide 34
  - Ovide 35
  - Ovide 36
  - Ovide 37
  - Ovide 38
  - Ovide 39
  - Ovide 40
  - Ovide 41
  - Ovide 42
  - Ovide 43
  - Ovide 44
  - Ovide 45
  - Ovide 46
  - Ovide 47
  - Ovide 48
  - Ovide 49
  - Ovide 50
  - Ovide 51
  - Ovide 52
  - Ovide 53
  - Ovide 54
  - Ovide 55
  - VD F Olivet 1
  - VD F Olivet 2
  - VD F Olivet 3
  - VD F Olivet 4
  - VD F Olivet 5
  - VD F Olivet 6
  - VD F Olivet 7
  - VD F Olivet 8
  - VD F Olivet 9
  - VD F Olivet 10
  - VD F Olivet 11
  - VD F Olivet 12
  - VD F Olivet 13
  - VD F Olivet 14
  - VD F Olivet 15
  - VD F Olivet 16
  - VD F Olivet 17
  - VD F Olivet 18
  - VD F Olivet 19
  - VD F Olivet 20
  - VD F Olivet 21
  - VD F Olivet 22
  - VD F Olivet 23
  - VD F Olivet 24
  - VD F Olivet 25
  - VD F Olivet 26
  - Pythagore 1
  - Pythagore 2
  - Pythagore 3
  - Tablettes de Thoth
  - Tablette 1
  - Tablette 2
  - Tablette 3
  - Tablette 4
  - Tablette 5
  - Tablette 6
  - Tablette 7
  - Tablettes 8
  - Tablette 9
  - Tablette 10
  - Tablette 11
  - Tablette 12
  - Tablette 13
  - Tablette 14
  - Tablette 15
  - Salle du Corpus
  - Corpus avis
  - Livre 1 corpus
  - Livre 2 corpus
  - Livre 3 corpus
  - Livre 4 corpus
  - Livre 5 corpus
  - Livre 6 corpus
  - Livre 7 corpus
  - Livre 8 corpus
  - Livre 9 corpus
  - Livre 10 corpus
  - Livre 11 corpus
  - Livre 12 corpus
  - Livre 13 corpus
  - Livre 14 corpus
  - Livre 15 corpus
  - Livre 16 corpus
  - Livre 17 corpus
  - Intro table Em
  - Table Emeraude
  - T Emeraude A 1
  - T Emeraude A 2
  - T Emeraude A 3
  - Livre SIH intro
  - Livre SIH 1
  - Livre SIH 2
  - Livre SIH 3
  - Livre SIH 4
  - Livre SIH 5
  - Livre SIH 6
  - Livre SIH 7
  - Livre SIH 8
  - Livre SIH 9
  - Salle ésotérisme
  - Koot Houmi 1
  - Koot Houmi 2
  - Koot Houmi 3
  - Koot Houmi 4
  - Koot Houmi 5
  - Koot Houmi 6
  - Koot Houmi 7
  - Koot Houmi 8
  - Koot Houmi 9
  - Koot Houmi 10
  - Koot Houmi 11
  - Koot Houmi 12
  - Koot Houmi 13
  - Koot Houmi 14
  - Koot Houmi 15
  - Koot Houmi 16
  - Koot Houmi 17
  - Koot Houmi 18
  - RC et FM 1
  - RC et FM 2
  - RC et FM 3
  - Salle d'Alchimie
  - Espagnet 1
  - Espagnet 2
  - Espagnet 3
  - Espagnet 4
  - Espagnet 5
  - Espagnet 6
  - Espagnet 7
  - Espagnet 8
  - Espagnet 9
  - Espagnet 10
  - Ariadne 1
  - Ariadne 2
  - Ariadne 3
  - Ariadne 4
  - Ariadne 5
  - Ariadne 6
  - Ariadne 7
  - Ariadne 8
  - Ariadne 9
  - Ariadne 10
  - FEG Pernety 1
  - FEG Pernety 2
  - FEG Pernety 3
  - FEG Pernety 3D
  - FEG Pernety 4
  - FEG Pernety 5
  - FEG Pernety 6
  - FEG Pernety 7
  - FEG Pernety 8
  - FEG Pernety 9
  - FEG Pernety 10
  - FEG Pernety 11
  - FEG Pernety 12
  - FEG Pernety 13
  - FEG Pernety 14
  - FEG Pernety 15
  - FEG Pernety 16
  - FEG Pernety 17
  - FEG Pernety 18
  - FEG Pernety 19
  - FEG Pernety 20
  - FEG Pernety 21
  - FEG Pernety 22
  - FEG Pernety 22D
  - FEG Pernety 23
  - FEG Pernety 24
  - FEG Pernety 25
  - FEG Pernety 25D
  - FEG Pernety 26
  - FEG Pernety 27
  - FEG Pernety 28
  - FEG Pernety 28D
  - FEG Pernety 29
  - FEG Pernety 29D
  - FEG Pernety 30
  - FEG Pernety 31
  - FEG Pernety 32
  - FEG Pernety 33
  - FEG Pernety 33D
  - FEG Pernety 34
  - FEG Pernety 35
  - FEG Pernety 35D
  - FEG Pernety 36
  - FEG Pernety 37
  - FEG Pernety 38
  - FEG Pernety 39
  - FEG Pernety 40
  - FEG Pernety 41
  - FEG Pernety 42
  - FEG Pernety 43
  - FEG Pernety 44
  - FEG Pernety 45
  - FEG Pernety 46
  - FEG Pernety 47
  - FEG Pernety 48
  - FEG Pernety 49
  - FEG Pernety 50
  - FEG Pernety 51
  - FEG Pernety 52
  - FEG Pernety 53
  - FEG Pernety 54
  - FEG Pernety 55
  - FEG Pernety 56
  - FEG Pernety 57
  - FEG Pernety 58
  - FEG Pernety 59
  - Noce chimique 1
  - Noce chimique 2
  - Noce chimique 3
  - Noce chimique 4
  - Noce chimique 5
  - Noce chimique 6
  - Noce chimique 7
  - Noce chimique 16
  - Noce chimique 8
  - Noce chimique 9
  - Noce chimique 10
  - Noce chimique 11
  - Noce chimique 12
  - Noce chimique 13
  - Noce chimique 14
  - Noce chimique 15
  - Cantique 1
  - Cantique 2
  - Cantique 3
  - Cantique 4
  - Cantique 5
  - Cantique 6
  - Cantique 7
  - Cantique 8
  - Cantique 9
  - Cantique 10
  - Cantique 11
  - Cantique 12
  - Cantique 13
  - Cantique 14
  - Chrysopée 1
  - Chrysopée 2
  - Etoile 1
  - Etoile 2
  - Etoile 3
  - Basile Valentin 1
  - Basile Valentin 2
  - Basile Valentin 3
  - Basile Valentin 4
  - Basile Valentin 5
  - Basile Valentin 6
  - Basile Valentin 7
  - Givry 1
  - Givry 2
  - Givry 3
  - Givry 4
  - Givry 5
  - Givry 6
  - Givry 7
  - Givry 8
  - Givry 9
  - Givry 10
  - Givry 11
  - Givry 12
  - Givry 13
  - Givry 14
  - Irshou 1
  - Irshou 2
  - Irshou 3
  - Irshou 4
  - Irshou 5
  - Irshou 6
  - Irshou 7
  - Irshou 8
  - Irshou 9
  - Lettre Koot 1
  - Lettre Koot 2
  - Lettre Koot 3
  - Lettre Koot 4
  - Lettre Koot 5
  - Livre Liebniz 1
  - Livre de Liebniz 2
  - Livre de Liebniz 3
  - Grand arcane int
  - Grand arcane 1
  - Grand arcane 2
  - Grand arcane 3
  - Grand arcane 4
  - Grand arcane 5
  - Grand arcane 6
  - Grand arcane 7
  - Grand arcane 8
  - Grand arcane 9
  - Grand arcane 10
  - Grand arcane 11
  - Grand arcane 12
  - Grand arcane 13
  - Grand arcane 14
  - Grand arcane 15
  - Grand arcane 16
  - Grand arcane 17
  - Grand arcane 18
  - Grand arcane 19
  - Grand arcane 20
  - Grand arcane 21
  - Grand arcane 22
  - Grand arcane 23
  - Grand arcane 24
  - Grand arcane 25
  - Grand arcane 26
  - Grand arcane 27
  - Grand arcane 28
  - Grand arcane 29
  - Salle occultisme
  - Boehme 1
  - Boehme 2
  - Boehme 3
  - Boehme 4
  - Boehme 5
  - Boehme 6
  - Boehme 7
  - Cit Eliphas 1
  - Cit Eliphas 2
  - Cit Eliphas 3
  - Cit Eliphas 4
  - Cit Eliphas 5
  - Cit Eliphas 6
  - Clav Salomon 1
  - Clav Salomon 2
  - Clav Salomon 3
  - Clav Salomon 4
  - Clav Salomon 5
  - Clav Salomon 6
  - Clav Salomon 7
  - Clav Salomon 8
  - Clav Salomon 9
  - Clav Salomon 10
  - Clav Salomon 11
  - Clav Salomon 12
  - Clav Salomon 13
  - Clav Salomon 14
  - Clav Salomon 15
  - Clav Salomon 16
  - Clav Salomon 17
  - Clav Salomon 18
  - Voix silence 1
  - Voix silence 2
  - Voix silence 3
  - Voix silence 4
  - Voix silence 5
  - Voix silence 6
  - Voix silence 7
  - Voix silence 8
  - Voix silence 9
  - Voix silence 10
  - Voix silence 11
  - Voix silence 12
  - Voix silence 13
  - Voix silence 14
  - Voix silence 15
  - Voix silence 16
  - Voix silence 17
  - Voix silence 18
  - Evang Thomas 1
  - Evang Thomas 2
  - Evang Thomas 3
  - Evang Thomas 4
  - Evang Thomas 5
  - Evanf Thomas 6
  - Evang Thomas 7
  - Evang Thomas 8
  - Lao Tseu 1
  - Lao Tseu 2
  - Lao Tseu 3
  - Lao Tseu 4
  - Lao Tseu 5
  - Lao Tseu 6
  - Lao Tseu 7
  - Lao Tseu 8
  - Lao Tseu 9
  - Livre Hénoc 1
  - Livre Hénoc 2
  - Livre Hénoc 3
  - Livre Hénoc 4
  - Livre Hénoc 5
  - Livre Hénoc 6
  - Livre Hénoc 7
  - Bhagavad Gita 1
  - Bhagavad Gita 2
  - Bhagavad Gita 3
  - Bhagavad Gita 4
  - Bhagavad Gita 5
  - Bhagavad Gita 6
  - Bhagavad Gita 7
  - Bhagavad Gita 8
  - Bhagavad Gita 9
  - Bhagavad Gita 10
  - Bhagavad Gita 11
  - Bhagavad Gita 12
  - Bhagavad Gita 13
  - Bhagavad Gita 14
  - Bhagavad Gita 15
  - Bhagavad Gita 16
  - Bhagavad Gita 17
  - Bhagavad Gita 18
  - Bhagavad Gita 19
  - Méditation 1
  - Méditation 2
  - Méditation 3
  - Méditation 4
  - Médiation 5
  - Méditation 6
  - Méditation 7
  - Méditation 8
  - Méditation 9
  - Méditation 10
  - Meditation 11
  - Méditation 12
  - Méditation 13
  - Méditation 14
  - Méditation 15
  - Méditation 16
  - Méditation 17
  - Méditation 18
  - Méditation 19
  - Méditation 20
  - Méditation 21
  - Méditation 22
  - Médiation 23
  - Méditation 24
  - Meditation 25
  - Méditation 26
  - Méditation 27
  - Méditation 28
  - Méditation 29
  - Méditation 30
  - Méditation 31
  - Méditation 32
  - Méditation 33
  - Méditation 34
  - Méditation 35
  - Méditation 36
  - Méditation 37
  - Méditation 38
  - Méditation 39
  - Méditation 40
  - Méditation 41
  - Méditation 42
  - Méditation 43
  - Méditation 44
  - Méditation 45
  - Méditation 46
  - Méditation 47
  - Méditation 48
  - Méditation 49
  - Méditation 50
  - Méditation 51
  - Méditation 52
  - Méditation 53
  - Méditation 54
  - Méditation 55
  - Méditation 56
  - Méditation 57
  - Méditation 58
  - Méditation 59
  - Méditation 60
  - Méditation 61
  - Méditation 62
  - Méditation 63
  - Méditation 64
  - Méditation 65
  - Méditation 66
  - Méditation 67
  - Méditation 68
  - Méditation 69
  - Méditation 70
  - Méditation 71
  - Méditation 72
  - Méditation 73
  - Méditation 74
  - Méditation 75
  - Méditation 76
  - Méditation 77
  - Méditation 78
  - Méditation 79
  - Méditation 80
  - Méditation 81
  - Méditation 82
  - Méditation 83
  - Méditation 84
  - Méditation 85
  - Méditation 86
  - Méditation 87
  - Méditation 88
  - Méditation 89
  - Méditation 90
  - Méditation 91
  - Méditation 92
  - Méditation 93
  - Méditation 94
  - Méditation 95
  - Info travaux
  - Téléchargements
- Cabbale
- Tarot
- Contact
- Blogs & forums
.